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Patrick Mille et Margot Bancilhon pour ’Going to Brazil’
Onirik -> Cinéma -> Interviews - biographies -> Dernière mise à jour : le mercredi 22 mars 2017.

L’équipe d’Onirik est composée de quelques étudiant(e)s, ainsi, nous étions deux à profiter d’une des avant-premières secrètes de la dixième édition des Secret premières. Notre choix s’est ainsi porté sur l’indice du film de 21H15 : Une comédie d’aventures girl power qui s’est avérée être la comédie française Going to Brazil de Patrick Mille, sortant en salles ce mercredi 22 mars.



Lieu : Cinéma Étoile Lilas (Paris 20e Porte des Lilas)

le jeudi 16 mars 2017

Et dans les Secret Premières, si vous avez de la chance, vous pouvez tomber sur le film où des membres de l’équipe sont invités, chance que nous avons eue puisque après la séance, le réalisateur et acteur, Patrick Mille, ainsi qu’une des héroïnes du film, Margot Bancilhon, sont venus répondre à certaines questions.

Attention, nous tenons tout de même à vous prévenir, qu’il est préférable de lire cet échange après avoir vu le film, car il y a des révélations concernant la fin ou certaines scènes du film.

Question : Tu as changé de registre, peux-tu nous parler de comment tu en es venu à faire ce film ?

Patrick Mille : Parce que j’en avais marre des comédies françaises avec des rôles tout pourris pour les filles. J’en avais marre de les voir faire les « copines de », des meufs qui veulent absolument trouver l’amour et qui n’y arrivent pas, ou avec des problèmes sexuels. C’est important de temps en temps, mais je ne voulais pas que ce soit le sujet du film.

Et tout à coup, je me suis dit « Je veux faire un film avec des actrices en devenir. ». Que j’avais vues dans des seconds rôles, dans des courts-métrages, des choses comme ça et… Je me suis dit que je voulais faire un film avec ces filles-là. C’était un désir d’actrices, de bande, de filles, de comédie et ça a fait ce mélange, et d’un pays, qui est le Brésil, que j’adore.

Question : Alors c’est assez rare dans le paysage cinématographique français, il y a plein d’inspiration, il y a un peu de Claude Lelouch quand tu évoques L’aventure, c’est l’aventure, il y a un petit esprit Francis Veber, et sauf que la différence ici, c’est que ce sont des filles au lieu d’une bande de garçons.

Patrick Mille : Disons que moi petit, car je suis un peu plus vieux que vous, j’ai beaucoup été bercé par les films que je voyais à la télé qui passaient beaucoup à l’époque, c’était tous les films de Philippe de Broca comme L’homme de Rio ou Les tribulations d’un Chinois en Chine, des films de Belmondo. C’est ça qui m’a donné envie de devenir acteur, comme tous les acteurs de ma génération.

Et puis maintenant, Guillaume Canet, alors j’ai mélangé ça avec l’esprit de Francis Veber, que j’adore et avec qui j’ai eu la chance de travailler comme acteur, et qui m’a beaucoup appris dans le rythme, que la comédie, c’est de la musique, c’est du rythme. J’ai mélangé ça avec ce que j’aime comme autre genre de cinéma aujourd’hui, c’est le cinéma américain, les films de Roberto Rodrigez, les films de Tarantino.

Un mélange d’humour avec de l’action et du suspense. Donc c’est un drôle de mélange qui n’est pas donné dans le cinéma français. C’est soit tu fais une comédie, soit tu fais un film d’action, soit tu fais un film dramatique ou un thriller, mais je l’ai fait pour ces filles.

Question : Margot, tu avais déjà joué dans Five, mais c’était un groupe de potes de garçons, là qu’est-ce que ça fait de te retrouver dans un groupe de potes de filles et dans la jungle ?

Margot Bancilhon : Ben, c’est super, déjà il y a eu le tournage de Five qui a duré deux mois, j’ai eu une semaine de pause avant de passer à ce film-là. Je suis passée d’une ambiance de mecs grave mecs, à une ambiance de nanas, grave nanas.

J’étais un peu dépaysée quand je suis arrivée, je commençais par des blagues de cul, puis je me suis dit « Non, ce n’est plus du tout l’endroit. ». Et en fait, c’est super, parce qu’être avec des femmes quand on est une femme, c’est super. Je me suis éclatée.

Question : Très bel exercice de style, des femmes avec des flingues, c’est très rafraîchissant, mais du coup, ça coupe vraiment avec la fin où elles balancent les flingues dans l’eau. On a des femmes qui se battent pour être libres pour finalement les laisser comme ça.

Patrick Mille : En fait, c’est très juste ce que vous dites, c’est juste que je voulais une fin qui ne ressemble pas à une fin de film français normal. Ou alors un film où on explique tout au spectateur. C’est comme dans les livres où on souffre vraiment d’explications, de « Il faut que je vous explique comment ça va se terminer. ».

Là, elles se réunissent, se battent, se retrouvent, et je vous avoue que j’avais écrit autre chose dans le scénario. Et je l’ai tourné et c’était la séquence la plus chère du film. Et au montage, car il faut faire des choix, le film faisait d’abord 1H50, puis 1H40, je me suis fait mal, mais pour le fameux rythme dont je vous parle et qu’on soit pris dans l’histoire.

Et à un moment, je me suis dit que j’aimais bien cette idée. Le fait qu’elles laissent tomber les flingues dans l’eau, finalement, elles baissent les armes, elles jettent les armes, mais aussi entre elles. J’aime bien l’idée d’une fin presque triste, un peu mélancolique. On ne sait pas ce qu’il va se passer, elles se regardent juste, sans dialogue entre elles. Je ne sais pas si j’ai raison, mais en tout cas, je l’assume et voilà, je sais qu’elle est un peu bizarre, mais je l’assume.

Margot Bancilhon : Je trouve que c’est très juste ce que tu dis, la scène qui devait être la scène de fin était très belle aussi, mais je la trouve effectivement… Le film est très dynamique, très rythmé dans une forme d’efficacité, et le fait que ça s’arrête net, c’est un vrai parti pris, je trouve que du coup, on reste ouvert. C’est un parti-pris, mais au moins il se passe quelque chose chez le spectateur.

Question : Par rapport au lieu de tournage, ça a bien été tourné au Brésil ou pas ?

Patrick Mille : Non ça a été tourné à Fontainebleau.

Question : Vraiment ? Parce que j’adore le Brésil, et on voit très peu de paysage à part Rio qu’on voit au début.

Margot Bancilhon : Non, ça a bien été tourné au Brésil.

Patrick Mille : J’ai tout tourné dans la région de Rio, et à part le début bien sûr, que j’ai tourné… Même pas à Paris, mais en Belgique.

Question : C’est juste qu’en tant que personne amoureuse du Brésil, j’ai trouvé qu’il n’y a pas beaucoup de paysage.

Patrick Mille : *rire* Je me suis fait chier à tourner dans tout Rio, mais le mec il dit, « On dirait que tu as tourné en Seine Saint Denis ». Merde ! *rire*

Question : Non mais tu filmes tellement bien les actrices qu’on ne voit qu’elles.

Question : Comment avez-vous fait pour faire le casting du quatuor ? Et pour vous, qu’est-ce que ça fait de jouer dans votre propre film ?

Patrick Mille : je vais commencer par répondre à votre deuxième question. Au départ, j’ai écrit ce rôle, ça me faisait marrer. Comme quand j’écris, je joue les dialogues, j’interprète, avec le co-scénariste, on s’est dit alors… Ben, je vais le jouer comme je suis acteur. Je me suis marré quand je le jouais et puis je me suis dit que ça ferait des économies à la production. Sinon qu’est-ce que ça a fait de le faire ?

Je ne connaissais pas mon texte. Je l’apprenais au dernier moment. Et c’était une telle récréation. Quand tu écris un personnage, c’est comme un sculpteur, on créé la chose. Quand je dirige les actrices, je ne leur dis pas comment il faut jouer, mais je sais comment je vais parler à Margot pour son personnage, comment elle le joue, quelle émotion créer.

Comme j’ai écrit, je sais comment je veux voir le film ou comment je veux voir la scène. Je m’impose la même chose. Je suis donc passé derrière la caméra et c’était un grand kiff car j’étais en train de jouer avec elles. Et tout d’un coup, j’avais des grands moments de bonheur.

Ensuite, comment j’ai trouvé ces filles ? Fallait que je trouve un quatuor, et pour ceux qui sont musiciens, vous savez qu’il n’y a rien de plus dur que d’en constituer un. Parce que c’est quatre individualités, ce sont des rythmes différents, des instruments différents, et c’est exactement la même chose pour les actrices. Je n’ai pas cherché forcément le rôle, j’ai été cherché avec quelles actrices françaises de cette génération, aujourd’hui, j’avais envie de travailler.

Il se trouve que je vais beaucoup au cinéma, je vais voir beaucoup de films, et en l’occurrence, je note toujours quand un acteur me plaît. Et j’avais par exemple remarqué Margot dans un film de Vianney Lebasque (Les petits princes), elle avait le premier rôle féminin mais c’était un tout petit rôle, un film sur le football.

Du coup, je l’avais remarqué, Alison Wheeler pareil, Vanessa Guide je l’avais vu dans des courts-métrages, Philippine je l’avais vu dans les Mercuriales. J’ai été un peu fou car je suis parti avec les quatre pour voir ce que ça donne.

Elles n’ont fait que des essais individuels, pas ensemble, car je ne voulais pas être déçu, je ne voulais pas montrer aux producteurs si ça n’allait pas. Je voulais bosser avec les quatre et donc je voulais que ça se passe. Et comme on n’était pas sur des egos d’actrices qui ont besoin de leur propre caravane, j’ai fait des essais à Paris. Les quatre arrivées à l’image, débarquées devant le chef opérateur, c’était bon.

Je les ai amenées au Brésil que deux jours avant le tournage, du coup, elles ont gardé ce côté vrai, et j’ai eu de la chance qu’elles s’étendent très bien.

Question : Comment la comédie a été dirigée par rapport à tes autres films Margot ?

Margot Bancilhon : C’est très drôle, car avec les filles avant de partir, on se disait qu’on allait se faire une comédie au Brésil. Et en fait, on s’est rendu compte que nous, on allait vivre un drame. Que tout le monde allait rire, mais de notre drame. Alors effectivement contrairement à Five qui est une comédie où on doit rire tout le temps ; dans cette comédie-là, nous, on est émotionnellement renversées, en tension tout le temps.

Ce qui est extrêmement intéressant. En même temps, c’est plus dur, car on doit tenir une tension sur deux mois et sans jamais relâcher. Heureusement qu’on était liées, qu’on s’entendait bien, car on tournait au Brésil, avec une équipe essentiellement brésilienne dont on ne parlait pas la langue.

Patrick Mille : Moi ça me fait chier quand on sent qu’à l’écran les acteurs se vannent et sont contents de leurs blagues. Ils se trouvent très drôles. Moi, je ne supporte pas ça, alors je leur ai dit « Les filles, vous allez tout de suite vous calmer, vous allez descendre de deux trois étages, et vous allez faire un drame, vous allez vivre une aventure où nous spectateurs, on va rire de ce que vous vivez : un enfer. ».

J’ai un film référent After Hours de Scorcese, qui est pour moi une référence d’écriture, car le type, il commence une soirée normale, il est à New York, il se dit « Oh je suis tout seul, je suis célibataire, je vais boire un verre dans un bar. », il rencontre une fille genre Margot Bancilhon, il boit deux trois verres de whisky et le mec termine en momie, défoncé, au petit matin à Manhattan. Voilà, j’aime bien cette idée de film.

Question : Quel est votre meilleur et pire souvenir du tournage ?

Margot Bancilhon : C’est la scène dans les favelas, c’est quelque chose pour les touristes qu’on ne peut pas vivre, alors c’était une chance pour nous d’y être, de faire une énorme teuf dans ces favelas. Sachant qu’il y avait un panorama de dingue. Et c’est un de mes meilleurs souvenirs parce qu’il y avait la musique à fond.

Patrick avait choisir des danseurs extraordinaires, ils faisaient des trucs à 3 mètres de haut sur les enceintes. On était vraiment spectateurs, pour la première fois, on était arrêté dans le temps et on regardait les autres toute la journée et on dansait et s’éclatait. Après on n’a pas pu jouer tant on s’éclatait, car c’est la merde pour nous et qu’on est au fond du trou. Et le moins bon… Patrick, tu ne veux pas dire ton meilleur le temps que je réfléchisse au moins bon.

Patrick Mille : Le meilleur, c’est le jour où j’ai vu que ces filles étaient formidables le premier jour du tournage. J’avais décidé de commencer par une des scènes les plus difficiles dès le début, celle de l’engueulade dans la voiture. Margot qui jette Katia, la fille enceinte, sur la route, après qu’elles se soient enfuies. Il y avait une scène de comédie très forte à jouer à quatre, je me suis dit que j’allais commencer par cette première séquence le premier jour du tournage, car au moins je serai fixé. Si c’est une catastrophe et que je rentre à Paris tout de suite, ou si ça vaut le coup de rester et de travailler avec elles.

C’était super et ça m’a donné confiance, et j’aime bien mettre le niveau assez haut, même comme acteur, j’aime bien avoir des premiers jours de tournage très durs. Ça donne le ’la’, on est capable d’aller là, donc après le reste, on sait comme travailler ensemble. Et sinon le pire, c’était tous les jours. C’était tous les jours une bataille contre le temps qui changeait constamment, des nuages qui passaient, au Brésil, en 8H, il y a huit saisons, surtout qu’on tournait en hiver là-bas. De toute façon, c’est une bataille de tous les jours un film, on se demande comment on tient !

Question : Et donc le pire pour toi Margot, il n’y a pas eu des moments à l’Apocalypse Now ?

Margot Bancilhon : Non en vrai même pas. Je suis assez d’accord avec Patrick, c’est un tournage assez intense. Tous les jours, t’es content d’avoir fait une journée supplémentaire et d’avoir réussi. Je ne crois pas avoir de souvenirs pas bons, et même si j’en ai eu, le temps a joué pour ça et l’a sorti, et tant, mieux. Après si vous voulez une anecdote, on en a une, qui me fait rire. Y’a un moment une scène après le meurtre où on est dans l’hôtel, avec Alison et Philippine, et on se dit qu’il faut qu’on se barre du Brésil. Ce jour-là, on avait mangé de la feijoada, c’est…

Patrick Mille : C’est un cassoulet brésilien.

Margot Bancilhon : C’est ça, avec beaucoup de haricot rouge. Et l’équipe de tournage brésilienne a mangé beaucoup, beaucoup de haricot rouge, et d’un coup des techniciens se lâchent sur le plateau. Et là, il s’avère que c’est un mauvais souvenir, car les fenêtres étaient fermées et en même temps, on devait jouer et on voulait s’enfuir aussi. Car je vous dis pas, mais quarante techniciens qui ont mangé de la feijoada c’est une catastrophe. Je n’ai pas plus grave.

Patrick Mille : Je vous remercie beaucoup d’être venus, et j’espère que vous avez apprécié.


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