Carrie : 1/8 – Avis +

Plateforme : Prime Vidéo

série américaine de Mike Flanagan (2026)

Présentation officielle

Carrie White est une fillette qui a passé sa vie recluse auprès d’une mère dominatrice. A la mort soudaine de son père, Carrie se retrouve confrontée à l’univers impitoyable du lycée public, à la pression incessante, à la cruauté de l’ère des réseaux sociaux, ainsi qu’à l’émergence de mystérieux pouvoirs télékinésiques.

Avis de Isabelle

La première saison de Carrie, en huit épisodes d’une cinquantaine de minutes, est absolument remarquable et capte très bien l’univers du livre de Stephen King qu’elle transpose à l’époque actuelle.

Le scénario tourne autour d’une jeune fille qui, à la suite d’un événement dramatique, doit se rendre pour la première fois à l’école. Elle débarque ainsi au lycée avec beaucoup de joie et déchante vite. Prise pour cible par une élève, elle se rend compte que celui-ci se transforme progressivement en un endroit infernal.

L’histoire de Carrie est bien connue maintenant, avec sa scène emblématique du bal. Ainsi, la série de Mike Flanagan n’entend pas préserver la surprise sur ce qui se déroule à ce moment, mais propose de se plonger dans une année de l’existence de la jeune fille, permettant de comprendre comment une telle catastrophe a pu avoir lieu.

L’horreur présentée est ainsi très psychologique. Elle est intrinsèquement liée à la vie du personnage principal et à ce qu’elle subit au fil des jours. Elle est confrontée au harcèlement à l’école, tandis que sa propre mère l’étouffe en essayant de la protéger du monde extérieur, en lui imposant des règles extrêmement strictes et en la manipulant.

Avec un livre, un premier film bien connu de Brian De Palma (les amateurs s’amuseront devant le petit caméo proposé), sans compter les nombreuses autres adaptations qui ont été tirées de l’histoire, on était en droit de se demander si cette dernière proposition avait un véritable intérêt. Et la réponse est clairement oui. En effet, Mike Flanagan met le récit au goût du jour et utilise parfaitement les réseaux sociaux pour faire prendre de l’ampleur au harcèlement que subit le personnage principal.

En prenant le temps de suivre la jeune fille de près, on s’attache progressivement à elle, d’autant que, contrairement au roman où elle est renfermée sur elle-même, elle est présentée comme une personne avide de découvrir le monde et de se faire des amis. Sans compter que les épisodes laissent aussi beaucoup de place pour développer les personnages secondaires, qui ont une grande importance.

Ainsi, en dehors du rôle de la mère, on en apprend beaucoup plus sur celle qui va devenir son amie et sur la jeune fille qui devient sa Némésis. De plus, les professeurs et le proviseur ne sont pas tenus à l’écart et donnent l’occasion de se projeter au cœur de l’administration scolaire américaine et de la manière dont elle gère les cas de harcèlement et les élèves atypiques, ainsi que les événements tragiques et violents qui se déroulent malheureusement régulièrement dans les établissements américains.

Sans compter que Mike Flanagan intègre aussi un nouvel élément qui n’apparaît pas dans les romans. Dès le premier épisode, celui-ci est intrigant et permet de comprendre pourquoi il envisage une série en trois saisons permettant d’explorer plus en profondeur ce qui est proposé. D’ailleurs, l’introduction de la quasi-totalité des épisodes ajoute une nouvelle pierre à cette sous-intrigue supplémentaire qui donne une forte envie d’en savoir plus. Il faut d’ailleurs signaler que Jeanne d’Arc est évoquée et que le passage la concernant est vraiment plaisant à regarder.

Un énorme soin a été porté aux décors, aux costumes et aux différentes localisations proposées. On se plonge avec joie au cœur de cette petite ville américaine qui va virer brutalement au cauchemar. Ainsi, à l’abri de belles apparences, se cache une noirceur qui se déploie, tandis que les actes des uns et des autres ne cessent de faire croître la violence sous-jacente.

C’est d’ailleurs l’un des éléments forts de la série que de montrer comment un individu peut devenir un monstre alors que, si son environnement, son existence ou ses choix avaient été différents, certains actes n’auraient jamais été perpétrés. Les effets spéciaux sont aussi formidables. Ils savent se faire oublier pour avoir encore plus d’impact. Car avec son pouvoir mental croissant, le personnage est capable de faire de plus en plus de choses qui sont parfaitement montrées à l’écran.

Mais une mise en scène brillante et des répliques ciselées ne font pas tout. Et l’interprétation est réellement magistrale. Summer H. Howell est prodigieuse en jeune fille sympathique à qui la vie ne fait pas de cadeau. Elle porte littéralement la série sur ses épaules et, malgré son triste destin, on frémit avec elle devant les sévices qu’elle subit et les coups du sort qui l’enfoncent.

Samantha Sloyan est incroyable en mère de cette dernière. Contrairement au personnage de bigote maltraitante que l’on a dans le livre, on se trouve devant une femme démunie face au monde extérieur qui veut protéger sa fille qu’elle adore, mais la maltraite en lui voulant du bien. La relation entre les deux personnages est primordiale pour le récit et offre une nouvelle vision de celui-ci.

Siena Agudong est très sympathique en jeune fille qui veut devenir amie avec Carrie. Alison Thornton est remarquable en meilleure amie de cette dernière, qui prend la nouvelle arrivée en grippe et n’hésite pas à se moquer d’elle. La relation entre les deux jeunes filles, et celle avec celle qui devient le souffre-douleur de l’une d’entre elles, est très bien étudiée et montrée avec beaucoup de délicatesse. Thalia Dudek est aussi formidable en nouvelle amie qui s’immisce dans la vie du personnage principal. Un ajout très intéressant par rapport au roman.

Le professeur de sport des personnages, remarquablement joué par Amber Midthunder, a aussi une grande importance. Ses relations avec un autre professeur, très bien incarné par Rahul Kohli, avec le conseiller du lycée, impeccablement interprété par Tim Bagley, et avec le proviseur de celui-ci, le formidable Matthew Lillard, sont très bien décrites.

Joel Oulette est impeccable en petit ami de l’un des personnages principaux. Arthur Conti campe parfaitement un ancien lycéen ayant une mauvaise influence sur ses fréquentations. Et Michael Trucco est impressionnant en père de l’ennemi de Carrie, extrêmement imbu de lui-même.

Les épisodes s’enchaînent très rapidement les uns après les autres. On ne voit jamais le temps passer et, bien que l’on connaisse dès les premières secondes ce qui va survenir dans le dernier épisode, le trajet pour y arriver est tellement passionnant et plein de rebondissements que c’est un véritable plaisir que de suivre cette tranche de vie particulière.

Carrie est une nouvelle adaptation qui s’impose comme l’une des meilleures et donne l’occasion de se plonger dans la psyché d’une jeune fille en proie aux bouleversements hormonaux, à son éveil du désir et au renforcement des pouvoirs psychiques qu’elle possède. La transposition à l’époque actuelle est fort bien faite et la sous-intrigue ajoutée est d’une très grande pertinence et donne vraiment envie de voir ce qui va en être fait par la suite.

De plus, il s’agit d’une série d’une grande actualité, évoquant le harcèlement, la maltraitance, la famille dysfonctionnelle, le mal-être et les aléas du passage à l’âge adulte. Mais c’est aussi une œuvre permettant de parler de la place de la femme dans la société, de son émancipation et de ce qu’elle est capable de faire si personne ne l’en empêche.

Aussi, que vous ayez connaissance de l’histoire ou souhaitiez la découvrir, n’hésitez pas à vous pencher sur les épisodes qui sont remarquablement réalisés, brillamment écrits et magnifiquement interprétés. Une série psychologique d’une grande intensité, à la fois lumineuse et sombre, qui va droit au cœur et ne peut pas laisser indifférent.

Remarquable et impressionnant.


Fiche technique

Durée d’un épisode : 50 minutes
Genre : horreur, fantastique
Avec Summer H. Howell, Samantha Sloyan, Siena Agudong, Alison Thornton, Joel Oulette, Josie Totah, Arthur Conti, Thalia Dudek, Amber Midthunder, Matthew Lillard, Michael Trucco, Rahul Kohli, Tim Bagley
Sortie : 07 octobre 2026