
film français d’Emmanuel Marre (2026)
Présentation officielle
Septembre 1940, le régime de Pétain se met en place. Henri Marre, 49 ans, débarque à Vichy sans le sou, sans contact, loin de sa femme et ses enfants. Il voit dans la nouvelle administration l’opportunité de trouver enfin la place qu’il mérite. Dans sa valise, son traité politique édité à compte d’auteur, Notre Salut, où il défend ses convictions patriotiques et ses méthodes d’ingénieur. Son credo : « gagner en efficacité » pour relever la France de la débâcle. Mais peut-être qu’Henri cherche avant tout à fuir sa propre débâcle…
Avis de Aude
Notre Salut : la France de 1940 vue par Emmanuel Marre
En septembre 1940, Henri Marre, 49 ans, arrive à Vichy sans ressources ni appuis, espérant trouver sa place dans le nouveau régime de Pétain. Il fuit peut-être aussi sa propre débâcle, armé de son traité politique intitulé Notre Salut et de son credo : « gagner en efficacité » pour relever la France.
Notre Salut est une tranche de vie inscrite dans un contexte historique réel et particulièrement lourd. Le réalisateur Emmanuel Marre nous livre ici un film très personnel, puisqu’il s’inspire de la vie de ses grands-parents. Il a écrit le scénario avec l’aide de Julie Lecoustre pour l’aspect dramaturgique. Dans ce récit, l’Histoire est une toile de fond, l’ambition professionnelle un fil conducteur, la relation de couple le ciment qui tient l’ensemble et l’horreur une ombre projetée sur les personnages. Basée sur des faits historiques et des échanges épistolaires réels, la narration se déploie finement. Les dialogues sont nombreux, parfois amusants, parfois douloureusement dramatiques, et souvent là pour dépeindre une période, nous communiquer un quotidien très réaliste ou encore nous replonger dans l’ambiance politique de ces années de guerre. Le travail, ses évolutions et ses hypocrisies sont des thèmes largement abordés à travers ce portrait d’époque.
Malgré la durée importante de ce long-métrage, la mise en scène d’Emmanuel Marre permet de ne pas ressentir de véritables longueurs. Certes, il prend le temps de montrer et d’expliquer, mais les passages rapides d’une scène à l’autre, ses plans proches des personnages qui nous donnent la sensation d’entrer en mouvement avec eux, sa capacité à insuffler des moments plus légers dans une atmosphère qui n’est pas gaie, ainsi que sa volonté de dénoncer et de se moquer des petitesses, captent notre attention et nous donnent envie de découvrir ce qu’il cherche à nous transmettre jusqu’au bout. Bien que les décors mis en place par Anna Falguères et les costumes de Prunelle Rulens nous transportent dans les années 40, le réalisateur s’amuse à casser le moule contextuel de son récit par des musiques anachroniques qui surprennent tout en s’accordant très bien avec les moments qu’elles illustrent.
Les acteurs et actrices sont remarquables, car ils délivrent des dialogues travaillés, qui ont un but précis, avec naturel et la bonne posture. L’interprétation de Swann Arlaud dans le rôle d’Henri Marre est excellente. Il nous donne la sensation de voir un bonhomme qui se débat dans un monde pour lequel il n’est pas taillé. En permanence, son personnage passe à côté de tout parce qu’il est trop occupé à vouloir exister aux yeux des mauvaises personnes.
La forte personnalité de Sandrine Blancke permet à son personnage, Paulette Marre, de s’imposer et de renforcer encore davantage le décalage avec Henri dans cet espace de vie qu’il tente d’investir. Plusieurs protagonistes nous marquent par leur personnalité grâce au jeu de leurs interprètes, comme Harpo Guit dans le rôle d’Harpo, Mathilde Abd-El-Kader dans celui de Corinne, Jean-Baptiste Marre qui joue Henri Maux ou encore Yoann Blanc qui interprète le préfet Antoine Lemoine.
Notre Salut nous fait traverser des heures sombres de notre Histoire par le biais de la petite histoire. En tant que drame historique, il aborde cette période avec sérieux tout en apportant un angle original par sa mise en scène, ses choix musicaux et les interprétations très crédibles de ses acteurs.
Note : ce film a reçu le Prix du scénario au Festival de Cannes 2026.




Fiche technique
Sortie : 30 septembre 2026
Durée : 159 minutes
Genre : drame historique
Avec Swann Arlaud, Sandrine Blancke, Harpo Guit…