Lettres d’amour de ma grand-mère – Avis +

film chinois de Hongchun Lan (2026)

Présentation officielle

Pendant des décennies, Ye Sogriu a survécu grâce aux lettres et aux mandats que son mari lui envoie depuis la Thaïlande. Lorsque son petit-fils Hiou-ui part sur les traces de son grand-père, il découvre que l’histoire derrière cette correspondance est bien différente de ce que la famille avait toujours imaginé. À mesure que ressurgissent des souvenirs enfouis et des gestes de dévouement restés dans l’ombre, se dessine le portrait d’existences liées par la séparation, le sacrifice et le temps.

Avis de Aude

Ye Sogriu a survécu grâce aux lettres de son mari, exilé en Thaïlande, jusqu’à ce que son petit-fils découvre que leur histoire familiale, marquée par la séparation et le sacrifice, cache une vérité bien différente.

Avec Lettres d’amour de ma grand-mère, le réalisateur Hongchun Lan nous offre une proposition aussi touchante qu’universelle. Pourtant, le scénario, écrit par Hongchun Lan, Xuanxuan Zheng, Leng Yang et Liyun Zhu, se centre sur la communauté des Teochews, un groupe ethnique chinois originaire de la région de Chaoshan, située à l’est de la province du Guangdong.

L’histoire des Teochews est très fortement liée aux migrations puisque, du XVIIIe au XXe siècle, ils ont entrepris d’importants déplacements vers les pays d’Asie du Sud-Est, exportant par la même occasion leur langue et leur culture. Le film est d’ailleurs tourné principalement en dialecte teochew. On pourrait donc, a priori, penser que le récit ne résonnera que chez les personnes ayant un lien avec ce groupe ethnique, mais ce n’est absolument pas le cas.

En effet, les thématiques explorées par cette histoire, bien qu’elles mettent en avant des éléments spécifiques tels que les Qiaopi — ces correspondances épistolaires familiales et privées combinant une lettre et un envoi d’argent —, nous parlent à tous. Être solidaire quand on est loin de chez soi, garder le contact par tous les moyens disponibles, transmettre un héritage moral, faire de l’éducation un moteur de la vie ou encore s’appuyer sur la solidité des relations intergénérationnelles sont autant de sujets qui résonnent auprès des spectateurs, sans oublier l’amour, qui est au cœur de cette aventure.

Entre passé et présent, les scénaristes nous guident à travers les relations humaines, proches comme à distance, ainsi que l’évolution historique de la communication et des déplacements humains. Ils travaillent leurs protagonistes pour leur construire des personnalités qui viennent s’imbriquer dans l’ensemble des éléments narratifs qu’ils explorent. Ils trouvent un juste équilibre entre humour et drame et rendent leur récit émotionnellement fort, sans pour autant basculer dans une dramaturgie exacerbée.

La mise en scène de Hongchun Lan met en parallèle les événements du présent et ceux du passé, dans des allers-retours bien mesurés qui viennent influer sur les protagonistes. Les tonalités propres à chaque époque sont impeccables et facilement identifiables. La grande crédibilité des décors et des costumes vient renforcer le sentiment d’immersion. Le directeur de la photographie, Tao Hai, offre une embellie visuelle à certains moments choisis. Son travail renforce encore la très jolie sensibilité qui se dégage des scènes. La narration ne se contente pas de suivre un chemin évident ; elle nous invite à faire l’effort de comprendre, parfois dans un second temps, ce qu’elle nous conte.

Les interprètes jouent à merveille la partition du réalisateur. Les caractères de leurs protagonistes ressortent à travers leur jeu. Ils nous font ressentir les émotions et les liens qui se tissent au fil des événements. Sitong Li interprète Nanzhi, une jeune femme décidée qui s’engage pleinement dans tout ce qu’elle fait. Yantong Wang est très touchant dans le rôle de Zheng Musheng. Il sait mettre en avant la droiture et le courage de son personnage. Xiaohui Wang joue Ye Shurou, une femme amoureuse prise dans la tourmente de l’éloignement. Runqi Zheng représente la jeunesse et la modernité avec son personnage de Xiaowei ; son énergie et son humour sont communicatifs.

Lettres d’amour de ma grand-mère est une belle expérience cinématographique. Le spectateur profite autant du travail visuel réalisé que des interprétations inspirées. L’histoire nous transporte dans des destinées qui résonnent en nous. Si l’on aime les longs-métrages touchants, alors il est définitivement à découvrir.


Fiche technique

Sortie : 2 septembre 2026 e
Durée : 118 minutes
Genre : drame
Avec Sitong Li, Yantong Wang, Shaoqing Wu
Titre original : Gei A Ma de Qing Shu