Conférence presse : Les Gouttes de Dieu

Retour sur la conférence presse qui s’est déroulée grâce aux équipes de Crunchyroll à Japan Expo, ce samedi 11 juillet 2026, pour l’anime Les Gouttes de Dieu.

Mention : les photographies et enregistrements vidéos, y étaient interdites et les questions ont été limitées par le temps.

Retour sur la conférence de presse organisée par les équipes de Crunchyroll lors de Japan Expo, le samedi 11 juillet 2026, autour de l’anime Les Gouttes de Dieu1. Étaient présents Kazuya Kamenashi, qui prête sa voix au personnage principal Shizuku Kanzaki, ainsi que le réalisateur de la série, Kenji Itoso. La conférence était animée par Olivier Fallaix.

Cette session de questions-réponses aborde la conception et la création de l’anime et peut révéler certains éléments de son intrigue.

Présentateur : Bonjour à tous. Remercions M. Kenji Itoso, réalisateur de l’anime, ainsi que M. Kazuya Kamenashi, qui prête sa voix à Shizuku Kanzaki, le personnage principal des Gouttes de Dieu.

Est-ce la première fois que vous venez en France ?

Kenji Itoso (réalisateur) : Je suis déjà venu plusieurs fois en France, notamment pour le Festival de Cannes, mais aussi pour effectuer des recherches et visiter plusieurs vignobles.

Kazuya Kamenashi (doubleur de Shizuku Kanzaki) : La première fois, c’était il y a une vingtaine d’années. Plus récemment, je suis revenu à l’occasion des Jeux olympiques, où j’ai réalisé des reportages. À titre plus personnel, je suis également venu avec ma mère. Si l’on parle des pays où je me rends le plus souvent dans ma vie privée, la France figure parmi ceux que je visite le plus.

Présentateur : Une question pour M. Itoso, le manga original Les Gouttes de Dieu a été publié au Japon entre 2004 et 2010, il avait déjà été adapté en drama2 pour la télévision, alors quelle a été votre approche quand il a été décidé d’en faire un anime ?

Kenji Itoso (réalisateur) : Tout d’abord, depuis la création du manga, le monde du vin a beaucoup évolué. La valeur de certains crus a changé, le marché s’est transformé et il est aujourd’hui plus facile d’accéder à des vins venus du monde entier.

Lorsque j’ai découvert la série dans laquelle M. Kamenashi joue, j’ai constaté qu’elle faisait le choix de ne pas montrer le moment de la dégustation en lui-même. Or, cet univers que le vin ouvre à travers les textures, les arômes et toutes les sensations qu’il procure me semblait particulièrement intéressant à explorer. C’est cet aspect que j’ai souhaité mettre en avant dans la version animée.

Présentateur : M. Kamenashi, vous avez joué le rôle de Kanzaki Shizuku dans le drama de 2009, qu’avez-vous ressenti lorsqu’on vous a proposé d’être la voix de ce même personnage, après toutes ces années ?

Kazuya Kamenashi (doubleur) : C’était avant tout une très très grande surprise, j’étais loin d’imaginer qu’on me redemanderait d’interpréter ce rôle. J’ai eu cette chance-là et j’ai senti qu’il y avait un lien fort entre cette série et moi.

Présentateur : Aviez-vous déjà fait du doublage avant ? Est-ce difficile ?

Kazuya Kamenashi (doubleur) : C’était une première pour moi. Je ne connaissais absolument rien au doublage d’anime et j’étais un novice de A à Z. Heureusement, j’ai eu la chance d’être très bien entouré par toute l’équipe. Elle m’a accompagné dans la lecture des scripts, m’a appris à les interpréter et à réagir au bon rythme. C’est vraiment grâce à toutes ces personnes que j’ai réussi à relever ce défi.

Présentateur : M. Itoso, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre choix de prendre M. Kamenashi pour jouer Kanzaki Shizuku ? Qu’est-ce qui vous intéressait tout particulièrement en tant que réalisateur ?

Kenji Itoso (réalisateur) : Lorsqu’on prépare une adaptation, il ne faut pas se limiter à une seule œuvre. Il faut prendre en compte l’ensemble de l’univers, qu’il s’agisse du manga ou de la série en prises de vues réelles.

Au fil de mes recherches sur Les Gouttes de Dieu, j’en suis arrivé à la conclusion qu’une seule personne pouvait incarner cette voix : M. Kamenashi. Une autre raison, tout aussi importante, est qu’il débutait lui aussi dans le doublage, tout comme Shizuku débute dans l’univers du vin. Au fur et à mesure de leurs expériences respectives, de leurs découvertes et de leur apprentissage, il existait un parallèle très intéressant entre l’évolution du personnage et celle de son interprète. Je trouvais que cette correspondance fonctionnait aussi bien sur le fond que sur la forme.

Un autre élément a également compté dans mon choix. Shizuku est issu d’une bonne famille : il est bien éduqué, élégant et dégage une certaine prestance. À mes yeux, M. Kamenashi possède naturellement ces qualités, ce qui a conforté ma décision de lui confier le rôle.

Présentateur : M. Kamenashi, avez-vous changé votre façon de jouer le personnage par rapport au drama ?

Kazuya Kamenashi (doubleur) : Plus que mon interprétation du personnage, c’est ma façon de jouer qui a été différente. Sur une série en prises de vues réelles, je dispose d’une plus grande liberté. Pour Shizuku, je me construisais une image du personnage et c’est elle qui guidait mon jeu.

En animation, les contraintes sont différentes : l’image existe déjà, le rythme est imposé et les émotions doivent s’accorder à ce qui est déjà à l’écran. C’est là que réside la principale différence dans ma manière d’interpréter le rôle.

Par ailleurs, pour être en accord avec l’âge de Shizuku, je me suis imposé une voix plus aiguë. Avant chaque séance d’enregistrement, je faisais quelques exercices afin de trouver la bonne hauteur de voix et de la maintenir tout au long de la session.

Présentateur : M. Itoso, chaque épisode adapte environ un tome du manga. C’est un rythme assez soutenu, car, en général, un tome est adapté en deux ou trois épisodes. Y a-t-il une raison à ce choix ?

Kenji Itoso (réalisateur) : La réponse est assez simple. Dès le début du projet, nous nous sommes accordés sur un format de 24 épisodes répartis en deux saisons. Une fois ce cadre fixé, il a fallu réfléchir à la meilleure manière de raconter l’histoire dans cet espace.

Avec les auteurs, nous avons envisagé plusieurs approches pour adapter les douze épreuves auxquelles les personnages sont confrontés. Leur traitement est rapidement devenu un élément essentiel de l’adaptation. Après plusieurs échanges et propositions, nous sommes parvenus à une version qui nous convenait à tous. Cela impliquait forcément de retirer certains éléments présents dans le manga, mais ce choix nous permettait de faire entrer plus facilement le spectateur dans cet univers si particulier.

Présentateur : M. Kamenashi, quel a été le moment le plus marquant pour vous en session d’enregistrement ?

Kazuya Kamenashi (doubleur) : Ce qui m’a le plus marqué, ce sont les changements de registre. Il fallait parfois passer d’une scène où mon personnage était en larmes à un simple « bonjour » prononcé avec beaucoup de bonne humeur. Cette capacité à changer d’émotion d’un instant à l’autre était très exigeante, d’autant que nous enregistrions les scènes les unes à la suite des autres.

En cabine, nous étions une vingtaine de personnes et j’étais impressionné de voir avec quelle rapidité chacun parvenait à passer d’un état émotionnel à un autre. C’est sans doute ce qui m’a le plus marqué.

Un autre souvenir fort concerne l’organisation des enregistrements. Nous utilisions quatre micros et il fallait parfois passer de l’un à l’autre sans interrompre la prise. Nous échangions nos scripts au fil des scènes, et les moments les plus amusants étaient ceux des fêtes ou des célébrations : il fallait ajouter des voix d’ambiance, et il arrivait même que des membres de l’équipe participent aux bruitages. L’atmosphère était très chaleureuse et pleine d’entrain.

Présentateur : M. Itoso, concernant le travail d’adaptation, suivez-vous scrupuleusement le manga original, ou bien vous laisse-t-on ajouter des touches créatives plus personnelles ?

Kenji Itoso (réalisateur) : Au début du projet, nous avons travaillé en étroite collaboration avec l’éditeur japonais et les auteurs afin de définir ce qu’il était possible de faire. Ils nous ont très rapidement accordé une grande liberté. Ils nous ont d’ailleurs expliqué que l’équipe de la précédente adaptation en prise de vues réelles avait bénéficié de la même confiance.

Pour ma part, je tenais malgré tout à rester le plus fidèle possible à l’œuvre originale. Comme je l’ai expliqué tout à l’heure, certains éléments ont dû être retirés et des choix d’adaptation ont été nécessaires, mais notre priorité a toujours été de respecter l’esprit du manga.

S’il faut parler des ajouts propres à cette adaptation, je citerais d’abord certaines épreuves inédites, écrites spécialement par les auteurs pour l’anime. Nous avons ainsi pu intégrer de nouveaux éléments tout en restant en parfaite cohérence avec leur vision.

Le deuxième aspect concerne le graphisme. Par exemple, pour le personnage de Miyabi, nous souhaitions qu’elle apparaisse plus mignonne dans la version animée afin de toucher un public plus jeune. Les auteurs ont immédiatement approuvé cette proposition.

Enfin, nous avons accordé un soin tout particulier à la mise en scène. Chaque séquence a été pensée comme une scène de cinéma et bénéficie de sa propre composition musicale. C’est aussi ce qui, à mes yeux, apporte une véritable originalité à cette adaptation.

Présentateur : Connaissiez-vous déjà le manga avant de travailler sur ce projet et selon vous quel en est sa force ?

Kenji Itoso (réalisateur) : Pour être tout à fait franc, oui. J’avais déjà lu l’œuvre et j’en étais même fan. Je n’aurais jamais imaginé avoir un jour l’occasion de l’adapter. Je suis le travail de ses auteurs depuis très longtemps et j’admire leurs œuvres depuis de nombreuses années.

Présentateur : Aimez-vous le vin ? Et avez-vous un cru favori ?

Kenji Itoso (réalisateur) : J’ai appris à apprécier le vin au fil de mon travail sur cette série. Plus j’avançais dans le projet, plus je découvrais cet univers et plus j’apprenais à le déguster différemment. Ce fut un véritable plaisir.

Je pense que M. Kamenashi aura une réponse différente, mais, pour ma part, j’ai une préférence pour les vins plus doux. Cela dit, mes goûts restent assez éclectiques et j’apprécie des vins très variés.

Kazuya Kamenashi (doubleur) : Pour ma part, j’adore le vin, en particulier au lever du soleil. J’aime commencer la journée avec un verre de vin blanc. J’apprécie également les bourgognes, notamment les pinots noirs. C’est un petit plaisir auquel je tiens beaucoup.

Question du public : Est-ce qu’il est prévu que les deux saisons couvrent les 42 tomes de la série ? Et l’adaptation du spin-off Les Gouttes de Dieu – Mariage, est-elle prévue ?

Kenji Itoso (réalisateur) : Il n’y aura pas les 42 tomes dans les 24 épisodes, mais je souhaite vraiment conclure la série.

Question du public : Pour M. Kamenashi, est-ce que votre passé d’acteur et chanteur vous a aidé dans ce rôle de doubleur ?

Kazuya Kamenashi (doubleur) : Je pense que oui. Tout ce qui touche à la manière de projeter ma voix, de la moduler et de l’utiliser pour interpréter un personnage m’a certainement été utile.

Kenji Itoso (réalisateur) : Pour ma part, j’ai découvert quelqu’un de très sérieux et très appliqué dans son travail. Le doublage comporte de nombreuses petites techniques, comme le fait de tourner les pages d’un script sans produire le moindre bruit. M. Kamenashi n’a jamais hésité à poser des questions et à apprendre auprès de l’équipe. J’ai beaucoup apprécié cette humilité et cette envie de progresser.

Question du public : Quel est votre sentiment d’être là devant des Français et de présenter un manga dont le produit fait particulièrement partie de l’identité française ?

Kenji Itoso (réalisateur) : Oui, c’est un peu intimidant. La France possède une culture du vin et des vignobles d’une richesse exceptionnelle. J’éprouve beaucoup de respect pour la France et, plus largement, pour les pays européens.

Même si Les Gouttes de Dieu est une œuvre créée au Japon, elle évoque largement le territoire français et plusieurs scènes s’y déroulent. C’est donc avec un profond respect que nous venons aujourd’hui à votre rencontre.

Kazuya Kamenashi (doubleur) : Pour être tout à fait sincère, je suis très heureux et très enthousiaste de rencontrer les fans français. C’est une œuvre profondément liée à la France, à ses vignobles et à sa culture du vin. Présenter un tel titre devant un public français est à la fois impressionnant et très excitant.

Présentateur : Nous-même en tant que français, on apprend beaucoup de choses en lisant les Gouttes de Dieu.

Kenji Itoso (réalisateur) : Entendre cela est très rassurant. Cela signifie que, même pour les débutants ou les personnes qui ne connaissent rien au vin, cette œuvre constitue une très belle porte d’entrée dans cet univers.

Question du public : Les choix de la couleur et de la lumière évoquent le vin lui-même, comment avez-vous travaillez pour faire ces choix ?

Kenji Itoso (réalisateur) : Cet aspect était extrêmement important, en particulier le travail sur les couleurs. Au départ, on associe naturellement le vin à la couleur rouge. Mais le vin ne se résume pas à une seule teinte : il fallait parvenir à retrouver cette nuance si particulière qui lui est propre.

Je souhaitais également créer une œuvre qui puisse être appréciée partout, y compris dans les festivals. Il était donc essentiel de trouver un équilibre entre une véritable ambition artistique et un savoir-faire artisanal. C’est sur cette idée que nous avons travaillé avec toute l’équipe.

Pour apporter cette touche artistique, je suis même allé sur X (anciennement Twitter) afin de rechercher des artistes dont le travail me plaisait. Je les ai ensuite contactés pour leur proposer de participer à la création de l’identité visuelle de la série.

Question du public : Les Gouttes de Dieu a la particularité d’être un manga, un drama, et maintenant un anime, comment fait-on pour se différencier des autres œuvres déjà existantes ?

Kenji Itoso (réalisateur) : Au Japon, lorsqu’on parle de mangas, on distingue notamment les shōjo, les shōnen et les seinen. Les Gouttes de Dieu appartient à cette dernière catégorie. Pour les œuvres de ce genre, il n’est d’ailleurs pas rare qu’une adaptation en prise de vues réelles précède une adaptation en animation.

Pour ce qui est de la différenciation, le plus important à mes yeux est ce que le spectateur ressent après le visionnage. J’aimerais qu’il ait envie de revoir la série, de lire le manga pour approfondir cet univers et d’en découvrir toutes les facettes.

Et surtout, j’aimerais qu’il ait envie de goûter au vin, de découvrir ce monde et le plaisir qu’il peut procurer. Au Japon, les jeunes ont relativement peu l’habitude d’en boire. Si cette œuvre peut leur donner envie d’aborder cet univers avec curiosité et d’en apprécier la richesse, alors nous aurons atteint notre objectif.

Question du public : Est-ce que vous pensez que la série peut s’adresser à quelqu’un qui n’y connait rien en vin ?

Kenji Itoso (réalisateur) : Absolument. Même une personne qui ne connaît rien au vin, ou qui ne s’y intéresse pas particulièrement, peut se laisser emporter par l’histoire. Au-delà du vin, il est avant tout question de rencontres, de confrontations et de relations humaines.

À travers des personnages comme Shizuku ou Issei, le récit alterne des moments drôles et d’autres beaucoup plus dramatiques. Le vin est au cœur de ces affrontements, mais c’est surtout le lien entre les personnages qui fait avancer l’histoire. Si les spectateurs apprécient ce voyage à travers les différents cépages et découvrent cet univers avec curiosité, alors nous aurons réussi notre pari.

Kazuya Kamenashi (doubleur) : Le message que j’aimerais transmettre est que, dans cette œuvre, le vin est profondément humain. Ses différences, ses couleurs, son évolution… tout cela fait écho aux êtres humains.

On y découvre avant tout une histoire de relations humaines. Les liens entre les personnages et le vin se répondent constamment, et c’est ce qui donne toute sa force au récit. Même les personnes qui ne s’intéressent pas au vin pourront être touchées par ces histoires.

Comme un vin, qui peut provenir d’une même terre, d’une même vigne, tout en développant un goût différent, les êtres humains, eux aussi, suivent chacun leur propre chemin. Des frères et sœurs élevés par les mêmes parents ne deviennent jamais exactement les mêmes personnes. C’est en cela que le vin me paraît si humain : il évolue, révèle différentes facettes et raconte une histoire.

Enfin, on dit souvent qu’un bon vin se partage avant tout avec une bonne compagnie. C’est également le message de cette œuvre. Le vin devient un lien entre les personnes, un prétexte à la rencontre et à l’échange, même pour ceux qui choisissent de ne pas en boire.

Présentateur : Pour conclure, avez-vous un petit mot pour le public français ?

Kenji Itoso (réalisateur) : Ça serait bizarre que l’on en n’ait pas. Tout d’abord, j’aimerais attirer votre attention sur les épisodes 6 et 7. Ils peuvent donner l’impression d’aborder des thèmes assez sérieux, voire un peu lourds. Mais ensuite – attention, petit spoiler – Issei va se retrouver dans le désert. Cette expérience va profondément transformer son regard sur Shizuku et sur leur relation.

Cette évolution est essentielle, car elle montre que, si le vin constitue le socle de l’histoire, Les Gouttes de Dieu parle avant tout de relations humaines. Nous espérons que les personnes qui découvriront cette œuvre continueront à la porter en elles, non seulement après le visionnage, mais aussi des semaines, des mois, voire des années plus tard.

Je vais ajouter un dernier spoiler. À un moment important de l’histoire, il est question d’escalader une montagne, puis de découvrir un vignoble qui cultive la vigne d’une manière très particulière. Cette quête symbolise parfaitement la recherche du cépage, du vin… et, finalement, des Gouttes de Dieu.

Kazuya Kamenashi (doubleur) : Présenter cette œuvre en France, devant un public français, représente un véritable défi. Mais je suis convaincu que la rencontre entre la France et Les Gouttes de Dieu, ce mariage entre deux cultures, fera naître un magnifique parfum.


  1. terme pour désigner les séries télévisées asiatiques (live action) ↩︎