Onirik
Leila - Avis +
Onirik -> Cinéma -> Critiques -> Dernière mise à jour : le dimanche 3 décembre 2017.

Inédit au cinéma, ce film date de 1996



film iranien de Dariush Mehrjui (2017)

Présentation officielle

Leila et Reza, couple moderne iranien, sont ravis de leur mariage récent. Lorsque la mère de Reza apprend la stérilité de sa belle-fille, elle entreprend de convaincre son fils de changer d’épouse. L’oppression de cette mère étouffante et le poids de la tradition semblent mener droit à l’effritement du couple.

Avis d’Anna

Le film, à travers le personnage de Leila, s’intéresse aux dynamiques familiales en Iran et à l’importance de la fertilité dans l’institution du mariage. Dans cette société, un mariage réussi est une union féconde. Pourtant la fertilité est un fardeau qui incombe, quoi qu’il en soit, qu’à la femme. Les éléments de langage des personnes, surtout féminins, renforcent cette notion.

La vie de l’héroïne est le théâtre d’une tragédie où amour, sacerdoces, sacrifices, traditions et souffrances sont parties prenantes. Ainsi, dans ce monde, certaines femmes, qu’elles soient mères, sœurs ou épouses, imposent et perpétuent cette dictature de la fertilité. Elles deviennent ainsi les bourreaux d’autres femmes livrées aux regards hostiles et peu cléments de la société. Le poids de la perception extérieure est immense et les figures de la belle-mère et de la tante en sont des exemples flagrants. L’omniprésence, l’ingérence et la culpabilisation dont elles font preuve forment une nuisance terrible pour ce couple.

En même temps, cela permet de constater la modernité du couple formé par Leila et Réza. Leur amour et leur mariage ne rentrent pas dans les normes de la société iranienne ni de leurs familles. Elle veut lui donner des enfants et ne pas décevoir sa famille et ses beaux-parents. Lui ne veut rien de tout cela, juste l’aimer et la rendre heureuse. Ce couple est le symbole d’un pays et d’une société en pleine mutation, où la perception du bonheur mue ainsi que les préjugés sur l’infertilité. Le bonheur n’est pas nécessairement ancré dans la procréation et la famille, et leur union en témoigne.

Il est évident Dariush Mehrjui s’intéresse à la condition féminine et l’explore à travers ses films. Cela est notable dans son casting qui concentre ici un grand nombre de personnages féminins de premiers plans qui mettent en lumière la disparité des femmes dans la société iranienne. Il s’affranchit des carcans et peint dans son cinéma une vision futuriste de son pays, où individus, traditions, modernité et amour ont leur place et peuvent coexister. Ainsi, les tribulations de ce couple ne représentent pas de menaces pour la famille ni la nation, mais participent au contraire de la normalisation de situations considérées comme tabous. Le refus du mari de répudier sa femme en est un testament.

Quant au personnage de Leila, elle incarne aussi une certaine idée de la femme iranienne, entre traditions et modernité. Son couple, son quotidien et sa famille sont chroniqués ici presque de façon documentaire par un réalisateur soucieux du détail et de souligner l’aspect répétitif des journées de celle-ci.

Il laisse également entrevoir le poids de l’éducation et des traditions sur cette femme qui peine à procréer, mais aussi à exister en tant qu’individu dans son couple et dans sa belle-famille. Son existence et son rôle d’épouse ne sont vus que par le prisme de la maternité. Elle n’est légitime comme épouse que si elle a un enfant. Chose que sa belle-mère renforce avec ses tractations. On constate ainsi sa souscription à une vision traditionaliste et hétéronormative du couple et des rôles que chacun y occupe. Elle n’a pas de travail, prend soin du foyer et cuisine pour son mari. Réza, lui, travaille et est un homme en accord avec son temps. Il est un allié indéfectible de son épouse, la soutient et considère leur union comme un échange et non une dictature. Pourtant, elle en vient à penser qu’un enfant est la seule chose qui légitimera son union auprès de la société et surtout de sa belle-mère. Elle appuie par cela le problème constamment soulevé dans le film qui est la perception, des autres et de la société.

Dans sa mise en scène, le réalisateur se joue des symboles qu’il disperse à travers le film, comme le Sholezard, un dessert iranien servi pour célébrer la nouvelle année (Nowruz), le Solstice d’été (Tirgan) mais aussi durant le Ramadan. Ce dessert traditionnel est un moment de partage, de réunion et de convivialité pour les familles, que l’on retrouve comme un motif à l’ouverture et à l’épilogue du film. Il illustre un pilier de cette société ou la famille tient une place primordiale et rappelle les personnages à leurs valeurs et à leurs traditions.

Il participe également des éléments qui font de ce drame un huis-clos atypique dont les murs sont invisibles mais omniprésents. On retrouve cela notamment dans la mise en scène de la répétition du quotidien de Leila et de son couple, dans les coups de téléphone de la famille, les perles ou encore les scènes dans la voiture. Ces séquences répétitives s’alternent et varient, mais les sujets sont toujours les mêmes et les symboles constants. Ces éléments fonctionnent en circuit fermé avec pour unique et ultime but la procréation, créant un effet anxiogène palpable. Avoir un enfant devient ainsi une sentence inévitable et non plus un événement heureux qui participe du désir et de l’amour. C’est un verdict pour le couple et pour la belle-mère qui, dès le départ, parle sans cesse de la nécessité de perdurer la lignée, chose que seul son fils unique peut faire.

Leila est un testament du talent tout en subtilité de Leila Hatami, dont c’était seulement le 3e film. Sa performance tout en retenue est à l’image de l’ensemble du film qui ne verse pas dans le pathos. Le réalisateur traite avec une précision et une certaine froideur du tabou de la fertilité et du mariage d’amour. De la voix-off, aux plans très cadrés, à la quasi-inexistence de musique extra-diégétique, le spectateur est plongé en immersion dans la tête de Leila, et dans la vie de ce couple. Ce film, sorti en 1996, est dérangeant de réalisme et de modernité pour son temps et ne vous laissera pas indifférent.

Fiche technique

Sortie : 6 décembre 2017
Durée : 124 minutes
Avec : Leila Hatami, Ali Mosaffa, Jamileh Sheikhi, Mohamad Reza Sharifinia, Turan Mehrzad, Amir Pievar
Genre : Drame
Distributeur : Splendor Films

L'auteur Anna Rabe
Son site : Kulture Fokus
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