Interview de Brenda Novak – VF

Onirik : Votre trilogie Dead (traduite en français par “noir”) est palpitante. Il me tarde de lire le troisième tome qui paraîtra en France en mars 2008. L’intrigue est solide, maîtrisée et originale. Est-ce que c’est la partie de votre travail qui vous donne le plus de difficultés ?

Brenda Novak : L’intrigue peut se révéler difficile pour moi parce que je ne la définis pas vraiment avant de commencer un livre. Il faut que je sois surprise et divertie tout le long de l’écriture, et si je dois déjà avoir trouvé les tenants et aboutissants avant de terminer, l’ennui s’installe. Je veux aussi que mes intrigues soient très “organiques”. En d’autres termes, je veux les voir se développer et évoluer en dépendant des personnages. Dans le langage des écrivains, nous disons « évoluer à partir des caractères », ce qui signifie tout simplement que nous voulons que l’intrigue devienne la conséquence naturelle de ce que les gens sont et évolue en fonction du caractère de chaque personnage, selon les circonstances.

Onirik : La culpabilité sous toutes ses formes est le thème le plus important de la série Dead. Cela donne une vraie profondeur et un aspect bouleversant à ces romans. Qu’elle est votre motivation pour en faire ainsi le fil rouge ?

Brenda Novak : Le thème de la rédemption se retrouve dans beaucoup de mes romans. En fait, c’est intentionnel. On pourrait même dire que ce thème surgit de lui-même. Je pense que le fait qu’il apparaisse si souvent est le reflet de ce qui pour moi est important, à savoir peut-être ou non avez-vous fait une erreur, mais peut-être ou non êtes vous capable de triompher de cela.

Onirik : Vous semblez apprécier les fins surprenantes, avec un montage cinématographique. Est-ce votre idée et pourquoi ce choix (en fait plutôt rare dans les séries de romantic suspenses) ?

Brenda Novak : J’apprécie la complexité, les histoires émotionnelles qui me stimulent… me poussent à penser différemment ou à regarder les choses d’un nouvel œil. Peut-être est-ce pourquoi j’opte pour les fins qui ne sont pas téléphonées mais ce n’est pas vraiment un objectif que j’ai en tête lorsque je travaille.

Onirik : Est-ce que cela vous a donné plus de difficulté d’écrire ces romans à base de suspense, le rythme étant plus nerveux et demandant de solides rebondissements pour éviter l’essoufflement ?

Brenda Novak : Ajouter tout ce qui concerne l’aspect suspense rend un roman plus difficile et en quelque sorte plus facile à écrire. Pourquoi les deux ? L’écriture est plus facile quand vous avez plus d’outils à votre disposition pour retenir l’attention du lecteur. Mais, l’écriture est plus difficile alors car ces éléments requièrent de ma part des connaissances sur les procédures policières et sur tous les aspects judiciaires et pénaux, et alors toute l’intrigue se doit d’être conforme et bien élaborée.

Onirik : Lorsque vous écrivez vos intrigues, avez-vous vos propres critères ou limites ou est-ce que les maisons d’édition vous fixent des frontières à ne pas dépasser, ou des tabous ?

Brenda Novak : Heureusement, j’ai mes propres limites. Harlequin ne m’en fixent jamais, bien que je pense qu’ils m’avertiraient s’ils pensaient que j’ai écrit quelque chose qui pourrait me faire perdre des lecteurs.

Onirik : Vos histoires sont focalisées sur le cercle familial (ou clan ici). Les rapports parents/enfants, frères et sœurs, est-ce un sujet qui vous tient à cœur ou la complexité des relations humaines qui vous intéresse ? Il sont seuls, victimes de la rumeur d’une petite ville américaine (non idyllique comme dans La petite maison dans la prairie, série qui était très appréciée des Français) mais plutôt comme dans le film Fury de Fritz Lang, qui dénonce les pulsions des individus et la difficulté des institutions à les contenir en certaines circonstances (comme dans .la série Dead ou encore Cold feet (l’étrangleur de Sandpoint), ou encore Taking the heat (Les fugitifs). Qu’en pensez-vous ?

Brenda Novak : J’adore le thème de la dynamique de la famille, tout simplement parce que c’est très complexe. Nous pouvons aimer notre famille mais ne pas les apprécier. Quoi qu’il en soit, ils restent notre famille aussi longtemps que nous essayons de nous débarrasser des sentiments que nous éprouvons pour eux, cependant, il y aura toujours quelque chose qui restera. Les relations au sein du clan familial sont les plus difficiles que nous ayons à gérer, simplement parce qu’elles révèlent beaucoup de nous… Cela ajoute bien des drames et des conflits qui rendent un livre intéressant.

Onirik : Vos personnages sont souvent marqués par des tragédies notamment venant de leur enfance. Ainsi Clay, abandonné par son père dans Noirs soupçons, ou Madison, traumatisée par ce qu’a subi sa famille ; son père étant accusé d’être un serial killer dans L’étrangleur de Sandpoint, Grace, abusée par son beau-père dans Noirs secrets, ou encore Gabrielle, abandonnée par sa mère, dans les fugitifs. Ils essayent de vivre avec ce passé qui les hante. Les héros apprennent souvent à s’apprécier et à s’aimer en changeant beaucoup et en réfléchissant beaucoup sur eux mêmes. Est-ce que ce qui vous intéresse est justement cette évolution des personnages principaux ?

Brenda Novak : C’est quelque chose qui arrive instinctivement. J’ai souvent donné à mes personnages principaux un lourd passé parce que ce sont ces difficultés qui les forgent (comme tout un chacun) intérieurement et les font ce qu’ils sont. Ceux qui n’ont jamais souffert ne ressentent pas de sentiments profonds. J’aime explorer comment les gens franchissent les épreuves et c’est ce qui est représenté dans mon travail. J’aime le thème du triomphe envers et contre tout, autant que le thème de la rédemption, je crois. Après tout, ils fonctionnent tous les deux ensemble.

Onirik : Vos “romances” sortent vraiment de l’ordinaire. Il semble que vous aimiez pousser les limites de ce genre. Ainsi votre livre Big girls don’t cry (Puisqu’on ne vit qu’une fois) m’a vraiment passionné, la bigamie étant traitée de façon émouvante, ni mélodramatique, ni légère. J’ai été assez surprise de remarquer dans ce roman que votre récit contourne certains critères bien définis de la romance Harlequin. Le happy end est nuancé. De quel style cherchez vous à vous rapprocher ou vous éloigner ?

Brenda Novak : Je pense que j’essaye simplement de placer ma petite touche personnelle. Mes romans sont une extension de ce que je suis en tant qu’être humain. Je n’ai jamais essayé de créer quelque chose de particulièrement différent, mais juste d’explorer ces aspects que je trouve plus intéressants et beaucoup d’entre eux impliquent des situations moralement équivoques.

Onirik : Quels sont vos auteurs favoris ? Inspirent-ils vos propres livres ?

Brenda Novak : J’aime les fictions historiques. Philippa Gregory [[NDT : l’auteur de The other Boleyn girl, dont l’adaptation est sortie au cinéma]], est un de mes auteurs favoris, ainsi qu’un nouvel auteur que j’ai découvert récemment, Brenda Rickman Vantrease. J’apprécie aussi les histoires criminelles, car elles m’aident à me convaincre qu’il y a quelque chose de vraiment dérangé chez certains individus, et aussi me donnent du grain à moudre en m’apportant les éléments de suspense que je distille dans mes romans. Mais je peux également inclure dans mes auteurs favoris Susan Elizabeth Phillips, Janet Evanovich, Barbara Taylor Bradford, Ken Follett, et James Clavell. Ils m’ont tous inspirés, me poussant à mieux écrire, à essayer encore et encore, pour aboutir à présenter la meilleure des histoires possibles.

Onirik : Avez-vous des révélations à nous faire sur votre prochain roman qui paraîtra l’été prochain ? (je pense qu’il s’agira d’une nouvelle trilogie, un romantic suspense ?). I don’t wait the translation… I’ll read in english…

Brenda Novak : La prochaine trilogie est actuellement le début d’une série (ce qui signifie qu’il y aura plus de livres qui seront reliés entre eux d’une manière ou d’une autre, au-delà initialement de trois). L’intrigue repose sur un groupe de victimes dont le point de départ est trois femmes qui savent de quoi elles parlent s’agissant de violence criminelle, pour en avoir fait l’expérience dans leur passé. Dans le premier tome, Trust me, l’héroïne doit se confronter avec son passé qui ressurgit alors qu’elle s’efforce de conserver toute son énergie pour réussir à aider les autres. Je pense que c’est probablement mon meilleur livre à ce jour, alors je suis vraiment impatiente de voir si les lecteurs vont l’apprécier.

Vous vous débrouillez bien en anglais. Je suis très impressionnée et sincèrement j’aimerais être bilingue. Je vous envie ! Merci pour cet interview !

Bonne année !

Brenda