
Editeur : Rouergue
de Stéphane Servant
Présentation de l’éditeur
Imaginez un monde qui s’appellerait Erêves. Un monde où les rires feraient peur et les larmes feraient rire. Où les monstres seraient inoffensifs et les normaux monstrueux. Où le chant le plus pur terroriserait le public. Un endroit où une paire de corne, un chaudron en guise de crâne ou une tête de chat n’auraient rien d’extraordinaire. Imaginez basculer dans ce monde et ne pas pouvoir en sortir. Jonas et sa soeur Mila vont s’y perdre comme beaucoup d’autres enfants avant eux.
Et comme beaucoup d’autres enfants avant eux, Jonas et Mila vont apprendre une chose importante sur Erêves : il y existe mille-et-un dangers mais un seul endroit où être en sécurité. Et ce refuge s’appelle le Cirque d’Erêves.
Avis de Chris
Depuis que Madame Almendra l’a initié à l’écriture, la vie de Jonas part à vau-l’eau. Boris, un camarade de classe, se fait un malin plaisir de se moquer de lui en lisant son journal intime à toute la classe. Il le malmène sans cesse, jusqu’au coup bas de trop. Jonas craque et devient le monstre du collège, le fou dangereux, celui qui passe de proie à chasseur.
Après tout, rien ne va plus comme avant. Son père est absent et il doit faire bonne figure à la maison. D’abord auprès de sa petite sœur, Mila, mais aussi auprès de sa mère qui tente par tous les moyens de faire comme si rien n’avait changé. Seulement, une nuit, Mila tombe dans un lac qui est apparu de nulle part et Jonas plonge alors dans Erêves, un lieu où les larmes se confondent aux rires, où les monstres se dissimulent en enfant et où le jour est pénombre.
Jonas est un jeune ado comme les autres, bien qu’il se réfugie beaucoup dans l’écriture, lui qui a du mal à exprimer ses émotions à l’oral, comme tant d’autres de son âge. Ce talent lui vaut la raillerie de ses pairs et l’admiration de son père. Cette ambivalence, liée à l’absence récente de ce dernier, le ronge et le mène vers la violence, la rage, au point où il ne se reconnaît plus. C’est Mila, sa petite sœur adorée, qui lui remet les pieds sur terre. Alors, dès qu’elle disparaît, il remue ciel et terre pour la retrouver. Son premier espoir vient d’un cirque pas comme les autres, avec des artistes aussi étranges que monstrueux qui l’aident à se diriger vers la bonne voie. Mais quelle est-elle ?
L’aventure qui nous est contée est pleine de rebondissements, mais aussi de thèmes universels comme ceux de la peur, de l’oubli ou de l’amour. Se confronter à nos peurs est sans nul doute le principal objectif de ce titre aussi mystérieux que poétique. Pas de chichis, ici, on ne débat pas longtemps quant aux réalités qui se présentent aux yeux de nos protagonistes. Et, alors qu’on pensait que la trame était pliée, tout est remis en question. Les cartes sont redistribuées et l’avenir de notre héros est de nouveau en jeu.
Stéphane Servant use de sa plume avec brio. Son style fourmille de bonnes idées, qu’il s’agisse du langage propre à chaque personnage rencontré, ou de sa manière de décrire son univers. C’est simple, on plonge, la tête la première, dans le lac à Erêves, avec Jonas. Malgré un roman à destination des jeunes adolescents, le vocabulaire est dense et parfois ardu, mais la fluidité de lecture est indéniable. Le champ lexical de la laideur y est très inventif, à tel point que certains mots restent ancrés dans notre esprit. Beaucoup d’entre eux pourraient parfaitement entrer dans le dictionnaire, à l’instar du mot-valise : « abomifreux », que l’on peut utiliser dans d’innombrables circonstances.
Que vous ayez douze ou quatre-vingt-dix ans, Erêves est un magnifique conte à lire sans crainte. Point d’ennui ni de ressenti trop enfantin, Stéphane Servant réussit à s’adresser à tout le monde et nous embarque dans un univers qui fera écho à plus d’un lecteur. Pour finir sur une note positive, la couverture, réalisée par Germain Barthélémy, est magnifique et représente à merveille Erêves.
N.B. : Il est à noter que la qualité de l’objet en tant qu’ouvrage n’est pas très bonne. L’encre du texte déteint sur les pages. L’œil est parfois attiré par ces transparences. Pourtant, les pages sont épaisses. C’est peut-être un défaut de notre livre, mais c’est dommage, tant le coup de coeur pour cette histoire est palpable.
Fiche technique
Format : broché
Pages : 400
Éditeur : Rouergue
Sortie : 6 mai 2026
Prix : 19 €
