
Lieu : Paris
à partir du 10 février 2026
Présentation officielle
Après l’exposition itinérante Simone Veil, un destin. 1927-2017 présentée en 2020, puis Simone Veil, une vie de combats accueillie au Lieu de mémoire du Chambon-sur-Lignon en 2025, le Mémorial de la Shoah consacre à nouveau une exposition à cette figure majeure de la vie politique française et de la mémoire de la Shoah.
Simone Veil. Mes sœurs et moi plonge au cœur de l’intimité de la fratrie Jacob, dont le destin fut bouleversé par la guerre. On y découvre une Simone Veil souriante et insouciante, loin des représentations figées de la femme d’État. Conçue par David Teboul et inspirée de l’ouvrage et du film éponymes qu’il a réalisés, l’exposition prolonge le travail de l’auteur autour de la mémoire et de la transmission. Elle repose sur des extraits de correspondances, journaux intimes et récits et dévoile des photographies issues des archives des familles Jacob et Vernay.
Les trois sœurs Jacob, Madeleine (dite Milou), Denise et Simone grandissent à Nice, dans les années 1920, au sein d’une famille juive française. Leur enfance heureuse est peu à peu bouleversée par les crises économiques et politiques des années 1930, puis par l’Occupation et les persécutions antisémites.
Avis de Valérie
Une mémoire familiale au cœur de l’Histoire
Présentée au Mémorial de la Shoah, l’exposition Simone Veil. Mes sœurs et moi propose une approche intime et familiale de la Shoah à travers le destin d’une famille française, semblable aux autres à un détail près. Car si l’on peut admettre une forme de protectionnisme national, il demeure impensable de constater que son propre gouvernement a collaboré volontairement — ou laissé faire — l’assassinat de près de 75 000 Français en raison de leur religion, dans un pays qui, dès 1905, avait pourtant statué sur la laïcité1.
Conçue par le cinéaste et photographe David Teboul, l’exposition s’inscrit dans la continuité de son travail consacré à la mémoire, à la transmission et aux récits personnels. Elle donne à voir une jeune Simone souriante et insouciante, entourée de ses sœurs, avant que la guerre ne bouleverse irrémédiablement leurs vies. Les photographies issues des archives des familles Jacob et Vernay, souvent inédites, occupent une place centrale et restituent l’atmosphère d’une enfance heureuse à Nice dans les années 1920 et 1930.
Le parcours s’appuie également sur des extraits de correspondances, de journaux intimes et de récits personnels. Ces documents permettent de suivre le cheminement des trois sœurs, depuis l’insouciance de la jeunesse jusqu’à la violence de l’Occupation, de la persécution antisémite et de la déportation. Denise s’engage dans la Résistance et sera déportée à Ravensbrück ; Simone, Milou et leur mère Yvonne sont arrêtées en mars 1944 et déportées à Auschwitz. Yvonne meurt à Bergen-Belsen, Milou revient profondément affaiblie, Simone survit.
L’exposition restitue également la complexité de l’après-guerre et du retour de ces victimes d’atrocités, dont la seule présence dérange. Si Simone et Milou ont été déportées parce que juives, dans le cadre de la mise en œuvre de la Solution finale, Denise, elle, a été déportée comme résistante et a connu une captivité différente, révélant la pluralité des expériences concentrationnaires.
À travers les voix des comédiennes Isabelle Huppert, Marina Foïs et Dominique Reymond, ainsi que les entretiens réalisés par David Teboul, le visiteur découvre comment ces femmes ont tenté de se reconstruire, chacune à leur manière, avec leurs silences, leurs absences et leurs blessures.
Un hommage particulier est rendu à Jean Jacob, le frère des trois sœurs, qui rêvait de devenir photographe. Déporté avec son père par le convoi n° 73 en 1944, il ne reviendra pas. Plusieurs de ses clichés, conservés par la famille, sont présentés pour la première fois, apportant un éclairage supplémentaire sur cette mémoire familiale brisée.
En mettant en lumière des archives privées et des trajectoires individuelles, Simone Veil. Mes sœurs et moi permet au visiteur de se projeter dans l’avant et l’après. La ville ensoleillée de Nice apparaît en filigrane, pleinement partie prenante de l’ensemble, notamment grâce à un sol fleuri et à une fragrance persistante. La scénographie a été pensée pour que le visiteur puisse éprouver ce destin profondément injuste, comme s’il s’agissait de ses voisins, de ses amis, de membres de sa propre famille. L’intime et le personnel se conjuguent ici à l’Histoire pour s’opposer à toute forme de généralisation.
En suscitant l’empathie de chacun, l’exposition porte peut-être l’espoir qu’une telle tragédie ne puisse se reproduire. Cela n’est pas arrivé à des étrangers lointains — non pas que cela serait moralement plus acceptable — mais à celles et ceux que nous croisions chaque matin, que nous saluions régulièrement.
L’exposition2 rappelle que l’Histoire n’est jamais abstraite. Elle se loge dans des visages, des voix, des lettres, des absences. En rendant sensibles ces existences brisées, l’exposition interroge notre rapport à la responsabilité collective et à la vigilance nécessaire pour que ce qui est arrivé ne puisse jamais être relégué à une représentation désincarnée du passé.
- La laïcité en France repose principalement sur la loi du 9 décembre 1905 de séparation des Églises et de l’État.
Cette loi affirme la neutralité de l’État en matière religieuse tout en garantissant explicitement la liberté de conscience (article 1) et la liberté de culte (article 2), dans le respect de l’ordre public. La laïcité est ensuite consacrée comme principe constitutionnel en 1946, puis reprise dans la Constitution de 1958.
Source : Loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État ; Constitution française de 1946 et 1958» ↩︎
Fiche technique
Date : du 10 février au 15 octobre 2026
Adresse : Mémorial de la Shoah – 17, rue Geoffroy–l’Asnier – 75004 Paris
Tarif : gratuit
Tél. : 01 42 77 44 72
Email : contact@memorialdelashoah.org
