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Nothingwood - Avis +
Onirik -> Cinéma -> Critiques -> Dernière mise à jour : le mardi 13 juin 2017.

Nothingwood est le premier long métrage de la journaliste Sonia Kronlund



film afghan de Sonia Kronlund (2017)

Présentation officielle

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Nothingwood suit le cinéaste afghan Salim Shaheen et son équipe, à une centaine de kilomètres de Kaboul. Acteur, réalisateur, producteur et bonimenteur formidable, Shaheen profite de ce voyage pour montrer ses films et tourner son 111ème film. Ses comédiens sont majoritairement non-professionnels et en recherche de divertissement, d’émerveillement et de dépaysement, dans un pays en proie aux guerres depuis plus de trente ans.

Avis d’Anna

Connue notamment pour son travail sur l’émission documentaire Les Pieds sur Terre sur France Culture et son livre Nouvelles du réel (2012, Actes Sud), Sonia Kronlund avoue que « quelque chose m’avait échappé dans ce pays », malgré les années qu’elle a passées en Afghanistan à couvrir les guerres, les conflits ethniques, et les nombreux faits divers relatant des attaques à l’acide ou encore des lapidations.

Ce qui lui a échappé c’est précisément Salim Shaheen. Cet amoureux du 7ème art est un maître de la débrouille à haut niveau. Lorsqu’ils se rencontrent, le réalisateur tourne simultanément 4 films. Le rythme est assidu, le ton diligent et le pas déterminé.

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Salim Shaheen

Pourtant, il tourne généralement avec des fans qui se transforment le temps d’un rôle en héros de cinéma. Mais de ses film d’actions, drames, ou encore dans ses comédies, Shaheen reste fidèle à Qurban Ali, un de ses acteurs fétiches. Ils se rendent d’ailleurs ensemble jusqu’à la province de Bamiyan pour tourner un film, là où de nombreuses statues de Bouddhas, vieilles de 1500 ans, ont été détruites par les talibans.

Sonia Kronlund et son équipe suivent Salim Shaheen dans son travail au quotidien en Afghanistan et partent à la rencontre de ses amis et collaborateurs, avec lesquels il a notamment travaillé en période de guerres et de conflits. La réalisatrice est à la fois devant et derrière la caméra, mais aussi en narratrice de son film. Ce dispositif nous permet de découvrir l’homme, l’envers du décor, son travail et ses relations avec son équipe.

Mais il nous laisse également découvrir un autre visage de ce pays. Toutes les ressources trouvables et imaginables sont mises à contribution : d’un âne rencontré dans un village, à son fils, mais aussi de petits mensonges pour s’attirer la bienveillance des autorités.

Au fil de leur voyage, le cinéaste révèle sa passion pour le cinéma indien et comment Bollywood a fait naître chez lui très jeune un désir artistique. Mais cela lui a aussi permis de faire éclore une autre vocation, sociale cette fois-ci, pour son peuple. Pour lui : «  un réalisateur doit secourir les faibles ».

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On découvre ainsi que le cinéma et la création artistique constituent des planches de salut autant pour son peuple, que pour Salim Shaheen. D’ailleurs, un des témoins du film déclare que : « c’est lui qui nous a poussé à jouer dans des films pour qu’on ne pense plus à la guerre ».

Cependant, dans cette bonne humeur apparente, cette culture de la débrouille et cet amour contagieux pour le cinéma, un élément important de la population manque cruellement : les femmes. On ne voit dans les différents tournages qu’une seule jeune fille qui joue brièvement une scène de chant. À cette seule exception, on ne fait qu’apercevoir des silhouettes évasives de femmes, généralement en arrière plan. Le problème est tel que c’est Qurban Ali qui se travestit pour jouer un rôle féminin.

Cela illustre l’absence cruelle de voix et de visages féminins dans le cinéma afghan, aussi bien devant que derrière la caméra. Cela s’applique également au métier de danseuse ou tout autre carrière artistique dans lesquelles les femmes sont très peu présentes, voire non-représentées.

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Sonia Kronlund et Salim Shaheen

Heureusement, quelques exceptions existent à l’image de la cinéaste iranienne Rokhsareh Ghaem Maghami et de son film Sonita (2015) qui retrace l’histoire de la rappeuse afghane Sonita Alizadeh. Mais il y a aussi et surtout Shahrbanoo Sadat qui, à 26 ans, a été la première réalisatrice afghane à présenter son film à Cannes en 2016. Avec son Wolf and Sheep, elle dépeint un Afghanistan loin des guerres et des bombes, où il est question de la vie rurale et de ces afghanes vivant en liberté surveillée et dont certains préjugent de leur incapacité en tous.

Ainsi, Nothingwood est un film qui ne manquera pas de vous surprendre et de vous faire sourire par les nombreux comiques de situation que l’on y trouve, autant que par l’inimaginable imagination de son protagoniste principal. On ressort de sa projection avec le sourire, de l’espoir pour cette troupe de saltimbanques et l’envie de voir davantage les exploits de cet homme bigger than life qu’est Salim Shaheen.

Fiche technique

Sortie : mercredi 14 juin 2017
Durée : 85 minutes
Avec : Salim Shaheen, Qurban Ali
Genre : Documentaire
Distributeur France : Pyramide

L'auteur Anna Rabe
Son site : Kulture Fokus
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du 19 au 29 octobre 2017


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