Onirik
Rencontre avec Tomi Ungerer
Le 21 mars 2018

Nous avons eu la chance, mardi matin -qui tombait avec la journée mondiale du conte- de rencontrer l’un des plus grand conteur de notre époque, Tomi Ungerer. Au coeur de la Maison de l’Alsace autour d’un délicieux petit-déjeuner (kouglof et jus de pommes garanti 100% locaux), l’homme s’est révélé, comme à l’accoutumée, joyeux et impertinent. A la question sur le fait qu’il soit devenu -chose rare- un classique de son vivant, il répond dans un éclat de rire "parce que j’ai transgressé toutes les règles." [1]

D’emblée, il s’excuse de garder son chapeau, qui lui sert "d’abat-jour", car ses yeux sont très sensibles à la lumière. Puis, il se lève, se dandine et nous dit "je vous demande aussi d’admirer ma belle redingote, c’est ma fille [Aria Ungerer] qui me l’a achetée hier, pour trente euros. Elle est belle et ma fille aussi". La salle est morte de rire, séduite par son humour et la langueur de son accent alsacien, identifiable entre tous.

Né en 1931 à Strasbourg, il vit de plein fouet les affres de la montée du nazisme. Son père meurt alors qu’il n’a que trois ans. Il raconte volontiers que c’est son frère aîné qui a alors pris le relais de son éducation, lui donnant un mot compliqué par jour, à trouver dans le dictionnaire. Le premier était "anthropophage". Pour lui, c’est ce qui a déclenché son amour des mots, et aidé à identifier ce qu’il a plus tard découvert comme étant de la dyslexie. Et il en est fier. Cette divergence lui donne la liberté nécessaire pour laisser voguer son imaginaire.

La parution de son dernier ouvrage, exceptionnellement rédigé directement en français -Tomi Ungerer est trilingue français-anglais-allemand mais n’écrit qu’en anglais-, était le prétexte de cette rencontre animée par Alexandre Lacroix, directeur de la rédaction de Philosophie magazine. Ni ou ni non, publié à L’école des loisirs, compile les meilleures sessions de questions/réponses que l’auteur a échangées pendant près de quatre ans avec des enfants dans la rubrique courrier. Que des questions existentielles, bien sûr, et des réponses qui tombent sous le sens, ou le nonsense, si l’on connaît Tomi Ungerer.

Les questions, savoureuses, ne tournent pas autour du pot, et n’ont jamais donné de fil à retordre à Tomi, qui avoue écrire dans la spontanéité, comme l’idée lui vient. Il répondait à la rédaction par fax, cet ancêtre de l’email, qui est l’objet le plus moderne chez lui, dans sa maison au fin fond de l’Irlande. Le seul fax arrivant dans la rédaction de Philosophie magazine était donc le sien, avec des petits dessins et des ratures, ce qui faisait tout le charme de l’échange. Pour chaque question, une réponse sans détour, sans tricherie, mais toujours dans l’humour et l’honnêteté. Les enfants n’aiment pas qu’on leur mente.

Tomi Ungerer se qualifie lui même "d’agent provocateur", et pour lui "la provocation n’est qu’une forme de distraction". A bientôt 87 ans, il est loin d’avoir dit son dernier mot. Son prochain ouvrage aura pour thème un sujet universel, qu’il connait bien, les réfugiés. A une journaliste qui lui fait remarquer que finalement la clef de sa pédagogie est de stimuler l’imagination de ses jeunes lecteurs, l’homme répond, yeux émerveillés et trublion en diable, "oui c’est tout à fait ça ! Vous avez mis le doigt dessus ! Vous avez pondu un très bel oeuf, là !" On vous avait prévenu, toujours joyeux et à jamais impertinent !

Crédit photo : Claire Saim/Onirik, Tomi Ungerer à la Maison de l’Alsace, le mardi 20 mars 2018

Claire

[1] Un musée entier lui est consacré à Strasbourg.


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