Hamnet – Avis +

Editeur : 10/18

roman de Maggie O’Farrell

Présentation de l’éditeur

Un jour d’été 1596, dans la campagne anglaise, une petite fille tombe gravement malade. Son frère jumeau, Hamnet, part chercher de l’aide car aucun de leurs parents n’est à la maison…

Agnes, leur mère, n’est pourtant pas loin, en train de cueillir des herbes médicinales dans les champs alentour ; leur père est à Londres pour son travail. Tous deux sont inconscients de cette maladie, de cette ombre qui plane sur leur famille et menace de tout engloutir.

Porté par une écriture d’une beauté inouïe, ce nouveau roman de Maggie O’Farrell est la bouleversante histoire d’un frère et d’une soeur unis par un lien indéfectible, celle d’un couple atypique marqué par un deuil impossible. C’est aussi celle d’une maladie  » pestilentielle  » qui se diffuse sur tout le continent. Mais c’est avant tout une magnifique histoire d’amour et le tendre portrait d’un petit garçon oublié par l’Histoire, qui inspira pourtant à son père, William Shakespeare, sa pièce la plus célèbre.

Avis de Claire

Nous sommes transportés en été 1596, dans l’Angleterre rurale, où une petite fille tombe gravement malade. Son frère jumeau, Hamnet, part chercher de l’aide, car leurs parents et grands-parents sont absents . Leur mère, Agnes, mi-femme, mi-fée, cueille des herbes médicinales dans les champs alentour, et leur père est à Londres pour son travail. Toute la famille vaque à ses occupations quotidiennes. Ignorants de la gravité de la situation, ils ne pressentent pas l’ombre qui plane et menace de tout engloutir. Agnes, à sa manière, si, mais elle choisit de ne pas écouter son instinct. Et le récit bascule alors dans le drame.

Tout au long du roman, on sent que que celui-ci est là, latent, prêt à surgir à chaque instant. Maggie O’Farrell étire l’intrigue avec une maîtrise remarquable, laissant au lectorat fébrile le temps de s’attacher profondément aux personnages. Cette tension permanente, subtile et retenue, rend chaque moment d’intimité ou de tendresse encore plus poignant.

Porté par une écriture sensible et visuelle, le récit explore le lien indéfectible entre Hamnet et sa sœur, un fil invisible qui les unit malgré les épreuves. Il raconte aussi la relation d’un couple atypique, marquée par un amour profond et touchant . La rencontre des parents, aux circonstances étranges et presque miraculeuses, étoffe le roman d’une dimension poétique et mystérieuse. 

Le personnage d’Agnes fascine par son aura presque irréelle . A la fois femme de chair et figure quasi magique, elle incarne la force et la fragilité de la maternité. La narration, qui ne révèle jamais explicitement l’identité du père, renforce le mystère et permet de se concentrer sur l’intime et le tragique. Mais surtout, c’est Hamnet qui est au cœur de l’histoire : non pas le fils du célèbre dramaturge, mais l’enfant, le frère, le garçon aimé. Ce regard intime sur ces liens familiaux confère au roman sa force et sa beauté.

Il n’est donc pas surprenant que ce récit ait été porté à l’écran et scénarisé par son autrice . La puissance visuelle et émotionnelle du texte s’y prête naturellement. Page après page, Hamnet captive par sa délicatesse et son intensité, offrant le plaisir rare de se sentir à la fois transporté dans le passé et profondément ému par l’universalité des sentiments.

La nouvelle édition proposée chez 10/18, ornée de l’affiche du film de toute beauté, permet de redécouvrir ce chef-d’œuvre dans une présentation aussi poignante qu’élégante.

Avis de Thérèse

D’Hamnet à Hamlet, Maggie O’Farrell nous entraîne dans un bouleversant voyage à l’époque élisabéthaine, dans les pas d’un petit garçon de onze ans affolé de découvrir sa sœur jumelle malade, courant angoissé dans les rues de Stratford à la recherche de sa mère, ou sa grand-mère, ou ses oncles, ou sa sœur aînée, ou bien un médecin. Il ne cherche pas son père, celui-ci est comme souvent à Londres où il écrit des pièces de théâtre, les met en scène, les interprète.

Pas une seule fois dans tout le roman Maggie O’Farrell ne cite le nom du père d’Hamnet, qui est toujours présenté comme le fils du gantier, le précepteur, le mari d’Agnès, le dramaturge si souvent éloigné de sa famille.

D’une écriture précise, minutieuse et captivante, Maggie O’Farrell crée un véritable torrent d’émotions, de la plus tendre à la plus déchirante, qui nous emporte sans répit jusqu’à la dernière page, qui aborde les thèmes de l’amour, du lien unique entre jumeaux, du deuil impossible des parents ayant perdu un enfant.

Difficile de dire qui est le personnage principal du roman. Est-ce Hamnet ? Est-ce son père qui créera en sa mémoire Hamlet ? Est-ce Agnès, cette jeune femme un peu sauvage, guérisseuse et voyante, qui devient une mère prête à tout pour sauver ses enfants ?

Maggie O’Farrell recrée au fil des pages tout un univers dans lequel elle immerge le lecteur, détaillant subtilement les gestes, les décors, les odeurs, les bruits, la vie des personnages juste croisés dans la rue, de manière pratiquement cinématographique. Le voyage de la puce qui transporte la peste nous fait croiser de nombreux destins.

Elle explique à la fin du livre les textes et documents auxquels elle s’est référée, et précise pourquoi elle a pris certaines libertés, comme le changement de nom d’un des personnages pour éviter les confusions, ou le choix d’attribuer la mort du petit Hamnet à la peste alors qu’on n’en connait pas les causes.

Le roman se termine par la phrase « Souviens-toi de moi« . Il s’agit bien sûr d’Hamlet, mais on n’oubliera pas non plus Hamnet après avoir lu ce poignant conte horrifique et magique, qui donne envie de relire Hamlet mais aussi toute l’œuvre du poète, pour revoir les textes dans la perspective de ses rapports compliqués avec son père, de son lien passionné avec Agnès, de son amour inconditionnel pour ses enfants, de son besoin d’indépendance.

Un coup de cœur absolu, à lire sans tarder !

Fiche technique

Format : poche
Pages : 480
Éditeur ‏: ‎10/18
Sortie : 7 avril 2022
Prix : 8,50 €