La Voie de l’assassin : tome 1 – Avis +

Editeur : Panini

de Kazuo Koike et Gôseki Kojima

Présentation de l’éditeur

Hanzô Hattori, ninja légendaire ayant servi aux côtés d’Ieyasu Tokugawa (l’homme qui a unifié le Japon et est devenu shôgun) a mené une existence mouvementée. Son nom résonne à travers les siècles comme l’ombre fidèle de ce grand daimyô. Voici l’histoire de celui qui deviendra le plus grand ninja de son époque.

Voici un autre grand classique de récits historiques qui rejoint le catalogue Panini. Ce titre réunit deux noms incontournables pour les amateurs du genre : Kazuo Koike au scénario et Gôseki Kojima au dessin, les créateurs de Lone Wolf & Cub, autre manga patrimonial disponible au catalogue.

Ici, l’accent n’est pas mis sur les samouraïs, mais sur une grande figure historique du Japon : Hattori Hanzô. Un nom qui résonne encore aujourd’hui, à la croisée de l’histoire et de la pop culture. Entouré de mystères, il est considéré comme le plus talentueux des ninjas qui a accompagné Ieyasu Tokugawa dans sa quête d’unification du pays. Koike et Kojima nous plongent dans le passé de cet homme et dans sa relation avec Ieyasu.

Avis de Chris

Au Japon, durant l’ère Edo1 , Motonubu est un jeune seigneur pieds et poings liés au clan Iwagawa. Malgré cette situation involontaire, Hanzô, issu d’une grande lignée de Suppu, devient son homme de l’ombre. Les Suppu sont des individus aussi discrets qu’efficaces en toute circonstance et aux compétences hors pair. Hanzô aide alors son maître à traverser les épreuves de la vie, comme les événements historiques importants. Leur lien indéfectible s’accroît à mesure que le temps passe et que les mouvements politiques s’accentuent autour d’eux, les obligeant sans cesse à se remettre en question.

Les papas de Lone Wolf and Cub2 se sont attaqués à un monument de l’histoire japonaise assez obscure pour nous, européens. L’action qui se déroule dans La Voie de l’assassin est une période mouvementée où le Japon est morcelé en plusieurs clans qui se disputent le pouvoir. Par une mise en scène lente, nous permettant de découvrir la personnalité des deux héros, on est vite noyé dans un contexte historique pour le moins embrouillé.

La préface de Xavier Guilbert aide un peu à s’y retrouver, même si la prolifération de noms et d’informations dans le manga peut être difficile à digérer. Certains chapitres sont incompréhensibles à la première lecture, mais présentent un contexte politique primordial pour comprendre la suite des événements. Il faudra ainsi s’armer de patience et s’accrocher un peu pour découvrir un premier tome riche en émotions, en rebondissements et tactiques politiques. Malgré toute cette effervescence historique, on s’attache aisément aux deux héros, grâce notamment aux premiers chapitres qui s’emploient à les introduire sans faux semblants et de manière parfois étonnante.

En effet, il est important d’indiquer que ce manga est pour un public très averti ! L’un des premiers chapitres couvre des violences sexuelles explicites et sorties de nulle part, tandis que d’autres présentent des scènes d’action brutales, rapides et parfaitement chorégraphiées. Le contexte sociétal y est aussi induit à travers des scènes, parfois anodines, mais qui laissent à réfléchir.

Outre le scénario abouti de Kazuo Koike3, les dessins de Gôseki Kojima4 sont sublimes. Bien que le manga date de 1978, cette réédition en double tome, d’un format légèrement plus grand qu’un poche, rend hommage aux planches qui ne souffrent aucunement du fait que le titre a 38 ans ! La mise en scène est cinématographique, avec un découpage aux petits oignons. Certaines pages s’observent bien plus qu’elles ne se lisent. C’est simple, on se croirait réellement dans le Japon de l’époque, à presque entendre l’ébullition derrière des Cours et jeux de pouvoir.

Au-delà de cette mise en scène réfléchie qui marque le lecteur par sa franchise, ce sont des planches réalisées avec un grand soin que l’on nous présente dans La Voie de l’Assassin. Qu’il s’agisse de paysages, d’architectures ou de visages, il n’y a pas de fausses notes, malgré le changement de style présent à quelques reprises. De plus, l’enchaînement des chapitres, souvent sans transition, est très fluide. Les combats sont également nombreux, mais courts, rendant les enjeux plus intenses, avec parfois des duels physiques ou verbaux aussi aiguisés que les serres d’un aigle.

En conclusion, ce premier volume est un petit bijou qui attend d’être poli, si tant est que l’on accepte d’entrer dans un genre qui ne prend pas par la main ses lecteurs et qui est aussi cru que réaliste. Les dessins ne plairont pas à tous, mais ils sont loin d’être aussi datés que des titres plus connus comme peuvent l’être City Hunter, Ramna 1/2, Cat’s Eyes, etc.


  1. Edo : entre 1603 et 1968 ↩︎
  2. Edition Prestige chez Panini, au prix unitaire de 32 €, où l’on suit un samouraï, devenu assassin, qui accomplit ses missions en étant accompagné de son très jeune fils. ↩︎
  3. 1936 – 2019 ↩︎
  4. 1928 – 2000 ↩︎

Fiche technique

Format : broché
Pages : 450
Editeur : Panini
Sortie : 28 janvier 2026
Prix : 19,99 €