
film français de Xavier Giannoli (2026)
Présentation officielle
Pendant la Deuxième Guerre mondiale, l’histoire vraie de Jean et Corinne Luchaire, un père et sa fille pris dans l’engrenage de la collaboration.
Avis de Valérie
Jean Luchaire est journaliste et un fervent défenseur de l’amitié franco-allemande, malgré l’inimitié née à la fin de la Première Guerre mondiale. Ce bon vivant donne de son temps, avec son ami Otto Abetz, un Allemand francophile, pour rapprocher les deux pays. Les deux hommes semblent sur la même longueur d’onde et suivent avec fierté la carrière montante de Corinne Luchaire, la fille de Jean, devenue actrice.
Mais lorsque le conflit éclate et que l’armée française est mise à genoux en quelques semaines, Otto Abetz apparaît désormais sous les couleurs du parti nazi et répond directement aux ordres d’Hitler. Le régime collaborationniste s’installe à Paris et Jean profite de sa relation privilégiée avec Otto pour obtenir des financements afin de publier son journal, ainsi que des laissez-passer pour lui et ses proches.
Lorsque les Allemands entament leurs persécutions antisémites, la facilité avec laquelle certains Français acceptent leurs demandes (voire les devancent) transforme progressivement le conflit en crime contre l’humanité. Que vont faire ces personnages, chacun différent, face au dilemme moral qui s’impose à eux ?
Ce très long métrage magistral se regarde sans le moindre ennui pendant plus de trois heures, ce qui constitue déjà une réussite. Le scénario aborde ensuite un sujet longtemps resté sensible : la Collaboration. Et même si certaines responsabilités semblent parfois atténuées, sans doute pour éviter une réaction trop vive si peu de temps après les événements, la réalisation montre avec justesse le lent cheminement conduisant à la perte progressive de toute moralité.
Corinne, par sa jeunesse et son manque d’intérêt pour autrui, ou Jean, dont le train de vie dispendieux et la faiblesse morale le conduisent au compromis, représentent une forme particulière de collaborationnistes : les opportunistes. Il est également intéressant que le film présente un Otto Abetz très proche des Français, cherchant à arrondir les angles et à aider lorsque cela lui est possible – un bourreau presque malgré lui – alors que l’Histoire décrit plutôt un nazi convaincu, prêt à tout pour servir Hitler.
L’interprétation est très convaincante, particulièrement celle de Jean Dujardin et de Nastya Golubeva, qui incarne avec force la flamboyante starlette puis la femme déchue, malmenée par les libérateurs. Mais ce qui surprend le plus reste l’excellente reconstitution de l’époque : les décors, les mœurs, mais aussi le découpage très maîtrisé de la mise en scène offrent une immersion particulièrement réussie.
Le soin porté aux détails et à la psychologie des personnages permet au spectateur de se projeter face aux décisions que chacun prend. Et s’il est vrai que personne ne peut savoir ce qu’il aurait fait à leur place, Les Rayons et les ombres montre tous ces moments où les protagonistes auraient pu dire non.




Fiche technique
Sortie : 18 mars 2026
Durée : 195 minutes
Genre : drame historique
Avec Jean Dujardin, Nastya Golubeva, August Diehl