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Interview de Guy Millière
Onirik -> Littérature -> Interviews, bio et bibliographies -> Dernière mise à jour : le jeudi 27 mars 2008.

Guy Millière, auteur de nombreux livres dont Houdna et Michael Moore : Au-delà du miroir, a accepté de répondre à quelques questions.



questions de David Lapetina

Onirik : Comment expliquez-vous que le conflit israélo-palestinien focalise à ce point les attentions ? De plus, chaque "camp", si tant est que l’on puisse parler de camp, trouve les média partisanes mais jamais pour sa cause. Ainsi les pro-palestiniens trouvent les télé françaises complaisante vis-à-vis d’Israël et inversement les pro-israéliens estiment l’exact opposé. Comment donc ce conflit arrive à diviser à ce point ?

Guy Millière : Le conflit israélo-arabe est le condensé du conflit qui oppose les tenants de la société ouverte à l’islam radical, et il est tout à fait logique de voir ceux qui sont d’authentiques défenseurs de la société ouverte défendre Israël tandis que ceux qui sont sensibles à l’islam radical défendent la "cause palestinienne". La "cause palestinienne" mobilise aussi tous les ennemis de la société ouverte : gauchistes en quête d’un totalitarisme de rechange, membres d’une extrême-droite cachant leur antisémitisme derrière l’"antisionisme", partisans d’une "politique arabe" permettant d’intégrer Europe et monde arabe de façon à découpler l’Europe d’avec les Etats-Unis. La cohorte est longue. en tant que défenseur de la société ouverte, je ne vois strictement pas en quoi on peut trouver les médias français complaisants vis-à-vis d’Israël : s’ils relataient les simples faits, ce serait déjà très bien, mais ils ne le font même pas et font montre en général non pas d’un parti pris anti-israélien, mais d’une complaisance vis-à-vis de la barbarie, et je trouve cette complaisance inquiétante.

O : Alors que les élections présidentielles se préparent aux Etats-Unis, les média français se focalisent majoritairement et principalement sur l’affrontement Obama-Clinton avec évidemment une préférence pour ce premier. En tant que spécialiste du mouvement républicain, quel regard portez vous sur ce manque de neutralité ?

G. M. : Le parti démocrate américain en toutes ses composantes ressemble aux diverses composantes de la vie politique française. Son aile gauche pourrait être proche de l’aile modérée du parti socialiste, son aile droite ressembler, par ses positions, à l’UMP. Il est donc compréhensible que les journalistes français s’intéressent aux débats internes au parti démocrate : ils y trouvent des repères qu’ils peuvent à peu près déchiffrer. Comme, en majorité, ils sont de gauche, ils se reconnaissent davantage en Obama dont les positions, si on les observe de près, sont plus à gauche que celles d’Hillary Clinton. Le parti républicain, par contre, correspond à un corpus d’idées qui n’existe pour ainsi dire plus dans la vie politique française. En politique économique, il serait, ici, qualifié pour le moins d’ultra-libéral. On y accorde de l’importance aux valeurs judéo-chrétiennes, alors que celles-ci sont devenues très secondaires en France et en Europe. On y parle de bien et de mal : un vocabulaire incompréhensible dans l’Europe actuelle. On y parle de guerre contre l’islamo-terrorisme, alors que l’Europe préfère s’enfoncer la tête dans le sable. Vu de France, le parti républicain est un parti qu’on ne peut comprendre. Un objet politique étrange et un peu monstrueux qui incarne une Amérique dont on préfère se tenir éloigné. Cela montre qu’un fossé intellectuel et culturel se creuse entre l’Europe et les Etats-Unis.

O : Lors de la guerre de sécession les républicains étaient abolitionnistes et les démocrates pro-esclavagistes, à quel moment de notre histoire, le parti républicain s’est mit à sentir le soufre dans la pensée populaire, en tout cas en France, et pourquoi cette campagne anti-républicaine ?

G. M. : Depuis les années 1960, après les présidences Kennedy-Johnson, le parti démocrate s’est imprégné des valeurs de la contre-culture américaine et de ce qu’on pourrait appeler en France la"culture 1968". Le parti républicain, lui, a renoué avec les valeurs du conservatisme américain, qui n’a rien à voir avec ce qu’on appelle conservatisme en France. Carter a eu une présidence catastrophique qui s’est soldée par une immense avancée soviétique sur la planète et l’arrivée au pouvoir de Khomeyni en Iran, mais il était et est resté sympathique aux yeux des Français, car il était "pacifiste".

Reagan a été, d’emblée, traité d’abruti dangereux parce qu’il a parlé d’"empire du mal" à propos de l’URSS, et parce qu’il a baissé fortement les impôts. Quand l’Union Soviétique s’est effondrée, nul en France n’a reconnu que c’était le fruit de la politique de Reagan, et si les baisses d’impôts et déréglementations reaganiennes ont donné un nouveau souffle à l’économie américaine, on ne l’a guère dit de ce côté de l’Atlantique.

Clinton a été très apprécié en France, alors qu’il n’a fait qu’hériter, pour l’essentiel, d’un monde post-reaganien qu’il a plutôt mal géré à l’échelle internationale puisqu’il n’a pas vu monter le danger islamiste : son aveuglement ayant été celui des Européens, il ne pouvait qu’être sympathique.

George Bush était chrétien et l’affichait, c’était intolérable pour des esprits européens. Quand la guerre contre l’islamo-terrorisme s’est déclenchée, les Européens, en majorité, ont choisi l’apaisement, et ont considéré que le danger, ce n’était pas Ben Laden, mais les États-Unis. L’idée que des mesures économiques libérales puissent marcher est intolérable pour nombre d’Européens, et le parti républicain incarne cela. L’idée que les valeurs judéo-chrétiennes sont importantes est intolérable aussi pour nombre d’Européens, et le parti républicain incarne aussi cela. L’idée qu’il faut parfois se battre pour survivre est plus intolérable encore pour nombre d’Européens, et le parti républicain incarne encore cela.

O : Vous dirigez l’institut Turgot, un think tank libéraliste, entre les crises des subprime, les différents krachs boursiers qui reviennent régulièrement, le dollar en chute libre et le pétrole qui grimpe en flèche : le libéralisme n’est-il pas lui aussi une impasse ? Finalement le salarié avec un crédit sur 30 ans est-il plus libre qu’un ouvrier sous le joug communiste ?

G. M. : L’Institut Turgot se réclame des idées libérales. La crise des subprime et ce qui en résulte apparaîtra dans quelques mois comme ayant été une correction, importante certes, mais une correction seulement, et pas une "crise" majeure. Des erreurs ont été commises sur le marché, elles se trouvent corrigés, les comptes sont examinés et remis à jour. Il y a des perdants, il y aura, à terme, surtout des gagnants.

Les erreurs commises n’ont pas été le fruit du libéralisme, le marché continue à jouer son rôle. L’économie de marché, quand bien même elle a traversé des crises et des corrections, nous a conduit vers une prospérité planétaire sans précédents, et qui va encore s’accentuer. Les ennemis de la liberté économique n’ont rien à proposer. Un autre monde est possible, disent-ils : lequel ? L’Union Soviétique est morte, Cuba et la Corée du Nord ne se portent pas très bien. Hugo Chavez fait le fantaisiste et tue la liberté de ses concitoyens en gaspillant l’argent du pétrole. Les discours altermondialistes ne sont pas sérieux. Le socialisme technocratique à la française ou à l’européenne produit une croissance lente, un déficit d’innovation, une asphyxie.

Les pays d’Europe qui se portent le mieux sont aussi les plus libres. Un salarié en France est plus libre qu’un ouvrier en URSS car il dispose du droit de grève, de la liberté de parole, de la liberté de se déplacer, de commerces où il peut faire ses courses et consommer. Sa situation pourrait être meilleure, et le prix du logement en France est trop élevé, comme de multiples autres prix d’ailleurs, en raison d’excès de réglementation (Turgot a publié une étude à ce sujet), mais ce n’est pas du tout une raison pour penser qu’en URSS, c’était mieux. Ce qu’il faut en France, c’est davantage de liberté. Je l’ai dit : plus un pays est libre, mieux il se porte. Il existe, en ce pays, un très grave déficit d’explication en ce domaine aussi.

O : Dans votre livre sur Michael Moore vous dénoncez les impostures que sont ses fictions-reportages. Quel accueil a reçu ce livre ? A-t’on le droit de critiquer Michael Moore en France ?

G. M. : L’étoile de Michael Moore est en train de pâlir. Mais il reste une icône dans la société française, et peu de gens acceptent qu’on montre à quel degré l’ensemble de son travail relève de l’imposture et du mensonge. Il est de nombreuses vérités qu’il reste très difficile de dire en France. Si vous les dites, on ne vous critique pas, on ne vous invite que rarement à participer à un débat, on fait le silence autour de vous. On fait comme si vous n’existiez pas. Il existe en ce pays une forme de "vérité officielle" qui se substitue à la vérité tout court. Et il est de plus en plus difficile d’avoir la parole quand on n’énonce pas la "vérité officielle". C’est du pluralisme Canada dry : cela a l’apparence du pluralisme, mais ce n’est pas du pluralisme.

L’accueil reçu par mon livre sur Michael Moore a été ce qu’il peut être dans ce pluralisme Canada dry. J’incite néanmoins toute personne honnête qui a vu les films de Moore à lire mon livre : une personne honnête ne pourra plus voir, ensuite, le travail de Moore du même regard.

O : En tant qu’expert de la culture américaine, comment voyez vous l’évolution des relations franco-américaines dans le futur ? Lequel des candidats à l’élection présidentielle est le plus à même de renouer et reconstruire des liens fortement entamés depuis de longues années ?

G. M. : Je pense qu’il restera difficile de rétablir des liens synergiques profonds entre l’Europe et les Etats-Unis, et particulièrement entre la France et les Etats-Unis. Les Français consomment de la culture américaine, mais ils restent marqués par les réflexes du prêt-à-penser ambiant et ne comprennent pas les ressorts profonds de la société américaine, surtout lorsque des républicains sont au pouvoir. C’est regrettable mais c’est ainsi. L’Europe qui se construit entend s’instituer depuis et par ce qui la différencie des Etats-Unis : un ensemble plus "social", plus ouvert à la "diplomatie" et à l’apaisement, plus réglementaire, plus "civilisé". Cela va continuer.

Un démocrate à la Maison Blanche susciterait beaucoup d’espoirs et de sympathies en Europe, puisque les démocrates raisonnent davantage comme des Européens, mais la joie serait, je pense, de courte durée car, quoi qu’ils s’imaginent, les Européens ont besoin d’une Amérique forte. Un républicain à la Maison Blanche suscitera de l’accablement en Europe et, dans l’ensemble, une poursuite de la situation qui prévaut actuellement.

L'auteur Freyr
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