Onirik
Kushiel, tome 1 : La marque - Avis +
Onirik -> Littérature -> Critiques -> Dernière mise à jour : le lundi 20 avril 2009.

Beaucoup de talent pour ce premier roman de Jacqueline Carey destiné à un public averti.



Editeur : Bragelonne

roman de Jacqueline Carey

Présentation de l’éditeur

Phèdre nô Delaunay a été vendue par sa mère alors qu’elle n’était qu’une enfant.

Habitant désormais la demeure d’un haut personnage de la noblesse, pour le moins énigmatique, elle y apprend l’histoire, la théologie, la politique et les langues étrangères, mais surtout... les arts du plaisir. Car elle possède un don unique, cruel et magnifique, faisant d’elle une espionne précieuse et la plus convoitée des courtisanes. Rien ne paraît pourtant lui promettre un destin héroïque.

Or, lorsqu’elle découvre par hasard le complot qui pèse sur sa patrie, Terre d’Ange, elle n’a d’autre choix que de passer à l’action. Commence alors pour elle une aventure épique et déchirante, semée d’embûches, qu’il lui faudra mener jusqu’au bout pour sauver son peuple.

Avis de Marnie

Stupéfiant roman fleuve foisonnant d’idées et d’intelligence, Kushiel est une sorte de récit historique structuré, pensé, approfondi nous racontant une période riche en évènements au résonances médiévales ainsi qu’aux références tout droit sorties de la Renaissance, et qui n’ont bien évidemment jamais existés. C’est un autre monde avec ses règles, sa politique, ses alliances, ses complots, sa hiérarchie et son système de valeurs. C’est tout cet univers que l’imagination de Jacqueline Carey met en place avec un style précis, un vocabulaire élégant et qui joue autant sur la description que sur l’émotion.

Notre héroïne, Phèdre, porte avec une assurance et une fougue intense son nom de légende tragique. Abandonnée et vendue par sa mère, cette douleur la transcende. Une tache rouge dans sa pupille gauche lui apporte un don... celui de Kushiel, trouver du plaisir érotique dans la souffrance. Éduquée par un mécène qui souhaite se servir de ses capacités et de sa séduction pour prendre connaissance des alliances et secrets de leurs gouvernants, et ce, avec le total accord de cette adolescente que tout cet univers fascine. En même temps, elle perçoit peu à peu ses propres besoins, dominante, dominée et maîtrise ses envies, ses besoins... et surtout tente de trouver ses propres limites. Nous nous attachons à la sincérité de cette héroïne qui s’assume, forte de cette expérience initiatique qui lui apportera son lot d’épreuves, mais aussi le bonheur.

Des dizaines de personnages aux noms à consonance française (peut-être pour une certaine poésie exotique et sensuelle) avancent ou reculent comme des pions d’un jeu d’échecs, se dévoilent et se découvrent dans des fantasmes érotiques qui peuvent se révéler mortels. Cette atmosphère nous impressionne par son aspect sulfureux ne jouant heureusement pas avec un côté pervers qui serait malvenu. Parallèlement, l’auteur sait très bien jouer des méandres politiques de notre propre monde qu’elle intègre avec subtilité dans cet univers qu’elle a créé avec une extrême densité imprégnée d’un souffle passionné. Captivant mais aussi dépaysant, ce roman de Jacqueline Carey nous emporte avec lui dans une aventure hors du commun !

A quand le second volume ?

Avis d’Enora

« Fruit non désiré des amours d’une trainée », Phèdre à quatre ans lorsque sa mère la vend à la maison de Cereus afin qu’elle soit élevée dans le culte de Nahamaa, la déesse de l’amour (en bref, pour devenir une courtisane). Car Phèdre a un défaut, une tache vermillon à la lisière de la pupille gauche, la marque de Kushiel ; Phèdre est donc une anguissette c’est-à-dire une experte dans l’art de l’algolagnie [1].

Cette particularité lui vaudra d’être rachetée par un personnage de la noblesse, Anafiel Delaunay qui la formera à observer, retenir et analyser les secrets que livreront ses clients au plus fort de leurs transes érotiques. Cette formation d’espionne l’entrainera entre souffrance et jouissance au cœur des complots qui ébranle sa Terre d’Ange, son pays natal, cette terre parallèle qui fut donnée par le Dieu Unique, à Elua, le béni, l’ange chéri, né de l’union des larmes de Magdelene et de la Terre trempée du sang du Messie.

Ce roman a reçu le Prix Locus du premier roman en 2002, prix décerné à chaque année, depuis 1971, par les lecteurs du magazine américain de science-fiction Locus, et il le mérite amplement !

Jacqueline Carey le décrit comme «  Un roman historique contant une histoire qui n’a jamais eu lieu » et de fait l’histoire se déroule dans un monde imaginaire qui renvoie à énormément de référence sur la Renaissance ou les mythes de civilisations nordiques ou celtiques. L’auteur nous séduit immédiatement par son écriture fine et élégante ainsi que par l’espèce de souffle homérique qui traverse son œuvre gorgée de très nombreux personnages. Mais sa plus grande réussite est Phèdre, magnifique personnage féminin, à cent lieues de toutes les héroïnes connues, accablée d’un fatum douloureux, traumatisée par l’abandon de sa mère, qui lui font développer un étrange rapport au corps, à la souffrance et au plaisir. « Lorsque l’amour m’a rejetée, c’est la cruauté qui m’a prise en pitié » dira-t-elle en racontant l’épisode où sa mère l’a vendue.

La recherche de la douleur comme marque de compassion et prise de conscience de la vie, le soulagement de se soumettre, le désir de l’humiliation et en même temps la culpabilité qui en nait, font de Phèdre un être complexe et attachant « Et inévitablement – odieusement – accompagnant cette humiliation si familière, survint en moi le désir. Si Waldemar Selig avait décidé de me prendre devant plusieurs dizaines de chefs skaldiques, j’aurais crié pour l’y encourager. Je le savais ; et le sachant, je me mis à sangloter, méprisant ce que j’étais »

La marque est un roman extrêmement dense et foisonnant, impossible de sauter une ligne ni de lire en diagonale, minutieusement écrit, chaque détail a son importance, que ce soit pour l’histoire ou la psychologie des personnages. L’érotisme qui baigne complètement cette œuvre, indissociable du fait de la personnalité de l’héroïne et du monde dans lequel elle évolue, est toujours distillé à petites touches et à bonne escient.

Un véritable coup de fouet [2] qui réveille de la torpeur dans laquelle le stéréotype de certaines lectures peut nous plonger ! A noter aussi la très belle édition reliée dans laquelle Bragelonne a publié ce roman.

Fiche technique

Format : broché
Pages : 782
Editeur : Bragelonne
Sortie : novembre 2008
Prix : 30 €

[1] si vous êtes aussi ignare que moi, je vais vous éviter la recherche dans le dictionnaire, l’algolagnie est la tendance à conférer un caractère érotique à la souffrance

[2] je sais,c’est facile...

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