
film franco-belge de Marion Le Corroller (2026)
Présentation officielle
Margot débute son internat aux urgences, où elle peine à s’adapter. Très vite, elle fait face à des patients de son âge aux symptômes inexpliqués. La récurrence de ces cas exceptionnels l’interroge, d’autant qu’elle observe, sur son propre corps, des manifestations de plus en plus inquiétantes…
Avis de Aude
Sanguine : un film d’horreur sensoriel et social
Margot, en internat aux urgences, découvre avec angoisse que des patients de son âge présentent des symptômes inexpliqués, tandis qu’elle-même développe des manifestations inquiétantes.
En 2022, Marion Le Corroller avait réalisé un court-métrage de vingt-huit minutes intitulé Dieu n’est plus médecin. Avec Sanguine, elle nous livre son premier long-métrage. Elle impressionne par sa maîtrise de l’atmosphère et par sa mise en scène, qui accompagne pleinement le récit.
Elle a écrit le scénario avec Thomas Pujol. Ensemble, ils mettent l’accent sur plusieurs éléments : le body horror, la critique sociétale — notamment celle des conséquences d’une pression toujours plus forte sur les employés — ainsi que les relations entre les jeunes gens d’aujourd’hui. Une vraie modernité émane du traitement de ces sujets. Les scénaristes n’évitent pas certaines redondances, qui entraînent quelques longueurs. De plus, leurs personnages peuvent, par moments, se révéler assez caricaturaux. Cependant, le fait qu’ils restent bien centrés sur le propos de leur narration, tout en l’habillant d’atours métaphoriques parfaitement ancrés dans l’horreur, rend leur approche attractive.
Les scènes d’ouverture et de fermeture du récit nous font ressentir avec intensité l’enfermement intérieur et le mal-être des protagonistes, ainsi que l’angoisse suscitée par la tension des situations. Elles sont remarquablement bien menées.
Dans son ensemble, le soin apporté aux ambiances, avec le sang et sa couleur comme fil conducteur dans presque chaque plan, fait de Sanguine une expérience sensorielle, avant tout visuelle, mais aussi sonore grâce aux compositions musicales angoissantes de ROB, qui mettent souvent mal à l’aise. C’est notamment ce qui permet de considérer le film comme une réussite.
Marion Le Corroller utilise différents mouvements de caméra à bon escient pour illustrer les changements dans l’état de son héroïne. Elle propose également de très beaux plans fixes, en accord avec l’esprit du film de genre, fruit du travail du directeur de la photographie Guillaume Schiffman.
Les décors d’Anne-Sophie Delseries sont généralement soit très épurés, froids et totalement fonctionnels, soit exagérément encombrés, traduisant l’instabilité physique et émotionnelle du personnage concerné. Les effets spéciaux et les maquillages constituent, quant à eux, un personnage à part entière : celui du mal qui touche les jeunes gens. Les textures granuleuses, la laideur qui nous saute aux yeux, l’invasion des corps et le dégoût qu’elle provoque sont autant d’éléments que Pierre-Olivier Persin parvient à rendre palpables.
Les actrices apportent chacune une personnalité spécifique à leur personnage. La sensibilité de Mara Taquin sied bien à Margot. Elle interprète une jeune femme qui doute et souffre, et met bien en valeur les évolutions de son comportement. Karin Viard est convaincante dans le rôle d’Hélène, une cheffe de service urgentiste vacharde. Kim Higelin incarne parfaitement la compétitivité et la confiance en soi démesurée de Pauline. Au milieu de ce trio féminin, Sami Outalbali apporte, dans le rôle de Louis, un apaisement et une douceur bienvenus.
Sanguine se positionne comme une expérience cinématographique qui fait ressentir aux spectateurs, par l’image, le malaise inscrit dans le scénario. Ce film d’horreur se double d’une critique sociétale. Il ne laisse vraiment pas indifférent.




Fiche technique
Sortie : 28 octobre 2026
Durée : 103 minutes
Genre : horreur
Avec Mara Taquin, Karin Viard, Kim Higelin