
Plateforme : Paramount+
film britannique de Dylan Southern (2026)
Présentation officielle
Un père, dont la réalité s’effondre à la mort de sa femme, se voit traqué par une présence étrange, sortie tout droit de ses dessins. Cette mystérieuse créature s’invite dans sa vie et y sème le chaos. C’est peut-être exactement ce dont il avait besoin.
Avis de Aude
L’ombre du corbeau est l’adaptation du roman de Max Porter intitulé en français La Douleur porte un costume de plumes. Dylan Southern a réalisé et écrit le scénario de ce film. Son écriture met en relief la dépression qui peut vous étreindre, comme un voile noir, suite à un deuil.
Le film montre cet après, vide de sens, quand le monde vous dit qu’il faut se battre et continuer alors que vous êtes englouti par une tempête intérieure si forte que vous n’arrivez plus à respirer. Le spectateur ressent ce poids qui entraîne son personnage principal dans une spirale de plus en plus effrayante.
Le réalisateur utilise les effets visuels fantastiques pour une approche métaphorique qui a un vrai impact et nous permet de visualiser le tourment intérieur du personnage principal. Il transforme des éléments irréels en réalité et leur donne une forme inquiétante, même violente, qui piétine sans répit les tentatives du héros de se sortir du vide qui l’aspire.
L’approche visuelle de Dylan Southern est juste et habile. Il nous présente d’abord un quotidien classique avant d’introduire progressivement, par le biais du métier de son personnage central, des éléments fantastiques de plus en plus importants à mesure que le temps passe et que la douleur, elle, ne s’amenuise pas. Il choisit de narrer ce récit en quasi-huis clos pour rendre l’écrasement encore plus palpable dans un espace étroit.
On assiste à la descente aux enfers d’un homme qui, en ayant perdu sa femme, perd peu à peu le lien avec la réalité, malgré l’amour de ses enfants, de ses proches et l’aide extérieure qu’il cherche. On comprend combien ce combat est intérieur et que, même s’il nous montre les affrontements par des effets visuels impeccables, la lutte reste bel et bien dans la tête de celui qui la vit.
La construction du personnage prend le temps de se poser face à cette situation, de la faire évoluer en se basant sur l’impeccable interprétation de Benedict Cumberbatch qui, encore une fois, excelle. Son rôle est pourtant particulièrement délicat à porter. Il ne faut ni faire tomber son protagoniste dans le ridicule, ni lui ôter toute force tout en montrant qu’il est fragile. Tel un funambule, il dépasse tous les défis pour nous proposer un portrait hautement touchant.
En version originale, la voix de David Thewlis sied parfaitement au protagoniste fantastique qui vient hanter les pensées du personnage et en renforce la lugubre présence.
L’ombre du corbeau est un beau film qui parle à l’âme. Il est dur et aborde des thèmes difficiles, mais son approche est sensible et fait preuve d’une grande maîtrise pour nous parler de ce qui ne se voit pas. On sort de son visionnage étonné par la force de sa mise en scène, touché par son histoire et enthousiasmé par les interprétations.
Fiche technique
Durée : 104 minutes
Genre : drame
Avec Benedict Cumberbatch, David Thewlis, Sam Spruell…
Titre original : The Thing With Feathers