Onirik
Questions à Emma Cline
Le 29 septembre 2016

Emma Cline est une jeune femme tout en nuances, en subtiles finesses, cela se constate dans son premier roman The Girls mais également dans sa manière d’être, dans son sourire, ou lorsqu’il tombe et révèle un être plus grave. La jeune Californienne est venue en France et a été reçue par la librairie Gallimard (le 23 septembre 2016) où nous avons pu la rencontrer au milieu de ses fans, nombreux, pour lui poser nos questions.

La responsable du lieu a tenté de diriger ses questions vers l’affaire Charles Manson, car effectivement, la romancière s’appuie sur les meurtres de la Family pour dérouler une intrigue qui en fait s’attarde bien plus sur les pensées et la construction de la psyché d’une toute jeune adolescente, Evie. L’action principale se déroule durant l’été 69, au moment où les meurtres sont commis par les disciples de Manson.

Emma Cline a refusé de s’appesantir sur l’affaire, même si elle a précisé que les assassinats de Sharon Tate et de ses amis comme les autres exactions du groupe sectaire ont tellement marqué la Californie qu’ils font partie de sa mythologie. Le traumatisme est tel, qu’elle en parle comme de la perte de l’innocence de l’État. On était en plein mouvement Peace & love, et si les hippies étaient loin de faire l’unanimité parmi la population, ils partageaient avec elle l’amour de son prochain et les bons sentiments. En écrivant ce roman, elle avoue tout de même avoir voulu - à sa manière - exorciser cette ombre néfaste qui plane sur ses concitoyens.

Elle ne veut pas qu’on résume son livre à l’Affaire, pour elle s’est surtout un livre initiatique sur l’adolescence, sur les femmes, leurs désirs, sur la violence générée de leur conditionnement. Ce que l’on confirme, bien sûr. D’ailleurs, de ’cette famille’ dont elle a changé les noms et en a restreint le nombre, elle a également éliminé les idées politiques, racistes ou sectaires pour ne garder que le mécanisme d’embrigadement émotionnel et narcissique.

Mais surtout, Evie, l’héroïne du roman, n’est fascinée que par la charismatique Suzanne, non pas par une idéologie qui certes l’interroge, mais sans plus. Comme le dit Emma Cline, elle n’a qu’une envie, à ce moment délicat de sa maturité, où les émotions sont tumultueuses, les sensations vives et extrêmes, être vue, vraiment remarquée. Vue par une fille plus âgée, qu’elle admire voire vénère, comme une version idéalisée d’elle-même. C’est l’âge de la superficialité.

Un lecteur a demandé si ce mécanisme sectaire ne pouvait pas faire penser à Daesh. Elle a répondu que bien sûr, et qu’actuellement, nous vivions dans une période de vulnérabilité. Mais elle n’a pas voulu s’intéresser à la violence masculine, plus commune. Elle a souhaité explorer celle des femmes, cette façon qu’elles ont de diriger majoritairement la violence contre elles. Elle pense à l’anorexie, la scarification, comme d’autres manifestations psychologiques de leurs frustrations.

On lui a demandé si elle avait écrit pour les adultes ou pour les adolescents puisque le personnage principal analyse son passage de l’enfance à l’adolescence. Il est évident pour elle que ce texte est destiné à un public majeur, car même s’il n’y a pas de descriptions des meurtres, le sujet comme la complexité des émotions et de l’introspection d’Evie sont difficilement préhensiles par les plus jeunes.

Elle a travaillé pendant trois ans sur The Girls, puis elle a pris un été pour s’y concentrer à fond et d’une manière intensive. C’est à ce moment-là qu’elle a écrit les passages les plus difficiles et elle s’est rendu compte que c’est aussi là qu’elle avait mis le plus d’elle-même. Son meilleur moment d’écriture ? Lorsqu’elle a terminé le premier jet !

Elle vient d’une famille de cinq filles et elle est l’aînée. Si elle a mis d’elle-même, nous précise-t-elle, c’est qu’à l’adolescence, elle (ou ses soeurs) a été confrontée aux conséquences des choix qui sont alors faits sans la connaissance des répercussions. C’est un l’âge où les jeunes filles ont des idéaux élevés, mais où tout peut basculer à cause d’une mauvaise décision, fatale décision.

Les droits du film ont été achetés et on lui a proposé d’écrire le scénario. Elle a refusé, car pour elle du moment où son manuscrit est terminé, il appartient au passé. D’ailleurs, cela lui permet de repousser la pression de la promotion et du buzz. Comme ça, elle se crée un recul salvateur pour pouvoir répondre aux demandes des lecteurs et des journalistes sans stress excessif.

Depuis elle a publié un recueil de nouvelles et travaille à un nouveau roman (de fiction) dont elle n’a rien voulu révéler.

On conclut comme dans un rêve, le physique évanescent (ou préraphaélite) de la romancière perturbe notre manière de l’appréhender. Mais sa manière de ne pas se livrer, de se protéger avec douceur, nous la font voir comme un être d’une incroyable profondeur, précoce, et subtile. Une rencontre unique pour une jeune auteur passionnante à découvrir.

Valquirit

Crédit photo : VR pour Onirik.net

L’ensemble de nos photos de la rencontre : Facebook


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