Raison et Sentiments – Avis +/-

film britannique de Georgia Oakley (2026)

Présentation officielle

Après la mort de son mari, Mme Dashwood et ses trois filles, toujours célibataires, se retrouvent dans une situation précaire. En effet, elles sont privées d’héritage puisque le domaine familial, Norland Park, revient de droit à John, fils de M. Dashwood issu d’un précédent mariage. La veuve et ses trois filles, Elinor, Marianne et Margaret n’ont d’autre choix que de quitter la région et de s’installer dans le modeste Barton Cottage. Un changement particulièrement douloureux pour Elinor, l’aînée, qui, bien malgré elle, s’est éprise du fringant et stoïque Edward Ferrars, beau-frère de John, venu récemment leur rendre visite à Norland.

Marianne tente de consoler sa sœur du mieux qu’elle peut, mais elle fait à son tour une rencontre des plus inattendues avec le séduisant – et célibataire – John Willoughby. Et bien que les deux jeunes gens tombent follement amoureux l’un de l’autre, Elinor redoute que Marianne soit trop impulsive et néglige ainsi le très droit colonel Brandon qui ne cache pas ses sentiments pour sa sœur. Face aux tumultes de l’amour, aux épreuves de la vie et aux injonctions de la société, Elinor, prudente et rationnelle, et Marianne, fougueuse et passionnée, s’affrontent souvent, comme seules deux sœurs peuvent le faire. Et pourtant, leurs liens inébranlables leur permettent de braver toutes les tempêtes et, surtout, d’espérer un avenir heureux…

Avis de Claire

On ne compte plus les adaptations cinématographiques des oeuvres de Jane Austen. Mais ce sont malheureusement toujours un peu les mêmes qui séduisent les scénaristes. La dernière en date était la très lumineuse version d’Emma signée Autumn de Wilde (2020), qu’on avait adorée. Plus de trente ans après le chef d’oeuvre d’Ang Lee avec Emma Thompson, Kate Winslet et Hugh Grant, Raison et sentiments revient donc au cinéma. La comparaison semble inévitable, même si Georgia Oakley se garde bien de refaire le film de 1995. Après tout, une nouvelle adaptation n’a d’intérêt que si elle pose un autre regard sur un texte.

Georgia Oakley réalise ici son deuxième long métrage, après Blue Jean, sorti en 2022. On imagine assez bien ce qui a pu attirer cette réalisatrice (originaire du Hampshire, comme Jane Austen) dans Raison et sentiments : une famille de femmes qui, après la mort du père, perd sa position sociale et doit quitter un magnifique domaine pour une existence à la limite de la pauvreté. Pas une déchéance sociale totale, mais presque. Contrairement au film de 1995 par exemple, le cottage choisi ici est beaucoup plus modeste et même un peu lugubre, et le contraste d’autant plus flagrant. 

Le scénario est signé Diana Reid, jeune romancière australienne dont le premier roman (non traduit chez nous) au titre très austenien, Love & Virtue, lui vaut souvent d’être comparée à l’Irlandaise Sally Rooney (elle-même surnommée la Jane Austen 2.0). Elle choisit de faire passer la relation entre les deux sœurs aînées,  Elinor et Marianne, au premier plan. Les histoires d’amour en deviennent presque secondaires. L’intention est plus que louable, mais son scénario oublie au passage l’une des qualités essentielles de l’écriture de Jane Austen : l’humour. En privilégiant l’intimité des Dashwood, la sororité et la vulnérabilité des jeunes femmes, le film oublie de se moquer de son petit monde.

Georgia Oakley s’est exprimée à ce sujet et considère que la véritable histoire d’amour du roman est celle qui unit Elinor et Marianne. Le film donne également davantage de place à Margaret, la petite dernière, ce qui contribue à faire de cette famille une véritable petite communauté féminine, tandis que l’intrigue va au-delà d’une habituelle course au mariage. Mais les pas de côté par rapport au roman ne produisent pas une lecture nouvelle aussi forte qu’on pouvait l’espérer. On comprend davantage les sœurs, leur relation, leur intimité. Mais le film donne surtout l’impression de nous expliquer ce que le roman exprimait déjà très bien.

Il faut également accepter que cette version ne cherche absolument pas la luminosité du film de 1995. L’image est plus sombre, plus mate, plus mélancolique. Les paysages eux-mêmes semblent moins appartenir à une Angleterre de carte postale. Le film cherche quelque chose de plus naturel, de plus brut, de moins « film en costumes ». Ce choix est cohérent avec la volonté de Georgia Oakley de se démarquer d’une représentation trop jolie de l’Angleterre d’époque. Elle a expliqué être assez réticente à cette vision d’une société faite de beaux salons, de robes impeccables et de gens qui passent leur temps à se préparer pour sortir.

Daisy Edgar-Jones compose une Elinor aussi retenue que responsable. Esmé Creed-Miles (fille de l’actrice Samantha Morton que l’on peut voir actuellement sur les écrans dans le rôle de Circé dans Odyssée), en Marianne, dégage une énergie impulsive et plus libre. Les deux jeunes femmes fonctionnent particulièrement bien ensemble. Elles s’étaient déjà croisées en 2018 dans Pond Life de Bill Buckhurst (inédit en France). Les personnages masculins peinent cependant à convaincre. La faute sans doute à un manque de cette alchimie immédiate à laquelle nous ont habitué les précédentes adaptations austeniennes : aucun des couples du film ne fait rêver.

Au final, cette nouvelle adaptation ne manque ni d’ambition ni de personnalité. Plus sombre, plus intimiste, elle propose une lecture résolument moderne, tournée vers la sororité. Mais à trop vouloir déplacer le regard, elle perd peut-être en chemin ce qui fait aussi tout le sel des romans de Jane Austen : ses couples iconiques et son fameux humour mordant. 


Bande annonce : https://youtu.be/4MUjbis3gz8?si=Bf20wkzKmrh99OPf

Fiche technique

Sortie : 23 septembre 2026
Durée : 132 minutes
Genre : historique
Avec Daisy Edgar-Jones, Catriona Balfe, Esme Creed-Miles, Fiona Shaw, George Mackay, Stacy Martin, Herbert Nordrum