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Rencontre avec Alexandre Aja pour Crawl
Onirik -> Cinéma -> Interviews - biographies -> Dernière mise à jour : le lundi 15 juillet 2019.
retranscription de Marjolaine Ta

La session de question-réponse a eu lieu après la projection du film Crawl du réalisateur français Alexandre Aja. Il y a de nombreuses révélations dans cet article, concernant des scènes et l’intrigue du film. Si vous ne voulez pas connaître ces éléments, il est préférable de revenir après avoir vu le film.

Présentatrice : Bonsoir Alexandre et merci d’être avec nous ce soir, pour nous parler de Crawl qui sortira aux États-Unis le 12 juillet, et en France le 24 juillet. Avant toute chose, vous Alexandre, vous qui êtes quand même un maître du film de genre, qui aime aussi jouer avec ses codes, je voulais juste savoir comment vous décririez Crawl.

Alexandre Aja (réalisateur) : Au départ, l’idée c’était quand même de revenir à un bon vieux film de peur, de suspense, de tension, d’être plus proche de Haute tension, La colline à des yeux, de retrouver ces plaisirs-là. Revenir à quelque chose de moins multi-genres. Mais finalement, je n’ai pas pu m’empêcher de déraper dans du multi-genres parce que c’est vrai que Crawl, j’ai l’impression que c’est un peu un film catastrophe, un film de monstres aussi, même si ce n’en est pas vraiment un, un peu de drame, on est entre tous ces éléments-là.

C’est un tout, et finalement j’ai l’impression qu’on a réussi à faire un film qui est plus une expérience presque sensorielle, d’être dans ce film, dans l’eau, il pleut dehors, donc on est aussi un peu trempé. Il faut le voir en 4DX pour en plus avoir les projections et les sièges qui bougent.

Présentatrice : De plus Crawl signifie à la fois nager et ramper, donc dès le départ dans le titre, on est justement entre deux eaux.

Alexandre Aja (réalisateur) : Et en anglais ça veut aussi dire crawl en référence au crawl-space dont la traduction est proche de ‘vide sanitaire’, ça donne envie, n’est-ce pas ?

Question du public : Félicitations, j’ai trouvé ça assez terrifiant. J’ai une question sur la gestion de l’eau, j’ai rarement vu un film avec autant d’eau, je voulais donc savoir comment vous avez préparé le film, est-ce que vous avez beaucoup répété avec les comédiens, etc. ?

Alexandre Aja (réalisateur) : Il y a eu une grosse préparation de huit semaines, dont cinq ou six à parler de comment on va construire le bassin. C’était le focus tous les jours, il y’a tellement de techniques, si ça vous intéresse, je pourrais vous faire un exposé de toutes les différentes techniques pour fabriquer un bassin et des réservoirs d’eau, dans l’eau, hors de l’eau, les différents matériaux, ce qui fuit, ce qui ne fuit pas, ce qui est solide et ce qui n’est pas cher.

L’eau a été le centre de notre problème dès le départ, et pas seulement la construction, il a fallu construire sept bassins en tout. Cinq pour les décors et deux pour le stockage de l’eau qui était réutilisée d’un décor à l’autre et filtrée en même temps. Une quantité de pompes astronomique. L’eau doit être chauffée parce qu’on a une équipe de 30 ou 40 personnes en permanence dedans et après 5 ou 6 heures, on a froid même si elle est à 29°. C’était une organisation très forte, et pour rajouter du piment à cela, on avait la pluie et le vent. C’était très difficile.

Ensuite, concernant la préparation, en général, moi, je ne fais un story-board que pour les scènes qui ont des effets spéciaux ou des cascades. On peut dire que dans ce film-là, il y en a beaucoup, et on n’a pas eu le temps de tout storyboarder. Mais c’est vrai que je fais toujours une shotlist extrêmement détaillée et puis il faut s’adapter aux décors.

On les a tous construits de manière à pouvoir toujours filmer avec une technocrane [1] un peu partout. C’était difficile, mais je ne voulais pas renoncer à des scènes visuelles très fortes et des mouvements de caméra où on voit les créatures en permanence, où on est avec les personnages.

Mais bon, je me suis maudit à plusieurs reprises pendant le tournage, d’avoir oublié à quel point c’était difficile, alors que Piranha [2] aurait dû me vacciner à vie. Et je l’oublie, car le plaisir de monter Piranha était tel, qu’on oublie que c’était dur, même si je m’en suis rappelé très vite.

Question du public : Merci pour ce film très efficace et très prenant. Merci également pour Piranha et tous les autres. Question par rapport à la production, on voit que Sam Raimi a été producteur sur ce film, je voulais savoir ce qui l’avait séduit dans ce projet et concrètement comment il a agi comme producteur, ce que ça fait de travailler avec lui ?

Alexandre Aja (réalisateur) : Évidemment une des raisons pour laquelle j’ai fait tous ces films, c’est à cause de Sam Raimi. Sans Evil Dead et particulièrement sans Evil Dead 2, cette envie de cinéma-là et de genre n’aurait jamais été aussi forte. Quand je suis arrivé aux États-Unis après Haute Tension, en tant que fan, il s’est passé quelque chose d’incroyable.

J’ai eu le choix entre faire un film avec Wes Craven [3] pour La colline a des yeux, ou faire un film avec Sam Raimi qui deviendra The Messenger [4]. Et il a fallu choisir, c’était un choix impossible, car Wes Craven/Sam Raimi, c’était un peu le rêve absolu.

J’ai fini par choisir Wes Craven et j’ai écrit un petit mot à Sam en disant que j’étais absolument désolé et que j’espérais qu’un jour on pourrait travailler ensemble. Il a fallu attendre 15 ans et on s’est finalement retrouvé. On lui a envoyé le script, il y a à peu près 1 an et il l’a lu et a tout de suite réagit, adoré. Il a eu une envie aussi de ce genre de film, de film de suspens, de film d’alligators. Même s’il n’était pas forcément fans de films d’alligators ou de crocodiles.

Quand je lui ai demandé quel était son film préféré de ce type, il m’a répondu Jurassic Park, et il a raison, c’est vrai que les alligators sont des dinosaures vivants et qu’il n’y a pas de films ultra-marquant de crocodiles ou d’alligators qui puissent être cité en permanence comme peut l’être Les dents de la mer. Il y avait aussi cette envie de travailler ensemble.

Après au jour le jour, c’était fabuleux, c’est un mec absolument génial, et au-delà d’être quelqu’un de gentil et bien intentionné, c’est aussi un producteur comme on en rêve. Il est là pour défendre le point de vu du réalisateur, sa vision et non pas pour s’approprier le film, et ça, c’est vraiment très important, surtout quand on fait un film qui peut avoir l’air comme ça très simple, car c’est un survival qui se passe en une seule journée. La liberté laissée par les studios font vraiment la différence, ils peuvent parfois interférer et changer le film. Ainsi avoir un producteur comme lui, qui va nous aider, nous soutenir, c’est génial.

Question du public : Justement, après les piranhas quelle est la singularité dans le traitement des alligators que vous avez trouvé avec ce film ?

Alexandre Aja (réalisateur) : Ça n’a rien à voir, ce n’est pas du tout le même registre, Piranha qui est vraiment une comédie d’horreur ultra-gore. Là, on est toujours dans la série B, dans la recherche de peur et de suspense, mais dans une immersion intime. Au départ, je voulais retrouver cette sensation que j’avais sur Haute Tension ou La colline a des yeux, cette sensation de partager une expérience. Cette immersion avec le public que j’avais peut-être un peu perdu avec Horns et Piranha car ce sont des films d’un registre plus comique et satyrique. J’avais donc envie de revenir vers quelque chose de plus intense.

Question du public : Vous parliez de revenir à quelque chose de plus intense, mais une chose m’a frappé, vous jouez avec les codes, mais aussi avec les codes du survival car c’est la fille qui va sauver son père. Il y a le thème des liens de parenté, celui des secondes chances. Est-ce que vous êtes aujourd’hui à un point de votre vie ou de votre carrière, on a un peu l’impression que vous avez davantage envie d’aller vers de l’émotion, vers du lien, des thèmes qui vous sont plus proches aujourd’hui ?

Alexandre Aja (réalisateur) : Je pars d’un principe en tant que réalisateur, c’est que je ne veux pas tomber dans le piège de me demander ce que les gens ont envie de voir. Ça ne m’intéresse pas, je trouve ça très présomptueux, je trouve ça complètement faux et c’est en général ce qui conduit à des choix artistiques terribles.

J’ai vraiment toujours la même approche en me disant, j’ai envie de faire un film que j’ai envie de voir. Parce qu’avant d’être réalisateur, je suis spectateur et donc je me concentre sur cela. Cependant, j’avais un problème presque schizophrénique, car j’avais deux spectateurs en moi, celui de 13/15 ans, dont je me souviens très bien qui avait vraiment envie de voir ce film, de voir les alligators faire des démembrements. Et puis de l’autre côté, le spectateur que je suis devenu à 40 ans où les personnages un peu plus épais m’intéressent plus. Le challenge du film a vraiment été de trouver l’équilibre entre la relation familiale et l’aspect survival.

Présentatrice : D’ailleurs comment avez-vous revisité et travaillé sur le scénario de Michael Rasmussen, quelle est la dimension que vous avez apportée à partir d’un huis clos, je crois, assez rudimentaire. Qu’est-ce que vous avez mis en dimension de vous-même ?

Alexandre Aja (réalisateur) : Ce qui était assez bizarre, c’est que je cherchais justement un projet pour pouvoir faire quelque chose de ’peur’. Et un jour je reçois ce scénario Crawl. Je le reçois avec ce mail d’accompagnement classique et le synopsis court qui dit "une fille va sauver son père lors d’un ouragan catégorie 5 en Floride, dans une zone inondée et infectée d’alligators". Et je suis vraiment tombé amoureux de ce synopsis court tout de suite.

Je savais que je voulais faire ce film, même sans le script. Je n’ai pas eu le temps de le lire, mais tout le week-end qui a suivi je n’arrêtais pas d’y penser. J’imaginais le côté domestique, home-invasion, les alligators dans cette maison. Et puis justement le fait que ce soit cette fille qui doit sauver son père, c’était quelque chose qui me parlait. Le scénario était beaucoup plus conceptuel, je l’ai beaucoup développé, car les personnages avaient très peu de relations, ça se passait uniquement dans ce vide sanitaire, ce ’crawl space’, ce sous-terrain de la maison. Et c’était ça du début à la fin avec cette eau qui montait, il y avait un alligator et le twist était qu’il y en avait un deuxième.

Tout de suite, j’ai compris pourquoi ils avaient écrits ça comme ça, c’était pour Netflix, pour s’amuser, c’était un film malin. Moi, j’avais envie de quelque chose de plus grand, avec un scoop un peu plus important, que le huis clos ne soit pas que ce sous-terrain, mais la tempête en elle-même. Que le film soit concentré sur l’eau qui commence à monter dans la cave et qui monte jusqu’au toit avec les alligators de plus en plus nombreux et de plus en plus à l’aise sur leur territoire.

Question du public : Dans le film, il y a plein de moments cruels assez jouissif, mais pourquoi avoir sauvé le chien ?

Alexandre Aja (réalisateur) : J’ai sauvé le chien parce que j’ai commencé à faire ma demande de nationalité et je pense que je ne l’aurais pas eu si j’avais tué le chien.

Je plaisante, ce n’est pas du tout pour ça, je n’ai pas du tout demandé ma nationalité non plus, c’était vraiment un cas. On s’est posé la question plein de fois, si quelqu’un est en danger, on jette le chien en appât à l’alligator. On a écrit une scène où il se faisait arracher la queue, on a eu plein de moments comme ça.

Finalement, on s’est dit n’est-ce pas plus rigolo et malin de garder cette pression sur le chien pendant tout le film, se dire qu’il va se passer quelque chose alors que finalement, le chien s’en sort. Et maintenant on peut faire tout un film du point de vue du chien et montrer comment Sugar a combattu des alligators à la surface pendant qu’ils étaient dans ce vide sanitaire.

Question du public : Deux questions sur les alligators, d’abord d’un point de vu pratique, quelle est la proportion d’images de synthèse, d’animatronique [5] et de créature réelle, éventuellement. Et ensuite, au niveau de leur comportement, est-ce que c’est réaliste ou bien vous n’avez pas du tout pris en compte leur nature en vous disant qu’il faut que se soit spectaculaire donc on s’en moque ? Après, il me semble que les animaux sauvages n’attaquent que pour se nourrir, donc est-ce le cas des alligators, attaquent-ils les humains comme ça sans avoir été provoqués ?

Alexandre Aja (réalisateur) : Alors, on sait qu’il y a toujours un crocodile dans la Seine, il existe, il a été jeté dans les toilettes. D’abord, les crocodiles et les alligators vivent très très longtemps. À Belgrade en Serbie, l’alligator le plus vieux au monde en captivité est arrivé au début des années 30, adulé et toujours vivant, Muja [6]. Sinon j’avais une envie de ne pas faire un film de monstres, avec un alligator géant, avec un alligator radioactif, un alligator qui a un sentiment de vengeance, je voulais pas non plus faire l’alligator qu’on reconnaît à crête blanche et qui veut absolument attaquer l’héroïne jusqu’au bout. Pas d’Alligatornado.

Je trouve ces animaux absolument fascinant, ça fait 60 millions d’années qu’ils ont très peu changé, qu’ils vivent parmi nous et bien avant nous. Ils ont une sorte d’efficacité, que se soit des machines à tuer ou machines à se nourrir. Ils sont très territoriaux, ils attaquent quand on s’approche de leur nid, leurs œufs, ça fait qu’ils se protègent.

Mais ce sont aussi des grands tueurs, ils ne mangent pas immédiatement leur proie. Ils aiment prendre leur victime, les placer sous des racines, les laisser pourrir pour que ça ait plus de goûts et les dévorer après. Ils sont fascinants avec leurs doubles paupières ou le fait que leur corps soit une sorte de radar sous-marin. C’est aussi très intéressant qu’ils aient des dents et une des mâchoires les plus puissantes du règne animal, mais qui ne coupe pas, alors que les requins font de belles coupures nettes.

Là un alligator, ce n’est pas le cas, ça mort, ça ne lâche pas et après ça tourne sur soi pour désarticuler. L’idée est d’être le plus réaliste possible, dans leurs mouvements, leur attitude, mais aussi faire une sélection d’actions et de bravoures et non seulement l’image de l’alligator qui se dore au soleil. J’ai donc choisi des alligators qui m’intéressaient et qui étaient spectaculaires.

Il y a un très beau spécimen du Mississippi au Muséum d’histoire naturelle de New York, et l’autre inspiration est basée sur un alligator vivant en Floride qui s’appelle Godzilla dans un refuge. Il est fascinant, il se tient haut sur ses pattes, il a une force, très actif et énorme. Ils ne sont pas tous comme ça, mais pour le film, c’était plus adéquate. Les blessures sont toutes basées sur des blessures réelles, ce sont des accumulation de choses assez spectaculaires dans la vraie vie, et ça donne un ensemble un peu hyper réel.

Tout est en CGI, oui, pour reproduire ce type de mouvement et d’attitude, pour les voir dans leur ensemble, on ne peut pas faire autrement. On ne peut pas les dompter, les entraîner pour qu’ils fassent quelque chose de répétitif. C’était le seul moyen, car l’animatronique ou les marionnettes, ce n’était pas possible, car les mouvements sont saccadés, il y a des mécaniques qui font que ça ne fonctionne pas. Ainsi, le CGI était la seule solution.

Question du public : Y compris quand elle se fait prendre le bras quand elle lui tire dessus ?

Alexandre Aja (réalisateur) : Complètement. Il y a en effet trois ou quatre plans qui ne sont pas du CGI, avant cette scène-là quand la tête sort de l’eau par exemple. C’est une tête d’alligator qu’on avait là sur le tournage, et deux plans de queues qui bougent dans l’eau, ainsi que le plan où on recule à travers la mâchoire.

Question du public : J’imagine que ça doit être très compliqué de faire des images comme ça aquatique, est-ce qu’il y a eu des entraînements particuliers pour les acteurs ou les équipes ?

Alexandre Aja (réalisateur) : Il y a plus une mise en garde, si tu n’aimes pas l’eau, ne viens pas. C’est aussi simple que ça, je pense que le scénario était assez clair, ils savaient que ça allait être mouillé, mais les gens ne s’imaginaient pas à quel point. J’ai travaillé avec un très très bon cadreur français qui s’appelle Berto [7] et il savait que ça allait être difficile, mais il ne s’imaginait pas qu’il allait être dans l’eau jusqu’à la poitrine, la caméra sur un travelling sous-marin avec un ventilateur en permanence qui souffle à 100km/h, y compris sur la caméra. On ne peut pas bien diriger ou faire un couloir de protection juste pour la caméra. Et la pluie qui tape en permanence, c’était des choses pas imaginable.

Quand elle est dans la chambre à la fin avant qu’elle sorte, la caméra flotte sur l’eau et lui, il n’a plus pied, il ne peut pas bien opérer avec ça, il est donc porté par un machino [8] qui est sous l’eau et le porte, moi, je suis de l’autre côté à tenir la racine qui va sortir de l’eau, tout ça avec le vent. C’était un bordel pas possible.

Présentatrice : Oui, parce que vous êtes là avec vos comédiens et pas derrière votre prompteur.

Alexandre Aja (réalisateur) : Ah oui, quoi qu’il arrive je suis là. Je n’aime pas être en retrait derrière un écran, mais en face avec les acteurs. J’ai cette habitude de voir à l’œil et d’acheter à l’œil, en général ça marche. Je fais toujours le petit effort de regarder le cadre de la caméra en même temps, mais c’est vrai que ce qui m’intéresse vraiment, c’est de voir l’image en vrai.

Question du public : Par rapport à l’état d’Hollywood aujourd’hui, vous avez fait vos versions de Piranha et de La Colline a des yeux, on est maintenant à l’heure des reboots, des remakes, sequels, prequels de franchises 20 ou 30 ans après, quel est votre rapport à vous avec les studios américains ? Vous qui proposez des films de genre à votre image. Et ensuite, on a entendu parler d’un film d’aventure français avec vous à la tête et Jean Dujardin en tête d’affiche, est-ce que vous confirmez ce projet ?

Alexandre Aja (réalisateur) : Pour commencer par Hollywood et les reboots, remakes, même si les notions sont un peu différentes, car c’est le sentiment qu’on n’est pas là pour refaire, mais qu’on est là pour réinventer, recréer un début de franchise. Je trouve ça intéressant car moi quand j’ai commencé à faire ce type de film, Maniac et La Colline a des yeux sont de vrais remakes, Piranha n’en est pas un, Mirrors non plus. J’ai eu cette étiquette du remakeur très forte, et je me suis un peu tenu à l’écart, car c’est vrai que c’est tentant quand on nous propose des classiques comme ça avec lesquels on a grandi, comme La dernière maison sur la gauche [9] ou Scanners [10] ou d’autres.

Ça donne envie évidemment, mais après, je pense qu’il faut toujours réfléchir à ce qu’on peut apporter au remake. En quoi le nouveau film va être un film qui a un intérêt à côté de l’original, ou est-ce qu’il est seulement là pour le remplacer.

Quand il y a trop de similarités, quand c’est trop proche, finalement ça n’a plus de raison d’exister. Avec Simetierre par exemple, il n’est pas assez détaché de l’original, même si ça fait peur, si c’est intéressant, si ça provoque quelque chose de fort. Voilà, il faut trouver une raison pour ce remake d’exister, mais après, c’est toujours plus difficile avec des projets originaux. Mais en même temps, les studios adorent les projets originaux, donc c’est toujours une sorte de paradoxe, car c’est plus facile d’arriver avec une marque déjà connue et établie.

Mais des fois, c’est bien d’inventer quelque chose de nouveau, des fois il y a des réussites absolues et des fois ce n’est pas regardable. Pour finir avec le film d’aventure avec Jean Dujardin, alors oui c’est vrai, ce projet existe vraiment, j’ai vraiment un très très bon scripte, j’ai toujours voulu travailler avec Jean donc maintenant ce n’est qu’une question de timing.

Question du public : Je me suis régalé avec le film, il est super efficace. Question sur le casting, comment vous avez porte votre choix sur ce duo d’acteurs ?

Alexandre Aja (réalisateur) : C’est surtout elle en premier qui était la pièce la plus importante et la plus difficile à trouver. On a rencontré beaucoup de personnes. Je cherchais quelqu’un qui pourrait porter le film sur ses épaules, qui pourrait prendre le spectateur par la main et lui faire traverser cette galère pour vivre cette histoire. Tout passe par le regard et par son attitude, et c’est quelque chose qui m’a toujours marqué chez Kaya [11]. Depuis Mazerunner, elle a ce regard fort qui poignarde, ce côté un peu guerrier qu’elle a. J’avais envie de le voir à l’écran pour réussir à rivaliser avec les alligators, qui sera le chasseur à la fin.

Et Barry [12], c’est un acteur de caractère en général, un second rôle à l’américaine. C’est venu assez bizarrement, on cherchait, on cherchait et tous ceux qui nous intéressaient étaient pris. Finalement quand on cherchait, Kaya a suggéré Barry car ils ont travaillé ensemble sur Mazerunner. C’est vrai que moi dans ma tête, j’étais sur quelqu’un de légèrement plus âgé, et j’ai trouvé ça intéressant que se soit un jeune père.

D’avoir un rapport un peu plus proche entre les deux et donc c’est devenu une évidence. Il a lu le scénario, il est venu avec une lecture du scénario, mais aussi avec une attitude. Barry est quelqu’un qui a vécu une relation très difficile avec son père, à la fois, il comprenait et à la fois, il se disait que c’était à lui de la sauver. Il y avait un dilemme lié au personnage, et même ça c’était intéressant. Kaya et Barry se confondent pendant le tournage avec leur personnage.

Présentatrice : Quand on sait qu’on va vivre des conditions difficiles de tournage, eux ils lisent un scénario, ils voient ces scènes difficiles, mais entre voir et vivre, n’étiez-vous pas à certains moments comme un coach ? Ou avoir un mantra pour les soutenir et les voir évoluer sous votre direction.

Alexandre Aja (réalisateur) : Ce sont des acteurs qui ont vraiment des méthodes complètement opposées. Barry est très méthodique, naturellement pour lui, il doit rester dans le personnage. Il fallait rester dans l’eau en permanence, avoir des cailloux pointus dans sa chaussure pour être sûr de boiter de la même manière. C’est une approche avec un engagement de sa part très fort.

Et de l’autre côté Kaya, elle a compris qu’elle perdait sa concentration si elle se séchait entre chaque prise, c’était très difficile donc elle restait avec nous dans la soupe du tournage. Elle continuait à se battre et elle a trouvé naturellement que faire. C’est ça qui est bien avec ce type de tournage, les conditions sont très dures, mais ça met les acteurs dans presque des conditions réelles de tempête. Il y a vraiment du vent, vraiment de la pluie, pas d’alligators par contre, le reste est réel donc je pense que ça les aide pour leur prestation.

Question du public : Je voulais savoir si vous avez mis des hommages ou des clin d’oeil dans votre film ?

Alexandre Aja (réalisateur) : Des hommages ? Je ne sais pas auxquels je peux penser. Je ne suis pas du tout religieux, mais pour des raisons légales, on doit toujours inventer des plaques d’immatriculation. Donc, dans le film, plutôt que d’inventer des numéros, j’aime bien, puisque c’est l’Amérique, mettre des citations de la bible qui définissent les personnages. Je l’ai fait aussi sur Horns, le sujet s’y prêtait bien, et là, j’ai continué, car c’est la Floride, une Amérique assez religieuse. La plaque d’immatriculation du père, Dave, "de la maison qui résiste à la tempête reste sur des bases solides" [13]. Et la plaque de Kaya parle d’être prêt pour combattre le Leviathan [14].

Après, oui, il y a des hommages à Alien évidemment quand ils découvrent les œufs. Cujo [15] était aussi pour moi un film référence, mais il y en a plein d’autres. Après, c’est vrai qu’il y a vraiment un côté Alien.

On était dans cette cave avec tous ces tuyaux, ça n’a rien à voir avec la SF, mais il y avait cette atmosphère un peu poisseuse qu’on retrouve dans Alien. Justement, ce film a toujours été une source significative d’inspiration, de ma manière de filmer, la progression du suspense dans le film, nous sommes justement dans un survival. C’est ça aussi qui m’intéressait dans cet univers un peu glauque dans la tempête.

Présentatrice : Par rapport à la fin du film, le chien est sauvé, certes, et pour une fois, tous ne meurent pas. Le fait de finir sur la chansonSee You Later Alligator de Bill Haley & The Comets, vous avez dit que ce film, c’était aussi pour vous une sorte de renouveau de survival. Je trouve que ce film, considérant vos précédents est presque un film optimiste.

Alexandre Aja (réalisateur) : C’est un survival, mais c’est vrai qu’on s’est posé la question sur la survie. On a même tourné deux fins, après c’est difficile d’en parler puisque... on a tourné deux fins où dans l’une le père meurt satisfait d’avoir sa fille sauve et de retour au meilleur de sa forme au niveau de son esprit de compétition. Et une autre où il la regarde de dos pendant qu’elle brandit cette torche olympique prête à repartir dans sa vie. Alors oui, c’est optimiste parce qu’ils ont tellement eu de galères, ils s’en sont tellement pris dans la gueule pendant tout le long du film que c’est difficile après ça de leur dire, ben non, Dave meurt.

Présentatrice : Dans quelques jours, c’est le départ en Amérique, c’est une sortie en plein juillet, c’est une sortie formidable.

Alexandre Aja (réalisateur) : J’espère en France aussi. En vrai ce n’était pas prévu qu’il sorte en juillet, c’était rêvé mais pas prévu. C’est à dire que dès le départ, on savait qu’on faisait un film d’été, parce que c’est l’ambiance, c’est un peu fun, etc. En même temps, on était pas sûr se pouvoir finir, il y a plus de 500 plans en images de synthèse. Il fallait donc se dépêcher, et par miracle il sort la deuxième semaine de juillet (aux USA, il sort le 12 juillet), on est exactement entre Spider-man et Le Roi lion, on verra qui domine le règne animal.

Question du public : Hier soir, pour le mettre dans l’ambiance j’ai revu Rogue [16] et j’ai remarqué qu’il y avait certaines similitudes au niveau de la structure du film. Je voulais savoir si c’était voulu ou si c’était un pur hasard. Par exemple le chien, dans Rogue, il y a aussi un chien qui guide l’un des survivants chez la maitresse, dans le garde-manger du crocodile.

Alexandre Aja (réalisateur) : Mais dans Rogue le chien se fait manger, non ? Il ne disparaît pas quand ils sont sur l’île ?

Après la présence du chien dans le scénario, c’est vraiment... l’idée était de créer un personnage qui était très triste, un personnage au bout du rouleau qui n’avait plus vraiment envie de continuer. Un personnage dont une des deux filles ne lui parle plus et l’autre qui vit à Boston, la mère qui est partie et finalement la seule qui est restée avec lui c’est Sugar.

Quand on arrive dans ce lieu un peu sordide et qu’on voit le chien, on sait qu’il ne serait jamais parti sans lui, c’est quelque chose qui alerte, il nous permet de nous dire que ce n’est pas normal. Ensuite c’est vrai que dans l’équilibre drame-le survival alligator, il y a une scène qu’on verra sur le DVD, une scène intime assez importante où le père et la fille se parlent et on découvre qu’il n’était pas vraiment la pour protéger la maison, mais vraiment pour se laisser mourir dans la tempête. Ainsi, ce chien était un élément essentiel pour lui, ça reste un symbole fort. En plus cette chienne était exceptionnelle, elle était magique.

Présentatrice : En rétrospective, le moment le plus magique du tournage ? Ce qui vous a le plus touché ?

Alexandre Aja (réalisateur) : Je pense que c’est la découverte du décor. On se dit, on va être fou, on va écrire quelque chose qui se passe dans tout ce quartier. Une intersection avec une quinzaine de maisons et une station service. Tout ça en intérieur avec un bassin qui faisait 70 mètres sur 80. Avant de commencer la construction, le weekend d’avant il y avait une rave avec des milliers de personnes et se dire que tout ça va être remplacer par un énorme bassin et des maisons. Au début on y croit pas trop, puis on voit les choses se construire, et à un moment donné, on débarque et tout est lumineux le ciel est bleu, il y a de la verdure et l’eau qui monte. Là on se fit ah c’est incroyable et complètement fou de recréer des choses comme ça, vraiment énorme, c’est magique.

Présentatrice : En tout cas vous avez l’air très heureux ce soir. Merci Alexandre Aja d’avoir été avec nous ce soir.

Retranscription et photos de la conférence par M.TA pour Onirik.net

[1] La technocrane est une grue télescopique utilisée dans l’industrie cinématographique et dans la production télévisuelle

[2] Piranha 3D est un film sorti en 2010

[3] C’est le réalisateur du premier film La colline a des yeux, également le producteur de son propre remake

[4] Les Messagers est un film de Danny Pang et Oxide Pang Chun, produit par Sam Raimi

[5] Créature robotisée ou animée à distance par des câbles ou par radiocommande, réalisée en général avec une peau en latex et des mécanismes internes permettant de lui donner une apparence de vie.

[6] Alligator le plus âgé du monde, il est né en 1936

[7] Gilbert Lecluyse dit Berto, il est réalisateur, directeur de la photographie et cadreur.

[8] ou machiniste : c’est une personne qui s’occupe des machines et des changements de décor au théâtre.

[9] En 2009, le film a eu le droit à son remake avec à la réalisation Dennis Iliadis

[10] film de David Cronenberg de 1981

[11] Kaya Scoladerio

[12] Barry Pepper

[13] La citation n’est pas juste, mais elle provient de la citation Une maison bâtie sur le roc - Évangile selon saint Matthieu, 7. 24-27

[14] Probablement le Psaume 74 : 13/14 qui disent "Tu as fendu la mer par ta puissance, Tu as brisé les têtes des monstres sur les eaux. - Tu as écrasé la tête du crocodile, Tu l’as donné pour nourriture au peuple du désert." ou l’Esaïe 27:1 qui dit "En ce jour, l’Éternel frappera de sa dure, grande et forte épée Le léviathan, serpent fuyard, Le léviathan, serpent tortueux ; Et il tuera le monstre qui est dans la mer."

[15] Synopsis du film : Triste jour pour Donna et son fils Tad. Leur voiture est tombée en panne au beau milieu d’une cour déserte. Les secours arrivent sous la forme d’un Saint-Bernard enragé qui les assaille inlassablement.

[16] Film d’horreur de Greg McLean sorti en 2007 aussi connu sous le nom de Solitaire ou Féroce

L'auteur Hirone
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