Disparition de Dolly Parton

Dolly Parton : derrière les paillettes, une femme géniale et généreuse

Dolly Parton est morte aujourd’hui, à l’âge de 80 ans. Et si l’on risque de retenir d’abord la voix, les robes scintillantes, les perruques monumentales et les chansons devenues éternelles, son héritage est infiniment plus vaste. Car Dolly Parton n’était pas seulement une chanteuse. Elle était aussi une femme d’affaires, une actrice, une autrice, une philanthrope et, fait peut-être moins connu du grand public, une productrice particulièrement présente dans l’univers de la SF.

En 1986, elle fonde avec son ancien manager Sandy Gallin la société Sandollar Productions. Le nom de Dolly Parton apparaît alors derrière des projets aussi différents que Father of the Bride, Sabrina ou encore Fly Away Home. Mais c’est surtout dans le fantastique que cette entreprise va laisser une empreinte inattendue. Sandollar participe en effet à la production de Buffy contre les vampires, d’abord avec le film de 1992, puis avec la série lancée en 1997, avant de participer également à son spin-off Angel.

Elle a expliqué avoir été réellement impliquée dans la production de Buffy, même si son éloignement géographique (elle vivait à Nashville tandis que la série était tournée à Los Angeles) l’empêchait d’être régulièrement sur le plateau. Sarah Michelle Gellar a d’ailleurs révélé que Parton envoyait régulièrement des cadeaux au casting pour lui témoigner sa fierté.

Il y a quelque chose de piquant à réaliser que la femme derrière Jolene (où une épouse supplie une autre femme de ne pas lui voler son mari) a également contribué à faire exister une série dans laquelle une adolescente combat vampires, démons et autres créatures surnaturelles.

Elle a également fait une incursion surprenante dans la SF avec The Orville, la série de Seth MacFarlane profondément inspirée de l’œuvre de Gene Roddenberry. Dans l’épisode Midnight Blue, elle apparaît sous la forme d’une simulation d’elle-même. Sa chanson 9 to 5, écrite en 1980 sur l’exploitation au travail, devient alors, quatre siècles plus tard, l’un des symboles d’une révolte extraterrestre. Dolly Parton y devient littéralement une figure historique dont les chansons ont traversé les siècles.

Son autre grande production, beaucoup moins spectaculaire mais probablement plus importante encore, s’est faite dans la vie réelle. En 1988, elle crée la Dollywood Foundation. Quelques années plus tard, en 1995, naît l’Imagination Library : l’idée est simple, mais considérable, puisqu’il s’agit d’offrir gratuitement des livres adaptés à l’âge des enfants, dès leur naissance et jusqu’à cinq ans. Le programme, d’abord limité au comté où Dolly a grandi, s’est ensuite développé à l’international.

Cette initiative possède une origine très personnelle. Son père ne savait ni lire ni écrire, et Dolly Parton avait parfaitement conscience de ce que l’illettrisme pouvait représenter comme obstacle dans une vie. Elle a donc transformé sa propre réussite en outil d’accès à la lecture pour des millions d’enfants.

Étonnamment, loin des clichés que son personnage country pouvait susciter, elle a également donné, en 2020, un million de dollars à la recherche sur le Covid-19 menée au Vanderbilt University Medical Center. Cet argent a contribué aux travaux ayant participé au développement du vaccin Moderna.

Elle a construit une image extrêmement reconnaissable, presque caricaturale : le strass, les cheveux, le maquillage, l’humour, la country et cette façon de jouer avec les clichés associés à la féminité. Mais derrière cette apparence se trouvait une femme d’une redoutable intelligence entrepreneuriale, capable d’investir dans des récits fantastiques, de construire un empire touristique et médiatique, tout en consacrant une partie considérable de sa fortune à l’éducation et à la santé.

La famille de Dolly Parton a d’ailleurs donné une indication très symbolique pour ceux qui souhaitent lui rendre hommage : plutôt que des fleurs, elle propose d’honorer la Dolly Parton’s Imagination Library. Depuis 1995, cette initiative offre gratuitement des livres aux enfants, de la naissance à cinq ans, dans les communautés participantes. Le programme distribue aujourd’hui plus de trois millions de livres chaque mois.

Et depuis l’annonce de sa disparition, les hommages prennent une forme particulièrement symbolique : offrir un livre à un enfant, en mémoire de Dolly. Ce geste prolonge ce qu’elle avait voulu construire.

Un héritage intelligent et multiple qui n’impose pas mais qui offre des possibilités.