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Interview de Choy Kiu-Sok
Onirik -> Littérature -> Interviews, bio et bibliographies -> Dernière mise à jour : le lundi 10 juillet 2006.

Choy Kiu-Sok est un jeune homme d’une petite trentaine d’années à l’allure juvénile. Long et fin, il dégage une forte impression d’intelligence, de sensibilité, d’empathie. Bien que la communication soit impossible car il ne s’exprime qu’en coréen, il transmet beaucoup d’informations seulement par ses mouvements, ses gestes, son attitude corporelle. Avec du recul, il nous rappelle un auteur comme Joann Sfar (bien que leurs coups de crayon soient totalement différents) qui conjugue le talent à plusieurs niveaux et fait passer beaucoup plus que des couleurs et des émotions par ses dessins. Il nous offre une pensée riche, gratifiante qui amène une réflexion créative.

Lors de son passage à Paris pour le Japan Expo, le 7 juillet 2006

Onirik : Comment en êtes-vous arrivé à adapter le roman d’Ahn Do Hyun (Nouilles Tchajang) ?

Choy Kiu-Sok : En Corée du Sud, il est courant de transposer des romans sur un format BD, c’est d’ailleurs souvent le cas pour rendre accessible une oeuvre aux plus jeunes. Pour le livre d’Ahn Do Hyun, ils ont cherché des dessinateurs alors que je terminai mes études [1]. J’ai été choisi. J’ai souhaité que cette transposition soit destinée à un public adulte et non pas perdre sa portée en la destinant seulement à des enfants.

Onirik : Que pensez vous du commentaire de l’auteur "A mon avis, Nouilles Tchajang est un manhwa [2] à savourer lentement car la fraîcheur de ses dessins, pareils à des aquarelles, a la qualité rare de stimuler l’imagination poétique...". Comment s’est déroulée votre collaboration ?

Choy Kiu-Sok : Je pense qu’il a été satisfait de ce que j’ai fait de son roman. Beaucoup de métaphores (l’oignon, par exemple) étaient assez opaques et je les ai interprétées selon ce que j’en comprenais. Au départ, nous avons échangé, mais j’ai eu le sentiment que je devais avancer avec ma propre création. C’est une réelle interprétation qui a eu le mérite de plaire à l’auteur initial.

Onirik : Dans Nouilles Tchajang, pourquoi passez-vous de la couleur au noir et blanc quand le narrateur se retrouve bien des années plus tard avec une vie ordinaire ? Est-ce pour décrire une vie terne qui attend ceux qui vieillissent ?

Choy Kiu-Sok : Ahn Do Hyun décrivait l’âge adulte en le comparant au devenir d’un employé sans ambitions. Il a la vision d’une perte irrémédiable de ce que nous avons de mieux : la jeunesse. Le noir et blanc s’est donc imposé comme la transition idéale pour imager l’importance de ce deuil.

Onirik : Vous êtes membre du trio d’auteurs de manhwas ayant pour nom Métamorphose en trois étapes. Pouvez vous nous en dire plus sur ce groupe ?

Choy Kiu-Sok : Nous nous sommes réunis pour promouvoir notre vision du manhwa. Comme nous avons des points en commun (dessins plus réalistes ne ressemblant pas au trait nippon, scénarios plus fouillés ou poétiques, etc.), il nous a semblé logique de nous rapprocher pour défendre nos positions. Les autres dessinateurs sont Byun Ki-hyun [3] (avec qui j’ai réalisé Nouilles Tchajang) et Suk Jung-Hyun.

Onirik : Quelle est la situation de la BD en Corée ?

Choy Kiu-Sok : Les manhwas (mangas coréens) servent à de nombreux buts. On adapte des romans pour les enfants, il y a des manhwas à buts uniquement commerciaux ou éducatifs. On en trouve dans nos quotidiens ou magazines d’une longueur d’un strip ou de plusieurs pages. Certains sont des copies ou adaptations des mangas japonais... Mais avec la crise de 97, le marché s’est effondré au point où des boutiques de locations de manhwas se sont ouvertes un peu partout. Et comme vous le savez, la location ne rapporte rien à l’auteur ou l’éditeur. Depuis peu, la situation commence à s’améliorer avec notamment un courant alternatif qui touche un public différent et s’exporte. Mais je sais déjà que je ne deviendrai jamais riche avec mes livres.

Onirik : Vous avez travaillé sur l’adaptation d’un roman sans en faire le scénario. Par contre vous êtes le scénariste des deux prochains livres édités en France chez Casterman (L’amour est une protéine, Le marécage). Avez-vous apprécié cette expérience ?

Choy Kiu-Sok : Oui, c’est vraiment quelque chose que j’aime faire, passer mes idées ! Bien qu’avec Nouilles Tchajang, j’ai travaillé à partir d’une histoire déjà écrite, je l’ai interprété, adapté selon ma compréhension du texte. C’est vraiment un plus dont je profite et qui me réjouit. De plus, je ne m’attache pas un seul style de dessin et cela fait également partie de ma communication.

Onirik : Pour parler d’un sujet plus trivial, avez-vous regardé la Coupe du monde de football ?

Choy Kiu-Sok : Euh... Notre équipe n’a pas vraiment bien joué. Le football est récent chez nous et on n’a pas vraiment de grands footballeurs. Lorsqu’il ne s’agit que des joueurs coréens, on peut difficilement rivaliser avec les stars du ballon rond.

Onirik : Pour terminer sur une note générale, que vous inspirent les lancers de missiles qu’a effectués la Corée du Nord ? Quel est le sentiment de vos compatriotes ? [4]

Choy Kiu-Sok : Nous sommes inquiets, bien sûr. Ce n’est pas pour autant qu’il faut ajouter foi à tout ce qui se dit. On oublie de prendre en compte que la Corée du Nord n’a encore rien communiqué sur le sujet et tant qu’ils ne le font pas, il est difficile de se faire un avis avec une seule version des faits. Jusqu’à il y a peu, nos dirigeants communiquaient régulièrement, se rencontraient. C’est à prendre en compte.

Onirik : Merci pour le temps que vous nous avez consacré. Nous vous souhaitons un bon séjour en France.

Choy Kiu-Sok : Merci à vous !

Un grand merci à notre interprète, Kim Kyungmin, pour son talent et sa gentillesse et merci à Casterman pour l’organisation de la rencontre

Interview de Damien Dhondt, propos recueillis par Valérie Revelut

Japan Expo

[1] il est diplômé du département de bande dessinée de l’université de Sangmyeong

[2] mot qui désigne la BD en Corée, équivalent du manga japonais

[3] Lotto Blues (Casterman, collection Hanguk)

[4] En plus leur portée leur permet d’atteindre l’Allemagne. On ne peut rêver mieux pour gâcher le mondial de football.

L'auteur Valérie Revelut
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L'auteur Damien Dhondt
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