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Interview de Laurell K. Hamilton
Onirik -> Littérature -> Interviews, bio et bibliographies -> Dernière mise à jour : le vendredi 8 août 2008.

Laurell K. Hamilton est l’un des auteurs les plus connus dans le monde du polar fantastique, notamment grâce à Anita Blake, mais mériterait d’être connue également pour son personnage de Merry Gentry. Elle a eu l’extrême gentillesse de répondre à nos questions.



par Domino et Valérie

Onirik : En France, vous êtes plus connue pour votre série dont Anita Blake est l’héroïne. Est-ce la même chose aux Etats-Unis ?

Laurell K. Hamilton : Oui

Onirik : Savez-vous pourquoi cette série plutôt sombre et désespérée a autant de succès ?

LKH : Je ne vois pas cette série comme étant sombre et désespérée comme vous la décrivez. Je la vois comme étant très positive qui traite de beaucoup de problèmes difficiles. Je n’évite pas les questions difficiles ou les sujets délicats, et cette attitude me paraît plutôt honnête que désespéré. La vérité n’est jamais désespérée mais, oui, elle peut être dure.

Onirik : Comment avez-vous créé Merry Gentry ? L’avez-vous conçue comme une antithèse de Anita Blake ?

LKH : Elle n’a pas été créée comme une antithèse, mais comme une pause, un besoin de vacances. J’avais écrit cinq romans à la suite de la série Anita Blake et je commençais à éprouver de l’anxiété, à rêver même du boulot de Anita, pas du mien. C’était trop bizarre. J’ai pris ça comme un signe qu’il fallait que je fasse une pause avec elle. J’avais besoin d’écrire quelque chose de différent. Alors j’ai crée Merry. Je la voulais un peu plus âgée que Anita, la petite trentaine. Je voulais un personnage qui ne se disputerait pas avec moi autant. Je la voulais plus en accord avec sa sexualité, sa sensualité, qu’Anita ne l’est. J’ai « découvert » tout ça avec Merry. Ce n’est que maintenant que j’ai terminé le sixième livre de la série que Merry a trouvé un sujet la mettant suffisamment en rogne pour me prendre à partie... et marquer le point !

Onirik : Est-ce que la sexualité appuyée de Merry vous a causé des soucis avec les ligues religieuses ou parental ?

LKH : Etrangement... non !

Onirik : C’est ma propre interprétation (NDT : Domino aux commandes), mais j’ai le sentiment qu’Anita, après chaque fin de récit est attirée par la part sombre de la nécromancie. Chaque nouveau pouvoir qu’elle se découvre, la pousse vers elle. Nous la ressentons épuisée, vidée de toute humanité après chaque combat final. Par contre, Merry semble gagner de l’énergie et de la vitalité à chaque roman. Dans les deux premiers tomes de la série, Merry apparaît un peu comme la déesse de la Nature. Est-ce une bonne interprétation ?

LKH : Les aventures de Anita sont basées moins sur l’univers magique que sur la réalité de la vie des policiers et des anciens militaires que j’ai rencontrés. Ses équipées sont calquées sur ce que j’ai pu observer d’amis qui de débutants aux yeux vifs et pensant changer le monde deviennent, 10 ans plus tard, des vieux de la vieille qui n’espèrent plus que de faire leur boulot du mieux possible et rentrer chez eux en un seul morceau. Anita a appris ce que souvent nous apprenons d’une manière moins dramatique : l’humanité se partage en de très nombreuses teintes de gris et n’est pas faite que de blanc ou noir. Elle paye le prix fort pour protéger les gens. Tous les hommes à qui nous demandons de nous protéger, que ce soit des policiers, pompiers ou militaires, donnent pour se faire une part d’eux-mêmes. Mais je ne traduirais pas cela comme une perte d’humanité, car c’est tout simplement la perte de l’innocence. Pour être un humain, il ne faut pas être innocent, non ? Merry, elle, descend de déesses de la Nature et de la Fertilité, alors, oui !, elle gagne en force au fur et à mesure que se déroulent ses aventures. Mais cela ne l’empêchera pas de d’avoir à faire des choix difficiles. Il faut également garder en mémoire que la mort appartient à part entière au cycle de la vie, tout comme la naissance. La mort en elle-même n’est pas maléfique, c’est notre peur irraisonnée et nos sentiments de perte qui la rende ainsi.

Onirik : dans les deux premiers romans de la série de Merry Gentry, un thème principal est émergeant : le métissage. Ce qui est considéré comme une dégénérescence par les castes supérieures est pourtant leur seule réponse pour la perpétuation de leur espèce. Est-ce volontaire ? Est-ce un sujet qui a de l’importance à vos yeux ?

LKH : Je suppose que j’ai lu trop de récits baignant dans le monde réel. Combien de nobles se sont mariés entre eux, poussant à la consanguinité de leur descendance ? Je viens personnellement d’une bonne et solide lignée de paysans et d’aussi loin que la famille de ma mère peut remonter dans son arbre généalogique, il n’y a pas de sang bleu. Par contre, l’ascendance de mon père est mystérieuse, alors, qui sait ? Ma licence en biologie m’a permis d’étudier la génétique d’une manière tangible ; on ne peut épouser son cousin germain en permanence sans affecter durablement la santé de ses descendants. Vous avez besoin d’un cocktail de gènes frais pour garder une population saine. J’ai néanmoins lu une étude publiée cette année, je crois, qui prouverait que nos fameux époux cousins germains n’étaient pas une si mauvaise opération génétique qu’on l’avait d’abord cru.

Onirik : L’amour est un élément fondamental de Merry. L’amour pour chaque être vivant. Nous pouvons voir sur votre site internet (www.laurellkhamilton.org/) que vous intervenez pour sauver les animaux abandonnés. Quel est votre vision de l’amour ? Pour vous, quel est le but de l’amour ? Que pensez vous de l’affection que l’on peut porter à l’animal ?

LKH : Merry essaye de faire, ce que je crois tout leader est supposé faire, aimer son peuple. L’aimer et s’occuper de son futur. Ma vision de l’amour romantique est différent de l’Amour en général. L’Amour est un moyen de manifester vos sentiments, notamment, les oeuvres caritatives que je soutiens, par exemple, sont pour moi plus du domaine de la responsabilité. Il s’agit pour moi d’une tâche appartenant à chacun d’essayer et de faire que notre monde soit un bien meilleur endroit. Une personne est supposée d’aider ceux qui sont moins chanceux qu’eux, comme les animaux abandonnés. Si vous n’essayez pas de changer ce qui vous entoure, à quoi êtes vous bon ? Les animaux ne peuvent nous parler, donc nous devons leur prêter notre voix. Ma perception de l’amour romantique est très personnelle et franchement cela prendrait des pages et des pages pour l’expliquer. Je ne suis même pas sure d’arriver à le définir afin que cela soit compréhensible à lire. Pour moi, l’Amour Romantique est une question de partenariat, de respect, et d’aider à ce que chacun des protagonistes devienne la meilleure personne qu’il puisse êdtre. C’est d’être bien meilleur ensemble que si vous étiez seul. Oui, le sexe est important pour moi, il fait partie d’une relation saine et je n’ai jamais confondu le sexe et l’amour. Beaucoup de gens semblent mélanger les deux.

Onirik : Voilà une question que vous devez entendre souvent : est-ce que Merry va tomber enceinte ? Lorsque vous écrivez une série, imaginez-vous l’ensemble des aventures au préalable ou la créez vous au fur et à mesure de l’inspiration ?

LKH : Effectivement, l’idée est que Merry puisse tomber « éventuellement » enceinte, mais je ne peux rien dire de plus sans donner trop d’indices. Avec Anita, je n’avais pas en tête la construction de l’ensemble de la série, contrairement à Merry. Sur le mur de mon bureau, j’ai le fil conducteur de l’intrigue inscrit sur plein de Post-it, et ce depuis le début de l’écriture. Je sais exactement où je vais et j’ai en tête la plupart des événements me permettant d’y arriver. Par contre, les relations de Merry avec ses hommes me surprennent toujours plus au fil du temps ! Mais je connais mon développement final depuis le commencement. Pour moi, il s’agit juste de trouver la matière pour les différents romans afin d’arriver précisément là où j’ai besoin d’aller.

Onirik : Les aventures de Anita Blake sont écrites comme un bon vieux polar, comme par exemple la manière dont Anita converse avec le lecteur, décrivant ce qu’elle ressent et ce qu’elle voit. Était-ce voulu, ou est-ce arrivé par hasard ?

LKH : Pour moi, les Anita Blake sont de vrais polars. Au fur et à mesure que la série a progressé certains récits ont été orientés plus vers les relations sentimentales d’Anita, mais je trouve que ceux dotés d’une solide intrigue sont pour moi, en tant qu’écrivain, plus rapides à écrire, plus marrants et me procurent bien moins de migraines ! Quoiqu’il en soit, l’idée de base pour Anita était que le personnage soit un détective à l’ancienne, très polar, très Raymond Chandler !

Onirik : Quelle tâche est plus importante pour vous ? L’écriture, le choix des mots, du style ? Les personnages ? L’intrigue ? Que préférez-vous dans les écrits d’autres auteurs ? Pourquoi écrivez-vous ?

LKH : La construction des caractères a toujours été ce qui m’intéresse le plus. Quelques fois, je vais débuter avec une idée, mais mon truc pour tester si le concept va tenir la route, c’est de voir s’il attire à lui les bons protagonistes. Tout comme si j’ai bien construit le héros principal, il amène avec lui un bon casting de personnages secondaires. L’intrigue est plus qu’importante, mais ce que je préfère c’est l’écriture des personnalités. Certains lisent un auteur pour ses intrigues astucieuses, d’autres pour les personnages. Il est rare qu’un écrivain soit bon sur les deux sujets. Me demander pourquoi j’écris est un sujet différent puisque cela équivaut à me demander pourquoi je respire. Ce n’est pas seulement un travail, pour moi, mais une grande partie de ce que je suis.

Onirik : Partagez-vous vos idéaux avec vos lecteurs au travers de vos romans ? Que diriez-vous si je vous confiais qu’après avoir lu A caress of Twilight, je ne peux plus regarder un papillon de la même manière ?

LKH : Un auteur ne peut s’empêcher de partager ses idées au travers de son oeuvre. D’autant plus s’il extrait ses mots du plus profond de lui. Mais j’ai beau avoir dire ça, il y a tout de même parmi mon « écurie » des personnages qui sont loin de me ressembler et possèdent des idéaux opposés aux miens. Mais, je suis vraiment honorée de recevoir du courrier et des e-mails de personnes me disant que mes romans les ont aidés à traverser des moments difficiles au cours de leur vie. C’est merveilleux de constater que ce que j’écris peut avoir un tel impact dans la vie réelle des lecteurs. Je suis vraiment heureuse de savoir que votre regard sur les papillons a changé à cause de ce que j’ai rédigé. Si je vous ai aidé à voir les merveilles de ce monde qui nous environnent, alors j’ai fait une partie de mon travail.

Merci,

Laurell

Questions et traduction Domnique Simon et Valérie Revelut

Remerciements à Laurel K Hamilton qui a eu la gentillesse d’accepter cet interview et à Darla Cook, son assistante, qui a été particulièrement agréable, patiente et gentille. Un grand merci à elle.


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