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La tectonique des sentiments - Avis +
Onirik -> Littérature -> Critiques -> Dernière mise à jour : le jeudi 14 février 2008.
Editeur : Albin Michel

roman de Eric-Emmanuel Schmitt

Résumé de l’éditeur

Au cœur de sa liaison avec Richard Darcy, étonnée qu’il ne lui demande pas de l’épouser, Diane Pommeray a l’idée dangereuse de mettre son amant à l’épreuve. Par défi, elle lui fait remarquer combien leur amour a changé, comment leurs sentiments se sont affaiblis. A sa stupeur, il l’admet, la remercie de sa franchise et propose la rupture.

L’humiliation, la colère, la haine bientôt, inspirent à Diane une vengeance glaciale et raffinée. Sa fonction de député la mettant en contact avec toutes les couches sociales, elle fait la connaissance de deux prostituées roumaines. La plus jeune, Elina, est une merveille de sensibilité et de beauté. Taisant ses raisons profondes, Diane conclut un marché avec elle, à charge pour la jeune fille de séduire Richard. Celui-ci se précipite dans le piège. Mais Diane n’a pas mesuré les conséquences de ses manœuvres.

Avis d’Enora

Après s’être essayé dans la réalisation avec Odette Toulemonde, Eric-Emmanuel Schmitt retourne à ses premières amours : le théâtre. Dans La tectonique des sentiments, il reprend le thème de l’amour qu’il avait exploré dans sa première pièce Nuit de Valognes. Avec Don Juan, il approfondissait la recherche de l’amour au bout du désir et la solitude qui en résulte, ici il module sur les mystères de ce sentiment, sur l’intrication avec d’autres plus inconscients et sur les catastrophes qui peuvent résulter de la mouvance de ces émotions : c’est la théorie de la tectonique des sentiments.

Diane, personnage central, est amoureuse pour la première fois de sa vie. Cette femme qui travaille dans un milieu d’hommes, rivalise avec eux, les combat pour maintenir sa place. La découverte de l’amour la laisse démunie, elle se sent comme fragilisée car aimer c’est avant tout accepter d’aimer, consentir à une dépendance, consentir à s’avouer qu’on a besoin de l’autre, de sa présence, de son amour, renoncer à son orgueil « - J’ai trop d’orgueil – C’est contagieux l’orgueil. Si l’un l’attrape, l’autre est contaminé sur le champ ».

Mais aimer c’est aussi renoncer à son égoïsme, faire confiance à l’autre, à son mystère, à quelqu’un qui peut mentir, qui peut trahir. « - Aimer n’est pas connaître – Aimer c’est privilégier. Tout le contraire de la science, plutôt le début d’un aveuglement – Evidemment : si chaque père et chaque mère préfèrent leurs enfants à ceux des autres, c’est rarement parce qu’ils ont étudié le marché – D’ailleurs, est-ce intéressant de connaître quelqu’un ? – Fréquenter suffit – Sans cette part de mystère, d’obscurité, d’insaisissable on se lasserait… ».

Aimer c’est renoncer à la maîtrise, or comment peut-on accepter l’abandon à l’autre quand toute son enfance a été rythmée par ce genre de réflexion de la part d’une mère « - J’aurais tant aimé qu’un garçon sorte de mon ventre… au lieu de ça, ça a été toi. Quelle misère ! Certes tu es un peu garçon manqué, mais garçon manqué, ça veut bien dire ce que ça veut dire… c’est-à-dire pas garçon et complètement manqué. ».

Ces deux femmes se renferment dans la douleur et la douleur comme le plaisir est profondément égoïste et narcissique si on ne se tourne pas vers les autres, il y a une immense détresse au fond du narcissisme qui peut amener à détruire les autres et nous à travers eux. Et c’est peut-être ainsi qu’on passe de l’amour à la haine car dans la haine point de remises en questions « Quand une femme ne tient debout que soutenue par l’amour et que cet amour lui est brusquement retiré, si elle ne veut pas tomber, elle doit remplacer ce sentiment par un autre aussi fort : la haine… C’est bon la haine, c’est chaud, c’est solide, c’est sûr. À l’opposé de l’amour, on ne doute pas dans la haine. Jamais. Je ne connais rien de plus fidèle que la haine. Le seul sentiment qui ne trahit pas. »

Dans cette comédie cruelle et émouvante Eric-Emmanuel Schmitt explore les séismes de la passion amoureuse avec brio. Tel un musicien, il travaille sur le thème de l’amour avec des variations qui le rendent presque méconnaissable (clin d’œil aux Variations énigmatiques [1]) car ce qu’aime plus que tout le philosophe en lui (qui, comme Diderot, dans Le libertin s’interroge toujours sur ce qu’il sait) c’est affûter les questions, partager le questionnement avec ses lecteurs, ses spectateurs et ce qui pourrait être une révélation finale : Le véritable amour est inconditionnel et n’existe que dans le bonheur de l’autre, n’a d’autres buts que les faire se réinterroger sur leurs sentiments amoureux et son cortège de plaisir, de souffrances, de lâcheté et d’illusions.

Fiche Technique

Format : broché
Pages : 130
Sortie : 18 janvier 2008
Editeur : Albin Michel
Collection : Théâtre
Prix : 13 €

La pièce a été crée à Bruxelles en septembre 2005 et sous sa forme définitive en janvier 2007 au théâtre Marigny.

[1] Je vous invite à lire cette pièce si vous ne la connaissez pas, une des plus belles d’Eric-Emmanuel Schmitt. Elle doit son titre à l’œuvre éponyme du compositeur anglais Edward Elgar, composée d’un thème et de quatorze variations qui chacune renvoie au portrait musical d’un proche du compositeur, elle est surtout célèbre par le fait que ces variations tournent en fait autour d’un thème jamais joué, que depuis 1900 les musiciens et les musicologues ont tenté d’identifier. Schmitt y a vu la correspondance parfaite à sa conception de l’amour : "Une femme, un être qu’on aime, c’est une mélodie que l’on accompagne toute sa vie, peut-être, mais qu’on n’entend jamais."


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