La Cité internationale de la tapisserie en 2026 – Avis +

Lieu : Aubusson

Cité Internationale de la tapisserie

En 2016, la Cité internationale de la tapisserie à Aubusson était inaugurée. Avec elle, c’était une vraie volonté du département de la Creuse de faire rayonner son savoir-faire, inscrit depuis 2009 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO. Ce patrimoine repose sur un savoir-faire et des procédés de fabrication spécifiques, transmis depuis des siècles.

Cette année, la Cité fête ainsi ses 10 ans et cela pousse à mettre en lumière plusieurs projets.

Tout d’abord, commençons par une petite présentation du lieu. La Cité se découvre sur plusieurs étages. Même si cela n’est pas forcément intuitif, on commence par monter des escaliers où Salammbô de Druillet nous surveille avec grandeur. Cette tapisserie de toute beauté, tirée de la BD, se trouve dans les escaliers menant aux premières salles. La visite commence alors par une redécouverte de l’histoire de la tapisserie d’Aubusson : on y apprend comment tout a commencé, l’histoire des cartons, mais aussi celle de chaque outil et matériel utilisé pour réaliser une tapisserie. Et on ne peut dire qu’une chose… C’est passionnant.

On utilise la basse-lisse, une technique sur un métier à tisser horizontal, plutôt que la haute-lisse avec un métier à tisser vertical. On découvre également les cartons, qui ont évolué au fil du temps : d’abord de simples brouillons, ils sont ensuite devenus des œuvres d’art à part entière. On découvre aussi les différents métiers autour de la tapisserie, qui ne s’arrêtent pas aux lissières et aux cartonniers. Il y a en effet également le travail de teinture du fil de laine et celui de l’illustration, auxquels tous ces corps de métier vont ensuite donner vie.

C’est principalement ce qu’on découvre dans cette première partie, avec des présentations, des exemples de matériel, de petits objets et de cartons plus ou moins anciens. Il est également expliqué l’importance du talent du lissier car, en effet, l’interprétation change selon les personnes.

Les projets de la Cité internationale de la tapisserie font d’ailleurs l’objet d’une sélection minutieuse. Tel un marché public, les différents ateliers et manufactures proposent leur échantillon de manière anonyme et les plus opportuns sont ensuite sélectionnés pour la réalisation du projet.

L’exposition continue avec une petite pièce présentant l’usage de la tapisserie de manière plus moderne, comme avec une veste tapissée ou de l’ameublement.

C’est aussi à cet étage qu’on pouvait s’émerveiller devant deux pièces de la tenture1 L’Imaginaire de Hayao Miyazaki : La Peur de Hauru (Le Château ambulant) et La Sieste de Mei et Totoro (Mon voisin Totoro). Ce sont deux tapisseries immenses qui nous plongent dans l’univers de Ghibli. Chaque centimètre de tissage est passionnant à voir et à observer. Il y a des couleurs chatoyantes, texturées grâce aux différentes techniques, un jeu sur le nombre de brins, mais aussi sur les mélanges de couleurs et de matières. C’est un véritable travail d’orfèvre dont on ne peut que saluer la qualité.

Une fois qu’on arrive à s’arracher à ces contemplations, on peut ensuite redescendre et découvrir les tapisseries d’Aubusson d’un point de vue chronologique. On remonte le temps pour dérouler avec plaisir les évolutions de la tapisserie. On ne peut évidemment que conseiller de faire une visite avec un guide, tant chaque détail est important et passionnant.

On retrouve dans ces allées des tapisseries anciennes. Certaines sont des cadeaux, d’autres faisaient office de tapis et, autrefois, on marchait dessus sans difficulté. C’est aussi avec plaisir qu’on retrouve des œuvres de Dom Robert, et, tout au fond, Ashitaka soulage sa blessure démoniaque (Princesse Mononoké). Les deux autres tapisseries de cette tenture de L’Imaginaire de Hayao Miyazaki n’étaient pas visibles, mais cela ne fait que donner une excuse pour revenir.

La visite n’est pas encore terminée, car une extension du musée a été inaugurée cette année, permettant une immersion et une visite plus longue. Attention toutefois : venez tôt, car l’établissement ferme entre midi et deux.

C’est ainsi dans cette extension qu’on peut tout d’abord découvrir l’Hommage à George Sand, réalisé pour célébrer les 150 ans de sa disparition et présenté jusqu’au 20 septembre 2026. Rappelons que George Sand a notamment contribué à faire connaître la Dame à la licorne : elle avait signalé à Prosper Mérimée la présence de cette tenture au château de Boussac, ce qui a contribué à sa protection. Basée sur un dessin de Françoise Pétrovitch, cette tapisserie-installation de plus de 23 mètres de long est exposée dans un dispositif spécialement conçu pour elle. Si l’ensemble du dessin ne plaît pas forcément, on peut s’arrêter sur de nombreuses parties particulièrement intéressantes. De plus, le système de présentation permet de voir la partie arrière de la tapisserie, ce qui est à la fois fort intéressant et ludique.

La tapisserie George est appelée à voyager après son exposition à Aubusson, afin d’être présentée dans différents lieux.

Autrement, le cœur de cette fin de saison est la tenture de dix tapisseries Le Chant du monde de Jean Lurçat, à voir jusqu’au 1er novembre 2026. Sur deux étages et dans trois pièces immenses, on peut se laisser complètement absorber par cette sublime collection, habituellement exposée au musée de la tapisserie contemporaine Jean Lurçat d’Angers. Chaque tapisserie est une œuvre d’art intemporelle. Elles sont grandes, majestueuses et chacune d’entre elles transmet énormément d’émotion.

Si vous cherchiez à voir les tapisseries Aubusson tisse Tolkien, c’est à Angers qu’il faut vous déplacer jusqu’à fin novembre 2026, avant que chacune des tentures ne retourne à sa place. Aubusson reprendra Tolkien et Angers Le Chant du monde. C’est ainsi une magnifique opportunité de découvrir ces dix tapisseries rassemblées.

Outre le musée, la Cité internationale de la tapisserie abrite également une formation pour devenir lissier professionnel, mais aussi des stages d’apprentissage. Cette semaine, par exemple, avait lieu le stage « faiseur de chairs », destiné à des lissières déjà très expérimentées. Le travail porte sur la représentation de la couleur de la peau, sur les nuances du visage et sur cette recherche intense du réalisme.

Et outre cet aspect, il y a aussi de nombreux autres projets dans les cartons. Tolkien et Ghibli ne sont que des précurseurs : d’autres artistes et univers sont étudiés pour relancer une nouvelle fois l’engouement incroyable qu’ont insufflé ces deux premiers projets.

D’ailleurs, L’Imaginaire de Hayao Miyazaki va s’agrandir avec cinq tapisseries autour de l’univers du Conte de la Princesse Kaguya, afin de rendre hommage à Isao Takahata. Il semblerait en effet que ce soit grâce à ce dernier que cette incroyable collaboration ait pu voir le jour, celui-ci connaissant déjà Aubusson et son savoir-faire. Ces nouvelles tapisseries sont prévues pour 2028, avec également une œuvre tirée de l’univers de Nausicaä de la Vallée du Vent.

Outre les films d’animation et la fantasy mythique, Aubusson se tourne également vers des artistes francophones. La BD est mise à l’honneur via Salammbô, mais il est certain que la Cité ne souhaite pas s’arrêter là pour continuer à nous faire rêver et faire grandir notre intérêt pour la tapisserie !


  1. ensemble de pièces d’une collection ↩︎

Fiche technique

Tarif : 9,50 € (tarifs réduits, à voir sur le site)
Horaires de septembre – juin : 9H30-12H et 14H-18H lundi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi, dimanche – mardi fermé
Horaires de juillet – août : 10H – 18H lundi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi, dimanche – mardi 14H – 18H
Fermeture annuelle : tout le mois de janvier
Adresse : Rue des Arts – 23200 Aubusson
Plus d’informations sur le site de la Cité