Onirik
De l’influence d’Internet sur nos petits-déjeuners
Onirik -> Nous contacter -> Editorial -> Dernière mise à jour : le mardi 3 janvier 2012.
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Ah internet, pourvoyeur d’informations aux sources floues, mais qui, pour un peu qu’elles touchent à notre quotidien, se transforment en vérités de sources sûres et provoquent la chute d’empires médiatiques, politiques ou, plus prosaïquement, d’empires commerciaux (j’exagère, je sais...)

Pour éclairer un peu mon discours, voilà ce qui s’est passé il y 3 semaine : j’étais vautrée dans mon canapé, enroulée dans un plaid et profitai de la sieste de mes enfants pour surfer sur Facebook tout en mangeant une énorme tartine de Nutella. Un moment de paradis sur Terre donc.

Et là, catastrophe. Un de mes contacts a publié un lien sur son mur (en majuscules s’il vous plait) : "Le Nutella contient du PEHP le phtalate le plus dangereux !".

Ma tartine dégoulinante me semble soudain bien moins appétissante, bien que je n’aie aucune idée de ce que peut être du PEHP, et encore moins un phtalate. Il semble toutefois que ce soit mauvais pour moi.

Dans le doute, je vais lire l’article en entier. J’y découvre que ce que je considérais comme le meilleur accessoire à pti dej’ et goûter contiendrait aussi des OGM et de l’huile de palme. Ma main repose doucement la tartine et quand je commence à lire les commentaires, tous plus alarmistes les uns que les autres (le Nutella serait cancérigène !) je me lève et après un dernier regard de regret, je mets ma tartine à la poubelle.

Quelques jours plus tard, une fois la première frayeur passée, je décide de retrouver cet article et d’en identifier les sources. Celles-ci se révéleront vagues : Greenpeace et Arte sont vaguement cités, et c’est tout. Si j’ai jeté ma tartine, j’ai eu la présence d’esprit de ne pas jeter le pot ! Je m’en empare et je regarde les ingrédients.

Il n’y a que l’huile de palme dont la présence s’avère confirmée, sous le gentil libellé "huile d’origine végétale". Finalement, à part pour les forêts asiatiques, tout va bien, pas de quoi s’affoler. Je décide de célébrer cela par un morceau de brioche généreusement enduit de ma pâte favorite.

J’avais presque oublié cette affaire quand ma rédactrice en chef tyrannique [1] m’envoie un communiqué de presse de Ferrero sur ce sujet et m’ordonne d’en parler dans un article (Ça fonctionne comme ça à Onirik, et en cas de rébellion, nous sommes envoyés au goulag. Vous avez là l’explication à l’incroyable qualité de nos articles).

En attendant d’être lynchée pour avoir oser écrire cela ici, je lis ledit communiqué de presse J’y apprends qu’ "aucun phtalate n’est incorporé dans la composition du Nutella [2]". En effet puisque comme il est dit plus loin : Les phtalates ne sont présents que dans les plastiques. Le pot de Nutella est en verre et son opercule est en aluminium : aucun plastique n’entre donc dans la composition des emballages primaires de Nutella. Les couvercles en plastique sont certifiés sans phtalates par les fournisseurs de Ferrero.

Par ailleurs, la piètre chimiste que je suis (je n’ai jamais compris ce qu’est une môle) apprend également que les phtalates, par leur caractère volatile, sont omniprésents dans l’environnement domestique, à tel point qu’il est possible de relever leur présence dans l’air ambiant et dans l’eau. Des traces éventuelles peuvent être également relevées dans des matériaux ou des produits qui en sont à l’origine dépourvus.

Un peu comme la radioactivité donc ? Présente normalement dans l’atmosphère et pas dangereuse à l’état naturel.

Plus rassurant encore : Ferrero nie toute utilisation d’OGM. Ce Nutella serait-il donc tout à fait naturel ?

Ferrero reconnaît l’utilisation d’huile de palme, mais suivant un procédé particulier : Depuis 2005, Ferrero a supprimé les matières grasses hydrogénées de l’intégralité de ses produits et par conséquent la présence d’acides gras trans d’origine artificielle, reconnus par les autorités et les scientifiques comme étant nocifs pour la santé. En ce qui concerne l’huile de palme, utilisée depuis longtemps dans l’alimentation, Ferrero a développé une technique unique de fractionnement de cette matière première qui permet de maintenir les qualités organoleptiques du produit fini. Je ne vois pas trop ce que ça change au niveau des forêts mais au moins le danger sanitaire semble moindre.

Diverses autres informations les disculpant se suivent, mais ce qui m’épate vraiment ce sont les chiffres sur la consommation moyenne de Nutella par les Français : seulement 38% des enfants, 34% des ados et 11% des adultes français consomment du Nutella.

Ça fait beaucoup de monde qui parvient à s’en passer, et dans le cadre de ma résolution 2012 (à savoir, perdre un peu de poids) je voudrais bien savoir comment ils font. Mais bon, ça Ferrero n’en parle évidemment pas. Dommage...

Finalement, merci Internet : je ne suis pas plus avancée qu’avant, mais maintenant je doute. Et j’envie ma fille de 4 ans, qui, ne sachant pas lire et ignorant tout des phtalates, y compris le mot, dévore sans arrière-pensée d’énorme tartines de pain généreusement enduites de Nutella, avec un sourire et des étoiles dans les yeux qui me laissent penser que ça ne peut être foncièrement mauvais.

[1] Maiheuu !

[2] Les passages en italiques sont directement cités du communiqué de presse de Ferrero

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