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La fin du film - Avis +
Onirik -> Littérature -> Critiques -> Dernière mise à jour : le jeudi 1er mars 2012.

Une pièce sur le déclin d’une star du cinéma ; un récit quasi autobiographique du tournage cauchemardesque des Misfits vu par Arthur Miller. la dernière pièce d’un des grands auteurs américains du XXe siècle



Editeur : Grasset

pièce de Arthur Miller

Présentation officielle

Un hôtel, perdu au milieu du désert, quelque part en Californie, au début des années soixante. Une équipe de cinéma. Un film qui rappelle étrangement les Misfits de Huston, et son cortège de malédictions…

Le tournage a dû être interrompu : la star, Kitty, dépressive, droguée aux médicaments, est incapable de sortir de son lit. Dehors, un feu de forêt menace l’hôtel. A l’intérieur se joue la vie d’une femme trop belle, trop célèbre et trop fragile – et l’avenir d’un film.

L’ultime pièce d’Arthur Miller raconte, à peine déguisée, l’histoire du dernier film achevé de Marilyn, la ronde des croque-morts autour d’une déesse au crépuscule, la pathétique comédie des hommes. Une pièce cruelle et sublime.

Avis d’Artemis

Ce livre pourrait être vu comme le pendant de la nouvelle d’Arthur Miller, les Misfits. Tel un diptyque : d’un côté, le scénario du film, de l’autre, son tournage cauchemardesque.

On devine sans peine l’identité de chaque personnage ; parmi les principaux, Paul le scénariste est Arthur Miller, Kitty est Marilyn Monroe, Derek le réalisateur est John Huston, Jerome et Flora Fassinger sont Lee et Paula Strasberg.

D’ailleurs, on retrouve les fameux événements relatifs au tournage : l’omniprésence du coach de Marilyn (elle était même surnommée le Baron Noir [1]), la semaine d’arrêt de tournage suite au grand état de fatigue de l’actrice principale, l’habitude de John Huston à jouer au casino toute la nuit ou encore les problèmes de planning en fonction de Marilyn, car son état ne lui permettait pas d’être filmée comme prévu [2] .

Le titre en anglais Finishing the picture signifie "finir le film". Ce verbe n’est pas anodin, il marque une clôture, comme si cette pièce était un moyen pour Arthur Miller d’en finir avec cette histoire. Comme si l’écriture était pour lui un acte expiatoire et une manière d’en finir avec cette partie de son passé.

L’intrigue est donc peu fictionnelle, mais il reste cette écriture d’Arthur Miller, incisive, directe. La pièce va au-delà du regard subjectif qu’il porte sur les événements qu’il a vécu et sur les personnes qu’il y a croisées. Elle est une plongée crue dans la réalité quotidienne du monde du cinéma, de ses incertitudes, de ses exigences de rentabilité, des jeux de pouvoir du microcosme créé par un tournage.

Mais la chose qui étonne le plus à la lecture de cette pièce, c’est l’omniprésence de la star, Kitty, et son absence. En effet, si elle est le sujet de conversation principal des personnages puis leur interlocutrice dans le troisième acte, elle est systématiquement cachée et n’a aucune réplique de toute la pièce. Sa voix ne porte pas dans les scènes où elle est présente, et on devine ses réponses par les répliques du personnage à qui elle s’adresse.

Extrait de l’acte 3 :
DEREK : Je t’ai entendue rire, fillette. Tu te sens mieux ? – Ah, dommage. – En colère ? Mais pas du tout. Je n’ai pas de temps à perdre avec ça. – On est dans les cordes. Ils risquent d’arrêter le tournage aujourd’hui. – Oh, si, ils pensent ce qu’ils disent. – La chapelle Sixtine ? Qu’est-ce que tu racontes ? – Oh sûrement ! S’il le voulait, Michel-Ange pouvait dépasser son planning de six mois. Mais c’était le pape, le patron ! – Nous n’avons que la Bedlam Pictures et Philipp Ochsner. Alors, voilà, j’ai un plan… - Kitty, je t’en prie, je ne veux pas discuter de votre vie privée. Autant que je puisse en juger, Paul est un écrivain qui travaille beaucoup, et c’est tout ce que j’ai besoin de savoir. (Il écoute un moment.) – OK, OK. Chérie, écoute-moi. Tu veux terminer ce film, n’est-ce pas ? […] [3]

C’est un procédé déconcertant qui laisse une impression étrange au lecteur. On assiste, impuissant, à la douleur et au crépuscule d’une idole, seule, inquiète, qui n’a pas confiance en elle. Comme le dit la quatrième de couverture si justement : cruel et sublime.

Fiche technique

Format : broché
Pages : 185
Editeur : Grasset
Sortie : 12 avril 2006
Prix : 13,90 €

[1] ou en anglais "the Black Bart", extrait de The Misfits, Chronique d’un tournage par les photographes de Magnum, Arthur Miller et Serge Toubiana, Les Cahiers du Cinéma, p.79

[2] "Comme l’a dit un jour le cadreur Russ Metty, elle n’avait plus de regard, on ne pouvait plus la photographier.", Marilyn, La dernière Déesse, Jerome Charyn, Découvertes Gallimard, p.94

[3] Extrait de la pièce, page 128


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