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Le club des policiers yiddish - Avis +
Onirik -> Littérature -> Critiques -> Dernière mise à jour : le mercredi 28 avril 2010.

Brillant, satirique, chaleureux... et émouvant ! Un très grand roman et tant mieux, c’est un policier ! Les frères Coen seraient en train de l’adapter...



Editeur : Robert Laffont

roman de Michael Chabon

Présentation de l’éditeur

Après le succès des Extraordinaires Aventures de Kavalier & Clay, prix Pulitzer 2001, Le Club des policiers yiddish est le nouveau chef-d’oeuvre de Michael Chabon.

Le district de Sitka, en Alaska, est le nouvel Israël. Y vivent deux millions de Juifs parlant le yiddish. L’inspecteur Meyer Landsman, de la brigade des homicides, est chargé de faire régner la paix dans cette communauté désobéissante et encline aux mystères. Ainsi, dans un hôtel minable, Landsman découvre un junkie assassiné qui s’avère être le fils du plus puissant rabbin de Sitka, le chef des verbovers, des Juifs ultra-orthodoxes. Des ordres venant de l’étranger exigent la clôture de l’enquête mais Landsman s’obstine : ce mort lui plaît et il refuse de laisser son assassinat impuni... Le rabbin aurait-il commandité le meurtre de son fils ? Dans quel but ? Et quels liens entretient la communauté verbover avec d’étranges commandos parlant hébreu ?

Dans une tradition typiquement américaine, Michael Chabon emprunte à tous les genres avec allégresse : légendes des émigrés juifs d’ Europe de l’Est, roman noir, roman d’anticipation, critique politique de l’après - 11 Septembre et réflexion morale sur les dérives religieuses. Hommage à Chandler et à Charyn, Le Club des policiers yiddish, lauréat du prix Hugo 2008 va être adapté au cinéma par les frères Coen (The Big Lebowski, Fargo, No Country for Old Men...) et a reçu un accueil enthousiaste aux États-Unis : « Une réussite, comme si Raymond Chandler et Philip K. Dick avaient fumé un joint en compagnie d Isaac Bashevis Singer... » New York Review of Books.

Avis de Marnie

Imaginons qu’en 1948, Israël n’ait pas été créé, une bombe atomique ait été larguée sur Berlin, et que les juifs d’Europe de l’est en sortant des camps de concentration aient reçu l’autorisation d’aller en Alaska, terre qui leur est propre gérée de façon autonome... mais voilà, cinquante ans plus tard, lorsque commence cette histoire, le territoire doit être rétrocédé aux Etats-Unis, au premier janvier, soit dans moins de quinze jours !

Un meurtre a lieu dans l’immeuble où réside depuis plus d’un an l’inspecteur Meyer Landsman. Ce dernier, victime d’un drame personnel, alcoolique notoire, sa carrière en berne, divorcé et malheureux de l’être, décide soudain malgré toutes les embûches, le refus de sa hiérarchie, les inexplicables rapports d’autopsie qui nient la vérité, l’indifférence des gens qui s’apprêtent soit à quitter le pays, soit à attendre leur titre de séjour, de mener cette dernière enquête jusqu’au bout.

Ce roman est tellement riche qu’il est difficile de choisir l’aspect le plus intéressant, entre le monde imaginé par Michel Chabon s’appuyant sur cinquante ans de possible évolution d’un pays où vivent les juifs qui ne seraient pas en guerre, à l’importance de la religion et de la langue, en passant par des personnages tous plus passionnants les uns que les autres, tout cela au milieu d’une intrigue politique manipulatrice alors que l’exode commence. Avec une connaissance pointue, l’auteur joue avec les clichés, le langage, le folklore du yiddish pour mieux le détourner.

Ce sont les innombrables expressions drolatiques, les métaphores ou paraphrases qui ajoutent le sel ou le piment à l’originalité du sujet. En voici une parmi d’autres : « Les freins et l’accélérateur avaient été rehaussés pour un homme de sa stature, et il s’en servait comme Horowitz affrontant une tempête lisztienne ». Ce sont des images qui se dessinent à la manière de la gestuelle des Marx Brothers, avec l’ombre de Woody Allen qui plane lorsque le héros se pose des questions existentielles façon : et Dieu dans tout cela ?

Alors que le compte à rebours s’emballe, Meyer Landsman a décidé de refuser de penser à l’exil... thème central de ce roman. Il s’est donné un but puisqu’il n’en possède aucun, il veut se sentir exister, refusant d’être une fois de plus une victime de la judaïcité. Infiniment touchant dans sa complexité, son évolution est captivante... à mesure qu’il est de plus en plus physiquement mal en point (un des ressorts comiques du livre), il puise dans cette déchéance la force de survivre envers et contre tout.

Les personnages qui l’entourent sont tout aussi intéressants : son cousin et équipier natif de l’Alaska qui s’est totalement imprégné des us et coutumes des juifs pour y trouver l’identité qui lui permet de se rapprocher de son père, Bina, l’ex-épouse de Meyer, femme forte qui surpasse notre héros en tout, aussi bien professionnellement que pour surmonter le drame qui a bouleverser leur vie. S’ajoutent toute une galerie de portraits très différents les uns des autres, aussi pittoresques que profonds, aussi imprégnés d’une culture sortie tout droit des contes de Isaac Singer, se confrontant à une modernité cynique redoutable.

Peu à peu, par petites touches fines et subtiles, Michel Chabon nous rapporte sa vision pragmatique et d’un pessimisme noir sur la géopolitique qui entoure l’existence d’Israël, sur les motivations des uns et des autres, alors que survit d’une façon chancelante le « juif errant » qui semble ici, mieux que jamais, marcher sur une ligne invisible, ne pouvant aller ni d’un côté ni de l’autre, à la façon de Charlie Chaplin dans l’image finale de La Ruée vers l’or.

Le résultat est à la mesure du talent indéniable de Michel Chabon. C’est brillant, très brillant, bourré d’un humour ravageur et d’une émotion à fleur de peau, au goût des plats polonais que l’on trouve dans tous les delicatessen new-yorkais, salé et sucré tout à la fois !

Fiche Technique

Format : broché
Pages : 486
Editeur : Robert Laffont
Collection : Pavillons
Sortie : 8 janvier 2009
Prix : 21 €


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