Hamnet – Avis +

film anglo-américain de Chloé Zhao (2026)


Présentation officielle

Angleterre, 1580. Un professeur de latin fauché, fait la connaissance d’Agnes, jeune femme à l’esprit libre. Fascinés l’un par l’autre, ils entament une liaison fougueuse avant de se marier et d’avoir trois enfants.

Tandis que Will tente sa chance comme dramaturge à Londres, Agnes assume seule les tâches domestiques. Lorsqu’un drame se produit, le couple, autrefois profondément uni, vacille. Mais c’est de leur épreuve commune que naîtra l’inspiration d’un chef d’œuvre universel.

Avis de Valérie

Hamnet : Chloé Zhao fait d’Agnes le cœur battant d’un film sur la vie, la nature et le deuil

Au XVIᵉ siècle, le prénom Hamnet s’écrivait aussi Hamlet. Cette précision apparaît dès la première image du long métrage, invitant le spectateur à retenir cette information discrète, mais lourde de sens.

Un jeune professeur de latin tombe sous le charme sauvage de la fille aînée de la famille chez qui il officie. Agnès, née d’un premier lit, revendique un lien profond et instinctif avec les plantes et la nature qui l’entoure. Aimée de ses frères et sœurs, elle est en revanche peu tolérée par sa belle-mère. Ce lien à la nature, hérité de sa mère perçue comme une sorcière, tient moins du fantastique que du regard porté sur elle par la communauté : Agnès incarne un savoir empirique, intuitif, transmis hors du cadre habituel à cette époque.

Malgré les différences et l’opposition des familles, ils se marient, et la jeune femme donne naissance à leur premier enfant, une fille. Will, habité par la passion de l’écriture, passe une partie de l’année à Londres, où il devient un auteur reconnu. Agnès, malgré l’amour qu’elle lui porte, ne peut quitter cette campagne qui la vivifie. Lors de sa deuxième grossesse, elle donne naissance à un petit garçon. Puis, à la surprise générale, un troisième enfant vient au monde : une petite fille mort-née. Pourtant, la jeune mère refuse d’abandonner, et Judith, la jumelle du petit garçon nommé Hamnet, finit par respirer.

La dernière des enfants du couple a une constitution vacillante, mais la connaissance des herbes et des soins suffit à la maintenir en bonne santé… Jusqu’au jour où la peste débarque en Angleterre.

Ce film étonnant se déploie à plusieurs niveaux. La caméra, très naturaliste, s’attarde régulièrement sur la beauté des sous-bois, sur le vent qui souffle, sur les herbes folles qui s’agitent, associant intimement l’héroïne au bouillonnement constant de la vie. L’image, volontairement dépourvue de patine ou de filtres “vieillissants”, refuse toute distance muséale. Hamnet ne regarde pas le XVIᵉ siècle comme un passé figé, mais comme un présent sensible, donnant au film une modernité saisissante.

Jessie Buckley, dans le rôle de la muse du barde de Stratford, est tout simplement époustouflante et s’impose clairement comme le personnage central. Sa prestation puissante emporte tout sur son passage, et il faut tout le talent de Paul Mescal pour non seulement ne pas se laisser effacer, mais véritablement exister à ses côtés.

Car on le comprend au fil de la pellicule : il ne s’agit pas d’une histoire sur le génie de l’écrivain, ni même seulement sur son couple, mais avant tout sur Agnès. Une femme unique, puissante, incarnant à la fois la mère, l’amante et l’épouse, sans jamais s’oublier elle-même.

Adapté du roman de Maggie O’Farrell, Hamnet est aussi une histoire de deuil. Mais un deuil qui n’arrive pas d’emblée : le film prend d’abord le temps de montrer une femme pleinement ancrée dans le vivant, en harmonie avec les cycles naturels. C’est précisément cette plénitude initiale qui rend la fracture si bouleversante lorsque la tragédie survient. Le deuil devient alors celui d’un enfant, d’un couple, mais aussi d’une vision victorieuse de l’existence, remplacée par une posture plus humble face à la puissance du destin.

Magnifique évocation de la femme, au-delà de tous les poncifs, Hamnet est porté par la mise en scène de Chloé Zhao, écrit par l’Irlandaise Maggie O’Farrell, et superbement interprété par Jessie Buckley.


Fiche technique

Sortie : 21 janvier 2026
Durée : 125 minutes
Genre : drame
Avec Paul Mescal, Jessie Buckley, Emily Watson