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Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles - Avis +
Onirik -> Littérature -> Critiques -> Dernière mise à jour : le samedi 17 mai 2008.

Oscar Wilde est un esthète amoureux des belles et bonnes choses. C’est pourquoi lorsqu’il découvre le corps sans vie d’un jeune apprenti-comédien de sa connaissance, il décide de mener l’enquête car personne ne s’en intéresse ; le corps ayant disparu.



Editeur : 10/18

roman de Gyles Brandreth

Présentation de l’éditeur

En cette fin de siècle trépidante, Oscar Wilde, dandy éclairé, virevolte de mondanités en rendez-vous discrets, lorsqu’un drame vient bouleverser sa vie. Tandis qu’il s’apprête à écrire Le Portrait de Dorian Gray, il découvre dans un meublé le corps d’un jeune garçon de sa connaissance.

Tout semble indiquer un meurtre rituel. Et en ami fidèle, Oscar Wilde s’est juré de ne pas trouver le repos tant que justice n’aura pas été faite pour Billy Wood.

Avis de Marnie

Il faut tout d’abord féliciter en premier le traducteur qui nous glisse une ou deux notes en bas de chaque page pour nous expliquer tel personnage, telle allusion, tel lieu... c’est un véritable travail de recherches littéraires et historiques totalement indispensable et indissociable du roman qui nous est présenté ici et qui a largement contribué à nous faire apprécier ce récit.

Gyles Brandeth s’amuse à créer un personnage complexe, contradictoire alliant dans une sorte de pastiche totalement assumé une sorte de Sherlock Holmes mâtiné de l’esprit, la légèreté, l’esthétisme et la générosité de Oscar Wilde. Le personnage est si riche, virevoltant, enjoué, se dispersant au gré de ses envies et de ses fantaisies dans des descriptions pleines de verve et de finesse sur ses semblables, qu’il mène son enquête de façon décousue... nous nous y perdons aussi, mais cette impression quelque peu fatiguante est vite effacée par son intelligence aiguisée, cynique et lucide qui le ramène toujours à suivre son fil d’Ariane.

Le narrateur, Robert Sherrard (personnage réel, ami de Oscar Wilde) est plus qu’un faire valoir, façon docteur Watson. C’est un homme qui arrive tout juste à subvenir à ses besoins et qui se débat au milieu d’un divorce, à une époque ou cette situation était mal considérée... Cette enquête va lui permettre de trouver un dérivatif à ses ennuis, mais aussi à mieux prendre conscience de la profondeur et de la sagacité de l’esprit de son meilleur ami. Gyles Brandeth va également introduire d’autres Veronica Sutherlandpersonnages véritables et notamment Arthur Conan Doyle, véritable ami, lui-aussi de Oscar Wilde et qui ici nous est montré, encore médecin, puisqu’il venait de faire seulement publier son premier roman.

L’auteur est un spécialiste chevronné et passionné, totalement en phase avec l’homme qu’il admire, ce roman constituant un moyen ludique de rendre hommage au plus irlandais des dandys britanniques, esprit éclairé épris de beauté et de jeunesse, et dont les mots et les expressions ont imprégnés sa propre adolescence. On en oublierait presque l’aspect thriller qui pourtant tient une grande place. Il s’agit ici d’une énigme digne de ces romans policiers du 19e siècle, la déduction mathématique, les détails visuels étant à la base de la réflexion. Que l’on devine ou non le nom de l’assassin n’a aucune importance, seule la complexité et les motivations des personnages sont importantes, l’homosexualité, sujet tabou dans cette société britannique stricte et intolérante, étant au coeur du drame... sujet d’importance puisque Oscar Wilde sera emprisonné quelques années plus tard pour cette raison et qu’il terminera ses jours à Paris, exilé volontaire ne se remettant pas physiquement, émotionnellement et financièrement de cette humiliation.

Au final, pour cette première enquête, un foisonnement d’idées (peut-être un peu trop), un luxe de détails plus passionnants les uns que les autres pour une description sociale acide et intéressante. Cependant, nous retiendrons un héros qui occupe de façon écrasante toutes les pages du roman, déversant avec complaisance, ironie et John Grayemphase, ses fameux traits d’esprit inoubliables. Une tentative réussie de mêler plusieurs genres : l’histoire, le thriller et la biographie romancée !

Avis de Valérie

Ce roman est une réussite à de multiples niveaux notamment grâce au travail considérable de l’auteur. Véritable historien et romancier, il a rassemblé une somme d’informations considérable sur Oscar Wilde, ses amis, ses contemporains, mais également sur l’époque, les us et coutumes de la gentry afin de faire de ce livre policier un hommage à un grand homme tout en créant une intrigue plus que solide qui nous surprend comme il se doit à la fin.

Chaque détail dont discute Oscar avec son ami le poète Robert Sherard, qui est pour lui son Dr Watson alors qu’il s’entifie à Sherlock Holmes, [1], peut être vérifié, Cette rigueur historique couvre le plaisir de la lecture par un voile de tristesse, car nous savons que la vie du grand homme fut raccourcie par les ennuis que lui firent ses contemporains.

On a quelques fois l’impression que l’auteur nous fait littéralement voyager dans le temps. Si c’est souvent un talent obligatoire à tout écrivain historique, c’est ici particulièrement puissant.

Nous pouvons également remercier l’éditeur (10/18) qui a su parier sur un format et une présentation différents de ce qu’il édite habituellement et le traducteur, Jean-Baptiste Dupin, qui a porté sa connaissance du sujet à son comble en nous offrant une traduction au cordeau. Il a eu aussi l’extrême délicatesse d’émailler le texte de notes de bas de page précises qui finissent de former dans notre esprit cette reconstitution d’époque.

Constance WildeGyles Brandreth nous fait prendre conscience que si Oscar Wilde a été un homme exalté, brillant, d’une intelligence rare, d’une sensibilité et d’une acuité unique, c’était aussi un homme en permanence à la recherche de nouveautés qui pouvait passer par des états à la limite de la bipolarité, un tricheur, menteur, fabulateur, capricieux et manipulateur. Si au début, on est quelque peut dérouté par les changements d’humeur de Wilde, le personnage finit par prendre sa place grâce notamment au narrateur (Robert Sherard) qui est tout son contraire et dont la fidélité en cet ami extravagant est totale.

Il est inutile de vous conseiller de vous y plonger, ça va de soit. Mais sachez que lorsque vous le ferez, vous vivrez une expérience merveilleuse, qui en elle-même est un hommage à cet auteur d’origine irlandaise. Oscar Fingal O’Flahertie Wills Wilde, fils d’un chirurgien anobli et d’une poétesse féministe, penseur cynique, comique et ironique mort en France après voir quitté sa mère patrie ne se laissera pas oublier de vous.

Fiche Technique

Format : broché
Pages : 384
Editeur : 10/18
Collection : Grands detectives
Sortie : 6 mars 2008 Prix : 13,50 €

[1] personnages créés par Arthur Conan Doyle que l’on retrouve d’ailleurs plusieurs fois dans la trame


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