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Après-séance EXIT avec Lee Sang-geun
Onirik -> Cinéma -> Interviews - biographies -> Dernière mise à jour : le lundi 18 novembre 2019.
le jeudi 31 octobre 2019

retranscription de Marjolaine Ta

Une session de question-réponse a eu lieu après la projection du film EXIT, le film de Lee Sang-geum qui a fait l’ouverture du Festival du Film Coréen à Paris 2019. Il peut y avoir des révélations concernant des scènes et/ou l’intrigue du film dans cet article. Si vous ne voulez pas connaître ces éléments, il est préférable de revenir le lire, après avoir vu le film !

Présentateur : Veuillez accueillir sous un tonnerre d’applaudissements le réalisateur Lee Sang-geun !

Il a peut-être déjà un petit mot à vous dire, une petite déclaration au public qui vient de découvrir son film ?

Lee Sang-geun (réalisateur) : Merci beaucoup en tout cas d’être restés comme ça jusqu’au bout du film, et on peut commencer les questions.

Présentateur : Je vais commencer par poser une petite question, c’est une question sur un des charmes du film qui est vraiment le mélange des genres. Le film commence et on est persuadé que ça va être une grosse comédie, mais finalement d’un seul coup, à la fin du premier acte, on change du tout au tout vers le film catastrophe, cependant le film ne se départit jamais de son humour. Je voulais savoir ce qui lui tenait le plus à coeur quand il avait fait ce film, est-ce qu’il s’est dit que ça serait une comédie-catastrophe ou ça s’est développé un peu au hasard ?

Lee Sang-geun (réalisateur) : Alors non, c’était écrit dès le début, c’était mon intention de faire un film catastrophe qui soit quelque chose d’assez frais et qu’on n’a jamais vu auparavant. Et comme il n’y a qu’une première fois dans la vie d’un réalisateur, je voulais qu’il montre quelque chose d’un peu étonnant.

Question du public : Bonsoir, merci pour le film, je voulais savoir, comme la salle était très réactive à votre film, si vous avez été surpris par la réception par un public étranger de votre film. Et quels sont les moments où on n’aurait pas dû avoir de réaction et inversement là où on aurait dû en avoir ?

Lee Sang-geun (réalisateur) : En fait, je ne savais pas du tout que ce film allait être montré en France, jusqu’à l’an dernier. Voire même jusqu’au début 2019. En fait, j’ai été très surpris de la réaction du public, et je me dis finalement que le sentiment d’un être humain est universel. Le public réagit de façon positive là où je veux qu’il réagisse de façon positive, qu’il rit là où je veux qu’il rit. Et en même temps, parfois, je pense que la différence de culture joue, car bizarrement, parfois, il y a des moments où on n’est pas censé rire et là le public français rit, donc c’est toujours assez étonnant. Car il y a certaines choses qui sont vraiment propres à la culture coréenne. Mais sinon, je suis au contraire très heureux que le public réagisse aussi bien.

Question du public : Bonsoir et merci pour ce film excellent. Comme cela a été dit, l’équilibre et l’harmonie entre humour, action et catastrophe sont parfaits, à aucun moment ça ne pêche. Qu’est-ce qui a été le plus difficile à tourner ? Ce sont les scènes d’action prenantes et stressantes ? Ou les scènes d’humour irrésistibles, qu’est-ce qui a été le plus difficile à réaliser ?

Lee Sang-geun (réalisateur) : En fait, ce n’est pas spécifiquement un genre difficile à traiter dans le cinéma, pour moi, tout le film a été difficile et compliqué, car comme vous le dites, le plus dur était de trouver un équilibre entre ces différents genres. Mais comme pour moi c’était la première fois que j’avais un aussi gros budget pour faire un film, il y avait les scènes d’action qui étaient très difficiles et parfois le physique des acteurs ne pouvait pas suivre. Il y avait l’humour aussi, car je sais que l’humour forcé ne marche pas, donc je me demandais comment avoir un humour naturel. J’ai dû beaucoup travailler pour que tout fonctionne, tout a été très difficile.

Question du public : Bonjour, je voudrais savoir quel est votre plan préféré et celui qui a été le plus difficile à tourner ?

Lee Sang-geun (réalisateur) : Du fait que le film est vraiment un gros film avec un budget conséquent et une grosse équipe, il n’y a pas eu de scène si compliquée que ça grâce à cette équipe. Je dirais que les scènes les plus difficiles étaient les scènes d’escalade, car on ne pouvait pas tourner très longtemps en une journée, le temps nous était compté. Avec mon équipe technique, je pense qu’on s’est amélioré au fur et à mesure.

Et le plan que j’aime le plus, c’est lorsqu’on voit les deux personnages principaux qui vont tout juste sauter lorsqu’ils sont face à un énorme bâtiment. Et on voit qu’ils se partagent la poudre de craie sur les mains et puis ils se regardent. C’est vraiment la scène que je préfère.

Question du public : Merci pour ce film très divertissant. J’avais des questions et puis vous m’en avez vous-même soufflé une. Mon cousin à côté de moi aura une question sur votre bonnet après. Tout d’abord, je voulais savoir si l’acteur principal [1] était vraiment doué en escalade ou pas et s’il avait une doublure, car il est assez impressionnant en escalade, l’actrice également [2]. J’ai trouvé ça intéressant, car j’ai trouvé qu’il y avait un clin d’œil au film Titanic de James Cameron avec l’amoureux lâche qui s’enfuit et ce genre de scènes. Et par rapport à vos inspirations personnelles, je voulais savoir si vous aviez beaucoup joué à Mario Bros étant petit ?

Lee Sang-geun (réalisateur) : Alors ce bonnet, je l’ai acheté exprès en Corée avant de venir en France.

Par rapport à votre question, les acteurs se sont entraînés pendant des mois et des mois à grimper et s’habituer à la discipline de l’escalade. Il n’y avait pratiquement pas de doublure, ce sont eux qui ont pratiquement tout fait, sauf bien sûr les scènes vraiment compliquées ou dangereuses où on avait des cascadeurs sur le tournage. Mais tout ça, c’est la faute de Tom Cruise, car il a défini que les acteurs devaient absolument tout faire par eux-mêmes, alors les acteurs se sentent obligés de faire du mieux qu’ils peuvent, même si nos budgets ne font pas un centième des siens. On avait Mission Impossible face à nous lors de la sortie du film alors on s’est dit qu’il fallait le faire.

Question du public : Bonjour, merci beaucoup pour cet excellent moment, je viens de réaliser un court-métrage auto-produit. Je voulais d’abord savoir si vous pouviez me donner des conseils pour réussir dans la réalisation de mes projets, et si vous pouviez regarder mon travail et me donner des conseils par rapport à ce que j’ai fait ?

Lee Sang-geun (réalisateur) : En fait, je me reconnais parfaitement dans ce que vous dites car moi aussi j’ai été dans ce genre de situation, c’est quelque chose de très difficile et une question que je ne peux pas prendre à la légère.

Moi-même j’ai fait une école de cinéma, j’ai fait énormément de courts-métrages, je rêvais depuis très longtemps de devenir réalisateur de films, mais depuis l’idée que j’ai eu de faire ce film jusqu’à sa réalisation, cela m’a pris environ 7 ans.

Je ne sais pas du tout comment… Je pense que les industries du cinéma française et coréenne sont différentes, je ne sais pas comment on devient réalisateur de films ici, mais en Corée, on a tendance à penser que les jeunes réalisateurs qui débutent doivent écrire leur propre scénario. En fait, ce sont vraiment des jeunes qui essayent de créer, de montrer leur talent face à l’industrie du cinéma. Même pour moi ça a été quelque chose de compliqué, j’ai traversé des épreuves. Mais s’il y a une chose que je peux vous dire, c’est continuer coûte que coûte, car les gens qui sont paresseux ont tendance à se laisser aller et on finit par vite les oublier.

Donc il faut continuer à résister, à travailler. Et bien sûr, il y a dans tous les dialogues du film ces mots « courage », « vas-y », « on y croit ». En fait, ce sont des paroles dont je ne peux pas me tenir responsable, ce sont des choses que tout le monde dit, mais on sait que derrière tout ça, il y a des choses vraiment difficiles. Donc la seule chose que je pourrais vous dire, c’est de continuer coûte que coûte. J’ai moi-même pris beaucoup de temps pour réaliser mon premier film, je suis pas si jeune que ça, mais il faut garder l’esprit positif.

Concernant votre deuxième question, si vous avez un film à me montrer, si j’ai le temps, bien sûr que je regarderai et j’essayerai de vous répondre par mail.

Question du public : Bonsoir, merci beaucoup pour votre film, je l’attendais depuis la sortie coréenne avec impatience, alors je suis très contente de l’avoir vu ici. Je fais moi-même un peu d’escalade donc je sais à quel point cela peut être très difficile, donc pendant tout le film, j’étais très tendue et stressée. Je voulais savoir si vous pratiquiez et si vous aimiez cela, ou si quelqu’un vous avait inspiré.

Lee Sang-geun (réalisateur) : Dès le scénario, je ne sais pas pourquoi, je pensais que l’escalade serait assez intéressant comme sujet, donc c’est à partir de ce moment là que j’ai commencé à faire des recherches, à trouver des détails. Je me suis inscrit à un club où j’ai pratiqué pendant trois mois, on a recruté un coach qui était là tout le temps. Il nous a beaucoup aidés et a regardé l’itinéraire que pouvaient prendre nos personnages. Même aujourd’hui, quand je m’ennuie, il m’arrive de regarder les compétitions d’escalade, car c’est à la fois un sport physique, mais aussi un sport cérébral. On se fixe un but et on se demande comment atteindre ce but avec notre cerveau et notre force physique. Et je trouvais que ça collait très bien au film.

Question du public : Quelles ont été vos inspirations pour ce film ? Car quand on le voit, il fait penser à The Mist réalisé par Franck Darabont [3] et curieusement, il n’y a pas si longtemps que ça, il y a un film français aussi avec une fumée qui envahit Paris, et c’est amusant que deux films avec ce type de thème sortent avec très peu d’intervalle, je voulais savoir si vous l’aviez vu.

Lee Sang-geun (réalisateur) : Alors oui, j’ai vu le film The Mist et cette scène de brouillard. Concernant le film français, le titre international, c’est Hold your Breath et justement ça m’avait un peu perturbé. Le film français, j’ai vu la bande annonce du film, une semaine avant le début de notre tournage. J’ai vu que le sujet traité était vraiment très similaire et ça a commencé à me faire peur parce que j’avais peur qu’on traite mon film de plagiat, ou qu’il soit dit que c’était une imitation alors que ce n’était pas le cas. Mon scénario était écrit depuis très longtemps, et je me suis dit qu’à une semaine de tournage, je ne pouvais plus faire marche arrière, donc oui, j’ai été découragé. Mais après, je me suis dit qu’en tant que créateur, on vit dans une même société, dans un même monde, on partage les mêmes inquiétudes au même moment, donc il arrive parfois que des mêmes sujets soient traités. Donc je ne l’ai pas vu, car j’avais peur et je ne voulais pas avoir une quelconque influence après avoir vu le film. Donc je n’ai pas du tout été influencé, mais j’ai été surtout surpris qu’un réalisateur a eu des idées similaires.

Question du public : Quelle est l’idée de départ qui a fait émerger l’idée de ce film ? Je vois dans ce film un grand sauvetage, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à une catastrophe qui a eu lieu il y a quelques années en Corée et où le sauvetage n’a pas été très efficace. Avez-vous pensé à ça ? Aviez-vous envie que tous les sauvetages de la planète se passent comme le vôtre ? Bien et efficace.

Lee Sang-geun (réalisateur) : Je vois que vous portez un intérêt particulier à la société coréenne, en fait l’idée de ce film m’est venue il y a 7 ans. En prenant un taxi, il y avait la radio et ils parlaient des gaz toxiques ; Ils expliquaient qu’ils ne montaient plus au-dessus d’un certain niveau, et je me suis demandé « si les gens sont au-dessus de ce niveau, qu’est-ce qu’ils vont devenir ». J’ai donc commencé à penser à la fumer blanche, au gaz toxique et les personnes ne sachant pas où aller. Ce sont trois éléments qui représentaient bien la jeune génération coréenne aujourd’hui.

Ensuite, concernant le sauvetage, je pense en fait que même en Corée, beaucoup de personnes qui ont vu le film ont pensé au ferry Sewol [4]. Personnellement, ce n’était pas du tout une allusion, mais il se trouve qu’en Corée, on voit beaucoup de ces jeunes étudiants, lycéens travailler très tard le soir dans ces académies de cours particulier, c’est pourquoi je les ai montrés. Mais je pense que pendant longtemps lorsqu’on verra dans des films coréens des jeunes qui n’arrivent pas à être sauvé, on pensera à cette catastrophe.

Question du public : Une question par rapport aux acteurs, comme le scénario a été pensé et écrit il y a un moment, aviez-vous déjà en tête une idée des acteurs que vous alliez prendre ou vous avez fait un casting traditionnel. Et sinon, concernant l’actrice Lim Yoona, elle paraît très frêle et n’a pas du tout l’image d’une athlète, également pour l’acteur principal, Jo Jeong-seok, donc pourquoi avoir choisi ces deux acteurs ? Est-ce qu’ils étaient choisis par avance ou bien vous avez été séduit par leur jeu d’acteurs ?

Lee Sang-geun (réalisateur) : Vous savez en fait, les athlètes qui pratiquent l’escalade sont assez frêles et minces, ils ont des muscles et sont solides, mais ils n’ont pas de grosses carrures. En plus pourtant mon acteur, je trouve qu’il est plutôt bien, et Yoona aussi, on lui a mis des manches longues.

Et puis on a fait après le casting, ce n’est pas facile pour des acteurs d’être dans le premier film d’un jeune réalisateur. De plus, le film a un budget fixé, c’est difficile de se lancer, en tout cas, je pensais à eux. Après, on m’a proposé d’autres jeunes talents, mais il fallait quand même des acteurs assez bankable, le scénario leur a plu et finalement les deux acteurs ont donné leur feu vert. Donc j’ai eu beaucoup de chance. Il y a un moment, je pensais à eux, je les imaginais dans mon film, mais c’était vraiment un coup de chance. Et même si on ne dirait pas, les deux acteurs sont bien portant et je pense que j’ai aussi fait exprès. Si j’avais mis un acteur qui ressemble à Arnold Schwarzenegger avec plein de muscle, ça ne l’aurait pas fait. On n’a pas des voisins comme ça, il fallait rendre les personnages crédibles, mais qu’ils soient des messieurs et madames tout le monde en forme, ça ne devait pas être non plus des mauviettes.

Présentateur : Je vais maintenant vous laisser le mot de la fin, c’était sa dernière soirée à Paris.

Lee Sang-geun (réalisateur) : Je remercie vraiment le public d’être resté aussi tard, pour toutes vos questions vraiment super intéressantes. Ça me fait vraiment chaud au cœur que vous soyez restés aussi attentif jusqu’à la dernière question. En fait, c’était ma première fois à Paris, mais maintenant, je crois comprendre pourquoi tant d’auteurs et d’artistes sont inspirés par cette ville. J’espère que la prochaine fois que je viendrai, je pourrais rester plus longtemps et trouver une source d’inspiration. Je vous remercie encore une fois, j’ai passé un moment inoubliable dans ce festival.

Retranscription et photos de la conférence par M.TA pour Onirik.net

[1] Jo Jeong-seok que vous avez peut-être vu dans les dramas Two Cops, Oh My Ghostess, … disponible sur Netflix

[2] Lim Yoona, notamment connue pour faire partie du groupe de K-pop SNSD

[3] Film d’horreur américain d’après la nouvelle Brume de Stephen King, et sorti en 2007.

[4] L’affaire du naufrage du ferry Sewol est un drame qui a marqué la Corée du Sud en 2014


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