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Conférence : L’imaginaire de Miyazaki à Aubusson
Onirik -> Culture -> Dernière mise à jour : le dimanche 24 juillet 2022.
Lieu : Japan Expo 2022

conférence du jeudi 14 juillet 2022 - scène Kuri

Alice Bernadac, conservatrice et directrice adjointe de la Cité internationale de Tapisserie était présente à Japan Expo pour nous expliquer la genèse du projet incroyable entre la France et le Japon : L’imaginaire de Hayao Miyazaki en tapisserie d’Aubusson .

Partie conférence

Alice Bernadac : Bonjour à toutes et à tous d’être aussi nombreux pour découvrir le projet « L’imaginaire de Hayao Miyazaki en tapisserie d’Aubusson ». Pour poser quelques bases, Aubusson est une petite ville de 3300 habitants au centre de la France entre Limoge et Clermont-Ferrand. Cela fait maintenant plus de 600 ans qu’à Aubusson, on tisse de la tapisserie avec une technique qu’on appelle la « tapisserie de basse lisse » ça veut dire qu’on utilise un métier à tisser parallèle au sol. A l’inverse de ces grands métiers à tisser perpendiculaire au sol.

Cela fait 600 ans qu’on fait de la tapisserie à Aubusson avec une technique qui a assez peu changée. On a de nouveaux matériaux, de nouveaux sujets, mais le principe de base reste quasiment exactement le même depuis le début du 15e siècle. Et depuis 2009, c’est un savoir-faire qui est inscrit à l’UNESCO sur la liste représentative du patrimoine culturelle immatériel de l’humanité. La Cité Internationale de Tapisserie a été créé en 2010 à la suite de cette inscription. On est une institution publique et on est surtout connu comme musée, on est un lieu qu’on peut venir visiter. On acquiert, on conserve, on restaure des tapisseries d’Aubusson, des anciennes, des modernes du 20e siècle. On monte également des expositions temporaires. On effectue les missions classiques d’un musée.

La Cité est aussi un lieu de formation. La tapisserie d’Aubusson est un savoir-faire qui continue de se transmettre, d’évoluer et d’exister et pour ça il faut former les nouvelles générations de lissiers et de lissières. À Aubusson, c’est ainsi qu’on appelle les personnes qui tissent les tapisseries. Aujourd’hui, ces personnes sont formées chez nous, à la Cité Internationale de la Tapisserie en partenariat avec un organisme qui s’appelle Greta du Limousin [1]. Elles sont formées au troisième étage au-dessus de nos bureaux. Tout cela nous permet notamment d’avoir une politique de création contemporaine et c’est ce qui va nous intéresser.

Ça fait maintenant douze ans qu’on existe, donc douze ans qu’on a commencé à travailler avec des artistes contemporains pour continuer de faire évoluer la tapisserie d’Aubusson avec des propositions un peu surprenantes. Par exemple, on a une pièce qui est un tapis et également une porte. Mais ce sont aussi deux grands projets :Aubusson tisse Tolkien et L’imaginaire de Hayao Miyazaki en tapisserie d’Aubusson. L’idée de ces grandes tentures, c’est allé vers des univers artistiques qui soient connus d’un large public et qu’il y ait en même temps une importance suffisante pour qu’on les interprète en tapisserie d’Aubusson. À travers ces projets, c’est une grande aventure. Ils vont durer plusieurs années et le public peut suivre tout le processus, depuis le choix des œuvres qu’on va utiliser, toute la préparation du tissage et découvrir petit à petit chaque tapisserie.

La première aventure a commencé en 2017. La Cité a signé une convention avec le Tolkien Estate [2] pour interpréter en tapisserie d’Aubusson les dessins originaux de J. R. R. Tolkien. C’est une aventure encore en cours, car on est aujourd’hui à la réalisation de la treizième tapisserie sur les 16 prévues. Cette dernière sera terminée en décembre prochaine.

Et pour faire suite à l’univers de la Terre du milieu, on a décidé de se tourner vers l’Asie, vers le Japon. Pourquoi le Japon, car il y a depuis longtemps des échanges culturels très riches entre la France et le Japon. Il y a une relation de fascination artistique mutuelle. Et lorsqu’on parle du Japon, le nom de Hayao Miyazaki n’est jamais très loin dans la conversation. On a donc proposé au studio Ghibli [3] cette idée : prendre des images des films de Hayao Miyazaki et en faire des tapisseries. La négociation avec Ghibli a été très rapide. Ils ont été très heureux du projet, très enthousiastes. Hayao Miyazaki lui-même a été assez emballé par l’idée.

Ainsi, dès juillet 2019, on a pu établir une convention avec eux. Cette convention dit qu’à Aubusson, on va tisser 5 tapisseries à partir d’image des films de Hayao Miyazaki. Une fois qu’on en est là, se pose la première question et la plus importante : quelles images on va choisir ? La filmographie de Hayao Miyazaki est gigantesque, monumentale et elle est d’une très grande richesse, et parmi tous ceux-là, il fallait sélectionner seulement cinq images. Alors ça a été un gros travail et qui nous a occupé plusieurs mois. Et il a été validé en bout de course par le studio Ghibli.

Comment avons-nous procédé ? Ça a commencé par revisionner ses films. On a lancé Princesse Mononoke, et au bout de 30 minutes, on s’est rendu compte qu’on s’était laissé embarquer par l’histoire et qu’on suivait plus du tout pour sélectionner les images. On a remis le film au début et on a coupé le son. La narration est alors passée au second plan et on a pu se concentrer sur le visuel. C’est en regardant comme ça les films que l’équipe a pu choisir 5 images à proposer au studio. Il y avait aussi d’autres critères : on voulait des images fortes, on voulait des images représentatives de cet univers de l’imaginaire de Hayao Miyazaki, donc des grands thématiques qu’il a l’habitude d’aborder, et on voulait des images qui soient intéressantes à interpréter en tapisseries.

Ce qui est important de comprendre au sujet de la tapisserie d’Aubusson, c’est que ce n’est pas du tout une copie. On ne cherche pas à copier dans le moindre détail une image. Techniquement, on pourrait le faire, mais ce n’était pas le but. L’intérêt ici de prendre une œuvre existante au départ et à partir de cette image on va créer une seconde qui va exister par elle-même et pour elle-même. Ça, c’était la partie un peu difficile. Il fallait également des images intéressantes et compatibles à faire en très grand. Dès le début du projet, il avait été établi que ces tapisseries allaient être monumentales.

La plus petites fait 17m² et la plus grande 25m². Celle qu’on vient de terminer au mois de mars fait 5 mètres de haut.

On ne pouvait donc pas prendre n’importe quelle image. Il y a en a beaucoup de tellement belles, mais là, il en fallait avec une certaine monumentalité. Avec un jeu d’élimination, on en est arrivé à s’arrêter sur des moments importants des films.

Les œuvres choisies

La première provient de Princesse Mononoke. C’est une image qui n’existe pas telle quelle dans le film. Dans celui-ci, c’est un traveling qui part de la cime des arbres et qui descend jusqu’à Ashitaka en train de soulager sa blessure avec l’eau et Yakuru en train de boire. Pour l’interpréter dans un format de 5 mètres de haut, l’idée a été de prendre tous les plans du traveling et de les coller les uns aux autres. Ainsi, on obtient une image qui nous montre toute la monumentalité de la forêt. C’est quasiment un personnage à part entière du film et elle rappelle la thématique de la nature et de son rapport avec l’homme. Cela est une thématique importante de l’univers d’Hayao Miyazaki. Ici, c’est vraiment la forêt le sujet. On voit bien que les personnages sont vraiment minuscules par rapport aux arbres. Ce qui est intéressant à la fin, c’est qu’on a des arbres qui font 5 mètres. On a déjà, cette présence de la forêt face à soi.

Elle a aussi été choisie pour une autre raison. En effet, Aubusson a produit des tapisseries qu’on appelait les « verdures ». Ce sont des tapisseries qui représentent des paysages où on a très très peu de présences humaines. On a parfois quelques petites maisons en arrière-plan ou des silhouettes tout au fond. Ces verdures d’Aubusson [4] ont été extrêmement célèbres dans l’histoire de la tapisserie. Et cette image de forêt rappelait cela, nous faisions ainsi une verdure contemporaine.

La deuxième image est une scène très connue du Voyage de Chihiro. C’est la scène où le Sans visage convoque Chihiro après avoir mis sans dessus dessous l’établissement de bain et après avoir commencé à dévorer tous les employés. Chihiro va le confronter et elle apparaît toute minuscule face à ce monstre ayant des proportions démesurées. L’image du film avait été proposée au départ au studio. Hayao Miyazaki nous a fait savoir qu’il souhaitait qu’on agrandisse l’image pour pouvoir montrer le Sans visage en entier. Donc il a rajouté un mètre cinquante de tapisserie, ce qui a confirmé à la Cité qu’il n’était pas du tout choqué par un format monumental pour ces œuvres. On a donc le Sans visage qui apparaît en entier dans l’image, et on ne voulait pas couper dans l’autre sens car on avait un angle. Et c’est pratique, car ça permet d’apporter de la profondeur dans la construction de l’oeuvre.

La troisième est extraite du Château Ambulant, c’est le château ambulant lui-même. Là, on a le côté mécanique, des machines dans l’univers de Hayao Miyazaki. Et c’est cette scène où Sophie arrive au château au milieu de la tempête. On a légèrement recadré pour l’image pour que le château soit centré. Ca sera la plus grande et elle fera 5 mètres sur 5 mètres.

La quatrième vient également du Château Ambulant. C’est la scène où Hauru est alité et qu’il fait part à Sophie de sa peur de se rendre chez le roi, car il est convoqué pour aller à la guerre. On a cette scène de dialogue avec Sophie dans la chambre de Hauru. L’endroit est une espèce de caverne d’Ali Baba magique, avec des objets dans tous les sens, des yeux magiques qui s’ouvrent et se ferment, des ouvrages empilés dans toute la pièce. C’est vraiment ce côté caverne au trésor qui nous a intéressé. C’est une scène d’intérieur, très différente des précédentes images. C’est très détaillé, très minutieux, et ça rappelait une autre tapisserie française, qui est conservée aux Goblins, la tapisserie de la Belle au Bois Dormant qui a aussi ce côté très fin et très détaillée.

La dernière vient du film Nausicaa de la Vallée du vent. Alors la première image qui avait été proposée est celle d’un Omu de face. C’est un personnage très important de cette histoire, mais Hayao Miyazaki a fait savoir qu’il préférerait qu’on les voie de profil. La Cité s’est donc orienté vers l’image de profil qui n’existe pas non plus dans la film. Initialement, c’est un balayage, l’image défile de la droite vers la gauche. Ce sont ces cadavres d’Omus où la fukai [5] est en train de se développer après qu’ils soient morts en attaquant les villes des hommes. Celle-ci fera seulement de 2 mètres sur 10 mètres de long.

La préparation et création des tapisseries

On a soumis ces images au studio Ghibli, on a reçu en retour un certain nombre d’indications et d’éventuelles modifications. Une fois cela validé, on arrive à ce qu’on appelle des maquettes. Des maquettes en tapisserie, c’est l’image dont on part pour faire l’œuvre.

Ces maquettes sont assez petites en format très modeste et pour faire une tapisserie d’Aubusson, on a besoin de ce qu’on appelle un « carton ». Alors un métier à tisser ça ressemble un peu à une table. Devant, le lissier est dans une position assis-debout, il progresse en étant penché dessus au fur et à mesure. Pour savoir ce qu’il doit tisser, il a besoin d’avoir le dessin, par uniquement de l’avoir sous les yeux, mais aussi de l’avoir sous son métier à tisser. Sur le métier à tisser il y a deux gros rouleaux, un vers soi et un vers le haut. Entre ces deux rouleaux, il y a des fils qui sont tendus, c’est le squelette de la tapisserie, ce qu’on appelle la « chaîne ». Et on vient entrecroiser les fils de couleurs, c’est avec ça qu’on fait le dessin, ce qu’on appelle la « trame ». A la fin, on ne verra plus la chaîne et on ne verra que la trame. Pour avancer, on a besoin d’avoir le dessin sous la chaîne. ainsi, le dessin doit vraiment être sous le nez du lissier, pour pouvoir voir progressivement où ils en sont dans l’oeuvre global.

Pour faire cela, on utilise ce qu’on appelle un carton. Le carton, il fait la taille de la futur tapisserie, à l’échelle 1. Il a deux caractéristiques, la première est qu’il est inversé gauche-droite, il est en miroir par rapport à la tapisserie finale, car on tisse sur l’envers du dessin. Et l’autre est qu’il est couvert de petits traits qui viennent souligner le dessin. Et on vient retracer toutes les formes pour déterminer à quel endroit il va y avoir une forme nette, à quel endroit, il va y avoir un dégrader ou passer d’une couleur à une autre. On peut y marquer des tas de choses, des indications de couleurs, de matières, on peut noter tout ce dont on a besoin de se souvenir pendant le tissage.

C’est un travail bien particulier. Pour cette collection, on a travaillé avec une seule personne qui a fait les cartons des cinq tapisseries. C’est Delphine Mangeret , dessinatrice cartonnière, spécialiste du carton et de la préparation des tissages. Elle a travaillé à partir des images fournies par le studio, des images agrandies et imprimées à la taille des futures tapisseries. C’était un peu flou et ça changeait les couleurs, mais ça lui permettait d’avoir une base où elle n’a pas eu besoin de tout redessiner. Elle a repris les formes, les a repeint avec de la gouache pour bien appuyer les contrastes. Il faut que sous les chaînes du métier à tisser ce soit bien visible. Et elle travaille là-dessus pendant à peu près 6 mois.

Pendant que la dessinatrice cartonnière fait cela, en parallèle, on réfléchit à comment on passe de l’image extraite d’un film. On pense au tissage avec des fils particuliers, les matières, les couleurs et les techniques de tapisserie qui seront convoquées dans cette œuvre. Il y a plein de façons de faire les choses en tapisserie, il y a beaucoup de possibilités et les images de Miyazaki nous ont posé des problèmes. À la base, ce sont des images qui bougent, c’est mouvant, alors que là, la première tapisserie, elle fait 85 kilos, ça ne bouge pas comme ça. Ça a une grande fixité, c’est plutôt posé. On passe de quelque chose de mouvant à figer.

Et l’autre problème, c’était pour que ça ne fasse pas plat. On a alors fait des expérimentations, on a fait des échantillons. Par exemple, pour la tapisserie de Princesse Mononoke, le premier échantillon, n’était pas vraiment concluant. L’arbre à droite était à peu près convaincant, mais le fond était plat, alors qu’avec cette tapisserie, on devait avoir l’impression de rentrer dans la forêt. On devait avoir l’illusion de la profondeur et de la lumière. C’était un crash-test sur ce qui ne fonctionnait pas. On a alors réfléchi sur quels matériaux utilisés pour cette illusion de profondeur. C’est passé par le choix des matières et couleurs dans la tapisserie. Normalement, une tapisserie c’est plat, il y a des différences de quelques millimètres, mais ça reste plat. Les impressions de perspectives et lumières, c’est uniquement des jeux de fils.

Les lissiers et cartonniers d’Aubusson sont des gens savent comment votre œil va voir quelque chose de tisser. On a alors choisi beaucoup de matières différentes en fonction des textures qu’on voulait rendre. On a fait en sorte d’avoir du contraste, pour bien différencier le tronc des arbres, les feuillages, la pierre, la lumière qui traverse la forêt. On a donc convoqué plusieurs matières différentes. Traditionnellement, à Aubusson, on tisse en laine, majoritairement avec un peu de soie.

Là, on a utilisé plein de choses différentes, par exemple, on a pris du lin pour la pierre, car c’est un peu plus brillant que la laine. Une fois tissée, la laine est très mate, ça absorbe beaucoup la lumière. On a donc fait usage du lin pour les parties minérales. La matière plus brillante, c’était un fil synthétique qu’on appelle la rayonne. Ça réfléchit beaucoup la lumière et permet du contraste avec la laine pour tirer la lumière. On a également utilisé plusieurs types de laine. Certaines laines ont des fils plus épais ce qui donne des effets de textures intéressantes, qu’on retrouve sur l’écorce. On peut également jouer sur les textures par la façon de tisser, on peut tisser plus gros ou plus fin.

Sur Chihiro, la difficulté était de savoir comment on allait représenter le Sans visage. Il est fait dans une matière assez compliquée, elle change de propriété d’une scène à l’autre. Parfois, il est transparent, parfois totalement opaque. C’est une matière qui bouge, comme si son corps avait une vie propre. Il fallait donc une matière vraiment différentes. On a donc utilisé de la soie tissée à partir des déchets de filature de la soie. La soie, c’est tellement précieux que lorsqu’on le fil, on récupère ce qui reste ensuite et on le refile. C’est une matière moins brillante avec un effet un peu moiré, ça ressemble à quelque chose comme de l’huile ou du pétrole. C’est donc intéressant, car ça rappelle comment son corps se comporte.

On vise aussi la couleur, et là, c’est la cartonnière qui joue, car en parallèle du dessin du carton, elle réfléchit à la couleur qui sera utilisée. Pour ces tapisseries, on a fait teindre exprès tous les fils pour chacune des tapisseries. Il faut également voir la quantité dont on aura besoin, de combien de nuances on va avoir besoin.

À Aubusson, on a la chance d’avoir des gens qui tissent et des gens qui savent teindre la laine. Ils le font d’une façon très particulière, car on teint à l’œil, sans recette. Les teinturiers mélangent les pigments au juger, à l’expérience, ils n’ont pas de carnet. On leur rapporte une couleur, un échantillon de laine déjà existant, une gamme peinte à l’acrylique et ils vont la fournir. La cartonnière va parfois voir la teinturière pour se mettre d’accord, elles ont beaucoup discuté ensemble pour être sûre de bien se comprendre, car c’est aussi un travail d’interprétation. La couleur peinte sur du papier et une couleur teinte puis tisser ne rendent pas pareils. Il y a aussi une gymnastique à avoir, car la laine tissée perd de son éclat. Il faut réfléchir à la réaction des matériaux une fois qu’ils seront tissés. Donc la teinturière va teindre toujours un peu plus vif, plus brillant.

Ce processus de création du carton et de création des fils prend 6 à 8 mois et cela implique beaucoup de personnes. Il n’y a pas que le tissage, mais toute cette préparation, travail de filature, de teinture et du cartonnier. Une fois qu’on a tout ça, on arrive enfin au métier à tisser et au tissage.

De notre côté, on rajoute une étape supplémentaire. On est une institution publique et autour de nous, toutes les personnes travaillant dans ce domaine sont des entreprises privées. Cela a toujours fonctionné comme ça à Aubusson. Aujourd’hui, il reste à peu près trois manufactures et une dizaine d’ateliers, ce sont environ 200 personnes. Et comment on choisit qui va tisser ? On a l’obligation d’être équitable et de départager les gens de façon juste. On n’a pas le droit d’en privilégier un ou d’avoir de contrat exclusif, ce n’est pas notre rôle. On n’a pas non plus de lissier dans nos agents, c’est un choix qui a été fait, car l’idée ce n’est pas que nous en tant qu’institution publique, on fasse de la concurrence à ces entreprises qui existent.

Pour choisir qui peut tisser une tapisserie de nos collections, on organise une sorte de compétition. On sélectionne une petite partie de la tapisserie et on demande un échantillon. On les numérote et on regarde pour juger sur la technique. Cela nous a permis de sélectionner chacun des cinq ateliers qui allaient travailler sur les tapisseries de l’imaginaire de Hayao Miyazaki.

Le premier qui a été sélectionné est l’atelier Guillot qui est un atelier familial. Cet atelier existe, il a des locaux, mais comme c’était une très grande tapisserie, on leur a demandé de venir tisser dans la Cité, car on a de très grands métiers à tisser. On a la place de les avoir et ce n’est pas toujours le cas des ateliers. Il fait 8 mètres de long ce qui nous permet d’avoir des tapisseries allant jusqu’à 7 mètres 50 de long, car il y a une marge. L’atelier Guillot est venu pendant 11 mois pour tisser la première tapisserie et on peut dire que c’est extrêmement rapide, car ils n’étaient que deux. Ils ont fait plus d’un mètre carré par mois par personne.

En tapisserie D’Aubusson, on ne tisse pas l’image de haut en bas ou de bas en haut, mais de gauche à droite ou de droite à gauche. L’idée est que quand la tapisserie sera suspendue, le squelette constituant la chaîne ne seront pas dans le sens de la suspension pour éviter que le poids s’appuie sur elle. Ça aide à la préservation de la tapisserie dans le temps. Les lissiers sont dans l’envers et dans un sens opposé. Le troisième point est que le lissier ne voit qu’une petite partie du dessin, ce dernier est enroulé au fur et à mesure de l’avancement. En plus du carton, les lissiers ont aussi des reproductions à disposition et les bobines. Ce sont eux qui choisissent en fonction du rendu qu’ils veulent. La laine est entourée autour de petites flûtes et cela va aider de faire passer les fils de trame au milieu des fils de chaîne. Les lissiers sont debout, le corps en avant avec les pieds sur des marches pour tirer et faire ressortir les chaînes.

C’est la manufacture Robert Four qui tisse actuellement la tapisserie du Voyage de Chihiro.

Quand on a fini, la tapisserie est bloquée sur les fils de chaîne et il faut donc venir couper ces fils. C’est ce qu’on appelle la tombée du métier à tisser. C’est assez émouvant, car on n’a jamais vu la tapisserie en entier, c’est la révélation de la tapisserie. La première est tombé le 25 mars 2022 et elle sera accrochée dans le grand amphithéâtre de la Cité. On a accroché des velcros à l’arrière et sur le montant.

Celle-ci est donc visible actuellement. La deuxième devrait arriver dès janvier 2022, puis les deux du Château Ambulant en avril et mai 2023.

La partie questions-réponses

Question du public : Est-ce que le lissier est un artiste qui peut exprimer sa créativité ou c’est vraiment un suivi du carton ?

Alice Bernadac : Il y a deux choses, à Aubusson, il y a des lissiers artistes, ce sont des lissiers qui tissent leur propre création, ils sont tous libres de le faire. Là, quand on part sur des projets comme ça, on part sur de la tapisserie d’interprétation, le lissier n’est pas la personne qui fournit le modèle de départ.

C’est un travail à quatre mains, on a un artiste qui a fourni une première œuvre et le lissier qui va venir en créer une deuxième à partir de celle-ci. Mais autrement, le rôle du lissier est très important. Ce sont eux qui réalisent tout le mélange de matière et de couleurs, ces choses sont beaucoup trop compliquées pour qu’on puisse l’anticiper avant le montage. On peut préparer des gammes, on fournit des matières, des consignes, mais le travail devant la tapisserie, c’est vraiment eux qui décident. On le voit quand on les met en concurrence sur des échantillons, on leur donne un même cahier des charges, un même dessin et pourtant, les propositions n’ont absolument rien à voir. On sélectionne aussi un atelier avec une sensibilité qui va résonner avec un projet. Il est essentiel de ce travail d’interprétation, ils apportent quelque chose à la tapisserie.

Question du public : Quand vous parliez de carton, est-ce que celui-ci est fait en cette matière ? Et où est-ce qu’il se place exactement ?

Alice Bernadac : Aujourd’hui, on utilise plutôt du papier et quand on est sur des grandes œuvres comme cela, on utilise une matière synthétique, car le papier a tendance à se déchirer. Le carton est enroulé sous la chaîne et ils bougent quand en enroulent la tapisserie.

Question : vous avez pris Princesse Mononoke, le Château Ambulant, le Voyage de Chihiro, Nausicaa de la Vallée du vent, je voulais savoir combien de films vous avez vu, là, vous avez surtout ses plus grandes œuvres.

Alice Bernadac : Ponyo, Totoro, Porco Rosso aussi, mais c’était plus difficile de trouver des images répondant à la monumentalité dedans. Vraiment, l’idée était de ratisser assez large et des images très tentantes ont été laissées en cours de route.

Fin de la conférence

Site officiel de la Cité Internationale de la tapisserie d’Aubusson

[1] Les groupements d’établissements (Greta) sont les structures de l’éducation nationale qui organisent des formations pour adultes dans pratiquement tous les domaines professionnels.

[2] Le « Tolkien Estate » est la structure juridique qui gère l’ensemble des droits en lien avec l’œuvre et les biens intellectuels de J. R. R. Tolkien.

[3] Le Studio Ghibli Inc. est un studio d’animation japonais fondé par Hayao Miyazaki et Isao Takahata en 1985. Il produit des longs-métrages et courts-métrages d’animation, ainsi que, dans une moindre mesure, des téléfilms, des séries et des jeux vidéo.

[4] Les verdures d’Aubusson marquent une appropriation du végétal, fixé dans la laine pour échapper à la marche des saisons et emplir l’intérieur d’un jardin en permanente floraison, une immersion chaleureuse dans un cocon aux histoires enchantées...

[5] Appelée aussi « Forêt Toxique », ou Fukai. C’est une forêt libérant des spores toxiques du fait de la pollution de l’Ancien Monde. Son rôle est de purifier les sols de la pollution en la transformant en cristaux inoffensifs. Elle est gardée par des insectes mutants géants, dont les ômus.


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