Le Serment Ecarlate est le nouveau roman de Camille De Decker. Il sortira le 24 juillet aux éditions Beta Publisher !

Ce jeudi 2 juillet, la maison d’édition Beta Publisher proposait de découvrir cet ouvrage en avant-première au sein de son coffee shop, Book Nook (où sont organisées toutes ses avant-premières). L’autrice a ainsi pu présenter son livre avant une sympathique initiation à la calligraphie chinoise. Il s’agit d’une romance F/F historique et fantastique située en mer de Chine.
Voici le compte rendu de la séance de questions-réponses consacrée au roman et à sa création.
Présentatrice : Il sort le 24 juillet, est-ce que tu peux en trente seconde me pitcher l’histoire ?
Camille De Decker : Alors, c’est un roman de fantasy… enfin non, plutôt un roman fantastique qui se déroule en Chine en 1842, après la première guerre de l’Opium. On suit une pirate qui enlève une jeune Britannique. À partir de là, elles vont vivre pas mal d’aventures ensemble et connaître de nombreux rebondissements, à la fois fantastiques et mythologiques, inspirés de la mythologie chinoise. Et il y a aussi une histoire d’amour.
Présentatrice : Donc tu dis que l’histoire a lieu en 1842, entre Macao et Hong-Kong, c’est après la première guerre de l’Opium. C’est un terrain historique précis qui n’est pas le plus utilisé dans la littérature française. Pourquoi là, pourquoi ce moment-là de l’histoire ?
Camille De Decker : Parce qu’il y a un an, j’ai lu un roman qui s’appelle Taï-Pan, de James Clavell. C’est le même auteur que Shogun, adapté récemment en série. Taï-Pan se déroule à Hong Kong, en Chine, en 1838, quelques années plus tôt. On y suit le Taï-pan, le chef des commerçants britanniques de l’époque, le plus respecté et le plus puissant. J’ai beaucoup aimé cette duologie.
J’ai trouvé ce contexte historique et ces personnages très intéressants. Je me suis renseignée, parce que le texte évoque des pirates sans jamais les mettre en scène. Je me suis donc dit : « C’est bon, je vais raconter leur histoire à eux. » Je ne prétends évidemment pas être au niveau de James Clavell, ça n’a rien à voir. Lui écrit de l’historique pur, sans fantastique ni mythologie. En revanche, tous les repères historiques et les références viennent de là.
Présentatrice : Comme tu le dis, Le Serment Ecarlate, c’est du fantastique-historique, il n’y a pas que des humains qui peuplent le roman, et donc tu as intégré de la mythologie chinoise, comment est-ce que tu as navigué entre ce qui existait déjà et ce que tu as inventé ?
Camille De Decker : Alors je n’ai pas inventé grand-chose, ma source principale d’inspiration, ça reste Pirates des Caraïbes, un classique du monde des pirates, mais donc comme ça se passe en Chine, je me suis rendu compte qu’il existait énormément de figures mythologiques qui, d’une culture à l’autre, se ressemblent. Les sirènes, par exemple. Dans le roman, ce sont des jiaoren. Elles ont une histoire assez proche, même si je les ai un peu retravaillées pour les adapter au récit. Et après, il y a les figures un peu traditionnelles de la mythologie chinoise, mais je n’en dis pas plus.
A la fois de la connaissance, à la fois de la recherche, et un peu, « ah j’aimerais bien mettre des sirènes », et est-ce que ça existe en mythologie chinoise, comment elles y existent.
Présentatrice : Il n’y a donc pas que des personnages fantastiques, on a des personnages qui existent comme Hung Faa. Il y a des personnages qui appartiennent à leur autrice, il y en a d’autres qui leur échappent complètement, dans quelle catégorie entre Hung Faa ? Avais-tu une idée de base dans laquelle elle est restée ou bien est-ce qu’elle a pris le contrôle de son navire et elle t’a dit « tchao je fais ma vie » ?
Camille De Decker : Hung Faa, c’est la capitaine pirate que l’on voit sur la couverture. Elle est inspirée de plusieurs choses. Déjà, moi, j’adore Jack Sparrow dans Pirates des Caraïbes. C’est un personnage un peu controversé, mais je l’aime beaucoup. Je voulais donc une pirate très détachée, très nonchalante.
Je me suis aussi renseignée sur l’histoire de la piraterie en Chine. Il existe une grande figure de femme pirate. Ce n’est pas tout à fait la bonne période, puisqu’elle a vécu un peu plus tôt, mais elle est considérée comme la capitaine pirate la plus puissante de l’histoire, avec une flotte de plusieurs milliers de navires. Personne n’a jamais réussi à l’arrêter, ni le gouvernement chinois ni les Britanniques. Elle a fini par faire semblant de prendre sa retraite, tout en continuant ses activités de piraterie.
Cette figure, Ching Shih, m’a beaucoup inspirée. Ensuite, je me suis aussi inspirée de personnages comme Jack Sparrow : des gens très sûrs d’eux, avec beaucoup de nonchalance et de sarcasme. Ce sont des personnages que j’aime bien.
Et est-ce qu’elle m’a échappé ? Un peu, mais pas tant que ça. Je dirais que j’ai eu d’autres personnages qui sont beaucoup plus sortis de la route qu’elle.
Présentatrice : Donc sur la couverture il y a un autre personnage qui l’accompagne et qui s’appelle Catherine Melville, si vous avez la référence, bravo à vous1. Pour moi, je la considère vraiment comme la « perspective lecteur » du roman, c’est à dire qu’elle arrive dans un monde de pirates sans repère, elle découvre tout et elle nous sert ainsi vraiment nous lecteur de tout découvrir à travers ses yeux. Et je me demandais si tu t’y retrouves toi dans ce personnage ?
Camille De Decker : Au début, oui, je m’y retrouvais beaucoup. Mais ensuite, Catherine est accompagnée, pendant une partie de son périple, par une amie qui s’appelle Margaret. Finalement, je me reconnais un peu plus en Margaret, parce qu’elle est le comic relief du duo britannique.
Catherine possède néanmoins beaucoup de traits qui me ressemblent. Je voulais surtout éviter le personnage de la Mary Sue2. Ce n’en est pas une. Elle a reçu une éducation anglaise, mais aussi celle d’une famille britannique installée dans une colonie. Elle a donc appris à se battre et à manier les armes. On n’est pas dans le cliché de la capitaine pirate qui sait tout faire face à une jeune Britannique complètement perdue. Ce n’était pas ce que je voulais raconter. Margaret est davantage dans un registre humoristique. Donc, si on parle d’humour, je préfère Margaret.
Présentatrice : Pour ce livre, la plupart des gens ici te connaissent en tant qu’éditrice, et pour ce livre, tu es à la fois l’autrice et ta propre éditrice, ce qui veut dire que tu t’es lue toi-même, que tu t’es fait des retours à toi-même, que tu t’es potentiellement dit non à toi-même, comment la Camille éditrice et la Camille autrice, elles se sont entendues pendant l’écriture de ce livre ?
Camille De Decker : La Camille autrice a fait ce qu’elle voulait ! Ensuite, d’autres personnes ont lu le texte et je leur ai demandé si, selon elles, il avait sa place dans la maison d’édition. À partir de là, la Camille éditrice est arrivée en disant : « Bon, on va revoir certaines choses, on va calibrer tout ça. »
J’ai un défaut, le fameux défaut qu’on cite en entretien d’embauche : je suis perfectionniste. Mais, en réalité, je suis incapable de passer au chapitre suivant tant que celui que j’écris ne me satisfait pas. Je ne peux pas me dire : « Je saute ce passage et j’y reviendrai plus tard. » J’en suis incapable.
Finalement, la Camille éditrice n’a donc pas été trop encombrante. Ensuite, il y a eu tout le travail avec la correctrice, qui m’a fait des retours, ainsi que les premières lectrices, notamment sur certaines cohérences d’action et sur le contexte.
Présentatrice : Oui, notamment quand je disais : « Là, il manque une scène de bagarre », ou « Là, il faudrait une scène de rapprochement entre les deux. »
Camille De Decker : Un travail d’équipe en effet.
Présentatrice : Il va falloir répondre sans trop en dévoiler, la maison d’éditions Beta Publisher, on a un engagement concret pour tout ce qui est romance lesbiennes et saphiques, et Le Serment Ecarlate est une histoire d’amour entre deux femmes, une histoire d’amour lesbienne mais dans une époque où ça n’avait pas de nom et ça n’avait pas de futur possible. Que voulais-tu qu’on ressente avec ça pendant notre lecture ?
Camille De Decker : La frustration. (rires)
J’aime beaucoup les romances F/F dans un contexte historique. Mais je trouve que, parfois, l’envie du lecteur de voir l’histoire se terminer d’une certaine manière prend le pas sur la réalité historique. Ici, ce n’est pas le cas.
Présentatrice : Tu as écrit un livre qui se passe à Hong-Kong, en Chine, région du monde où tu n’es pas encore allée.
Camille De Decker : Jamais.
Présentatrice : En 1842, une période à laquelle tu n’as pas vécu. Et souvent en tant qu’auteur, on peut avoir un souci de légitimité parce que c’est le problème constant « est-ce qu’on est légitime ». Est-ce qu’il y a des moments où tu t’es dit « mais je suis qui pour raconter cette histoire » ?
Camille De Decker : À chaque page.
Pour la romance, ça allait. En revanche, pour tout l’aspect historique, et surtout pour la culture chinoise, je me suis énormément documentée, parce que ce n’est absolument pas ma culture. Je ne peux pas garantir que tout soit parfaitement exact, mais j’ai fait de mon mieux pour être la plus respectueuse possible de cette époque et de cet environnement.
Hong Kong, en 1842, c’est un tout autre monde : une île encore très peu développée, avec les moustiques, la malaria…
J’ai aussi fait énormément de recherches sur les vêtements des pirates, les différents types de navires utilisés par les Britanniques, les Portugais et les Chinois, puisque les Portugais étaient présents en Chine depuis bien plus longtemps que les Anglais. Je me suis intéressée à leur alimentation, à leurs habitudes, à ce que l’on pouvait trouver dans les pubs anglais, à ce qu’ils buvaient, mais aussi aux relations géopolitiques de l’époque et à la perception des étrangers.
J’ai essayé d’être la plus précise possible. On retrouve également plusieurs personnages historiques ayant réellement existé. J’espère sincèrement que l’ensemble est le plus fidèle possible.
Présentatrice : Toi dans la vie, tu as le permis bateau pour naviguer en mer, est-ce que cela t’a aidé pour écrire cette histoire de pirates ?
Camille De Decker : Oui et non. Le permis bateau ne concerne que les bateaux à moteur. Demain, vous pouvez louer un voilier sans avoir la moindre connaissance nautique. Ça me dépasse un peu, mais c’est comme ça.
Donc non, le permis en lui-même ne m’a pas aidée. En revanche, le fait d’avoir passé beaucoup de temps sur un bateau, parce que mon père possédait un voilier, oui.
Présentatrice : Moi en tout cas, au niveau du vocabulaire, parfois, j’étais un peu perdue. Autrement, est-ce qu’il y a un passage, une scène, un chapitre, que sais-je que tu as préféré écrire pendant le roman, et si oui, pourquoi ?
Camille De Decker : Oui, le tout début, le premier chapitre. C’est celui qui pose le décor de Hong Kong et des relations entre les Portugais, les Anglais et les Chinois.
J’ai adoré l’écrire parce que c’est là que toutes mes recherches historiques se rejoignent. Il fallait comprendre les enjeux géopolitiques, les ambitions de chacun des personnages… Tout cela.
Présentatrice : A cette question, tu as le droit de mentir, dans 10 ans, quand quelqu’un repense au Serment Ecarlate, qu’est-ce que tu voudrais qu’il ait gardé ?
Camille De Decker : J’aimerais simplement que les lecteurs aient passé un bon moment. Ce roman n’a pas d’autre ambition que de divertir. Si, en plus, on apprend quelques choses au passage, tant mieux. Mais c’est avant tout un one-shot pour voyager, suivre une histoire d’amour sur un bateau pirate… et passer un bon moment. Enfin, j’espère.
Question du public : Es-tu allée à Hong Kong ?
Camille De Decker : Pas du tout, je n’y ai jamais mis les pieds. J’aimerais beaucoup y aller, plus particulièrement à Hong Kong qu’en Chine continentale. Aujourd’hui, le contexte politique est particulier, mais c’est une destination qui m’intéresserait.
C’est aussi pour cela que j’ai choisi de situer l’histoire au XIXᵉ siècle. Personne ne pourra vraiment me dire : « Ce n’était pas comme ça ! » (rires)
Question du public : Je trouve ça intéressant d’écrire un livre sans forcément connaître le lieu, et si tu y vas, peut-être écrire une suite.
Camille De Decker : Oui, mais ce ne seraient plus les mêmes lieux. En 1842, Hong Kong est vraiment une île presque vide. Il n’y a rien. Les Britanniques viennent tout juste de l’obtenir pour en faire leur premier port d’attache indépendant de Macao. C’est un endroit encore sauvage, avec quelques constructions en bois, de la poussière, de l’humidité…
Question du public : Pourquoi le thème de la piraterie ?
Camille De Decker : J’ai toujours eu envie d’écrire un roman sur la piraterie. Je suis fan de la trilogie Pirates des Caraïbes, mais aussi de L’Île aux pirates, avec Geena Davis. J’ai toujours trouvé cet univers extrêmement amusant et fascinant. Alors, un jour, je me suis lancée.
Question du public : Dans Pirate des Caraibes, ce qu’on retient surtout c’est que la femme c’est un peu… enfin, faut pas que se soit sur un bateau, etc. Est-ce que dans ton livre, tu évoques la place de la femme ?
En Chine, ce n’était pas du tout la même chose. Il existait déjà des femmes capitaines pirates. Je ne dis pas que c’était le cas dans toutes les flottes, mais celles dont je me suis inspirée acceptaient parfaitement cette situation.
Ching Shih, par exemple, a hérité de la flotte de son mari et l’a développée de manière spectaculaire. Les Anglais, eux, sont choqués, et cela apparaît dans le roman. On n’est donc pas du tout dans l’idée selon laquelle une femme porte malheur à bord d’un bateau. Ching Shih n’était certainement pas une enfant de chœur, mais c’est une figure historique absolument fascinante.
Le roman sort donc le 24 juillet 2026 et peut déjà être en précommande !
- Nous n’avons pas la référence, mais avec des recherches, peut-être qu’il y a une référence à Herman Melville, auteur de Moby Dick. ↩︎
- La Mary-Sue peut désigner un personnage canonique d’une œuvre originale, qui est alors décrit d’une manière idéalisée ↩︎
- Il a été précisé par l’autrice que les films suivants n’existent pas forcément à ses yeux ↩︎
Fiche technique
Format : broché
Pages : 450
Editeur : Beta Publisher
Sortie : 24 juillet 2026
Prix : 25 €
